‹ Le Testament d'un LatinChapitre 24 sur 168 · DE LA LIBERTE · texte numérisé non relu

DE LA LIBERTE

J'ai déjà prononcé souvenl le mol de liberté, il importe de savoir ce qu'il signifie; il n'y en a pas au monde qu'on prononce davantage et qui soit appliqué plus diversement. Chez nous pour la grande masse des esprits, il veut dire, suivant les besoins du moment, tantôt une chose, tantôt l'autre.

Quelques rares chercheurs seulement ont enfin acquis une notion vraie et précise de la liberté; mais tant d'erreurs subsistent à cet égard, qu'il est indispensable de s'éclairer pour se mettre en gaide contre elles.

La principale de ces erreurs, celle qui a causé peut-être tous les maux, ou la plus grande partie

des maux dont nous souffrons, osl celle, qui consiste à confondre la liberté avec la souveraineté, en ne tenant nul compte de la liberté civile ou individuelle.

Chez les anciens, en tant que membre du souverain, le citoyen jouissait d'un fantôme qu'il nommait à tort liberté et auquel, en tant qu'homme, il sa cri 11 ait sa liberlé réelle.

C'est l'erreur des penseurs et des politiques du dix-huitième siècle et de (eus ceux qui, de nos jours encore, s'inspirent de l'antiquité.

C'est l'erreur de Rousseau quand il dit, en parlant du peuple grec* : « Des esclaves faisaient ses travaux, sa grande affaire était sa liberté. »

C'est l'erreur deMably qui, selon B. Constant-, avait « pris l'autorité du corps social pour la liberté. »

«L'ouvrage de Mably sur la législation, dit encore B. Constant", est le code de despotisme le plus complet que l'on puisse imaginer. » Voici, en effet, ses principes : l'autorité législative est illimitée. La liberté individuelle est un fléau. La propriété est un mal.

' Conlral aocial, livre III, cli. xv.

- De la Liberlé des anciens, Volil. cuimlit., II, bbO,

^ De rUsurpalion, ibid., II, 'iOi.1, note.

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