DE LA LIBERTE
a Les anciens, comme Je dit Condorcet', n'avaient aucune notion des droits individuels, l'individu s'était en quelque sorte perdu dans la nation, le citoyen dans la cité. »
L'antiquité croyait à l'omnipotence du législateur ou de l'État, l'individu chez elle n'était rien et c'était là ce qu'on appelait et ce que quelquesuns seraient encore portés à appeler la liberté.
L'antiquité (rouble nos jugements; son influence est tellement funeste que, pour raisonner sainement aujourd'hui sur les choses publiques, peutêtre serait-il bon de ne la point du tout connaître.
Nous oublions à tout instant que nous ne sommes plus des Grecs ni des Romains.
Ayons cependant le sens commun et n'admirons pas de confiance ces peuples qu'on nous présente non-seulement comme des héros, mais encore comme des modèles ; ne répétons pas les sottises qu'on nous enseigne. A ce propos, je suis bien aise de voir que les hommes qui pensent en viennent à rendre quelquefois justice aux Romains et les traitent d'une façon qui ne leur est point favorable -.
« L'antiquité place au premier rang la souve-
' B, Constant, de la Liberté des ancien.«, IhiiL. II, 54Ô. - Voy. Ch. Comte, Rastiat, etc.
riiinolr' politique/, elle subordonne el sacrifie Tin- (lividu à l'État; les modernes mettenl au premier rang l'individu, l'État n'est plus qu'une garantie.» Voilà en peu de mots la différence des temps. Les peuples modernes étant, comme je l'ai dit, différenciés des anciens par leur nature, ils le sont aussi par leurs conceptions, et en particulier par celle qu'ils ont de la liberté.
' Voy. M. Laboulaye, Introduction au Cours de polit, eomfil.