DE LA PERTE DU SOUCI POLITIQUE
peuple; elle décide de ses destinées et on peut expliquer par elle ses violences et ses chutes ^
On ne s'endort ou on ne s'étourdit pas à ce point que les iurmidables questions qui sont posées pour tous, qu'on ne saurait fuir ni tourner, ne se présentent à vous, sinon dans vos veilles, au moins dans vos rêves.
Les démocraties modernes, même quand elles n'ont pas la liberté, n'en ont pas moins la passion de l'égalité et surtout le besoin de remédier à leurs misères.
C'est un moment critique pour un peuple quand, après s'être désintéressé de la politique, il sent qu'il faut marcher, et sans savoir comment, vers les réformes. « C'est une grande erreur de croire que l'amoindrissement des esprits ait jamais été une garantie de reposa » même quand cet amoindrissement est le résultat d'une abdication volontaire.
Il n'y a pas de responsabilité plus terrible que celle qu'on assume quand on abdique sa responsabilité.
C'est alors que l'on voit celle triste démocratie
* L'iiéroïsme, unccrtain héroïsme, est très-conciliable avec l'absence de courage, de ce courage froid qui est celui dos peuples saxons, et avec l'absence du courage civil.
* M. Renan, Essais de morale et de politique.
se livrer à de lamentables efforts pour continuer à vivre. Lorsque ses malaises deviennent aigus, elle s'agite et se tourne sur son lit de torture, elle appelle des réformes, les réclame de ceux dont elle a fait ses maîtres. On impute toujours ses malaises à ceux de qni on attend tout et à qui on attribue tout. Ses demandes se résument en de vaines manifestations; elle n'obtient que des satisfactions menteuses; le pouvoir, à qui on demande trop, promet toujours et ne fait rien, soit qu'il ne puisse, soit qu'il soit absorbé par le soin de sa propre conservation, soit qu'il sache que ce qu'il ferait tournerait contre lui. Elle feint pourtant d'être contente et elle porte ailleurs ses regards jusqu'tà ce que la crise renaisse.
Effrayée de son état, des scandales qui surgissent dans son sein, quelquefois riant et se bafouant elle-même, d'autres fois tumultueuse et menaçante, se ruant dans la guerre civile, elle pousse encore par moments des cris de détresse vers la liberté, comme un homme qui se sent périr appelle un sauveur ; il est trop lard , le sauveur, qu'elle n'aime ni ne connaît, ni ne désire sincèrement, ne vient pas.
Eperdue de terreur, tantôt se sentant glisser dans les basses démagogies , livrée aux excès