DE LA I.IBERTK INDIVIDUELLE
peuple ni celle des hommes qui se disent ses représenlnnls,ni celle des rois, à quelque titre qu'ils régnent, ni celle de la loi, qui, n'étant que l'expression de la volonté du peuple ou du prince..,, doit être circonscrite dans les mêmes bornes que l'autorité dont elle émane. Ces bornes lui sont tracées parla justice et par les droits des individus. La volonté de fout un peuple ne peut rendre juste ce qui est injuste. »
La seule garantie de la liberté individuelle qui soit sérieuse et qu'on voie dans les lois, c'est Vhabeas corpus; les autres sont illusoires, mais il déplairait aux gouvernements de les étendre. Il est commode, on le comprend, de pouvoir disposer des citoyens, les incarcérer s'il y a lieu, les renvoyer sans jugement, etc., ces pratiques-là sont d'autant plus faciles, que, si la liberté individuelle est la plus précieuse des libertés, elle est aussi celle qu'on peut le plus aisément et le plus impunément violer chez les peuples où l'esprit de solidarité n'existe pas et qui ne sentent pas que le droit est compromis chez tous les citoyens quand il l'est chez l'un d'eux.
Celui qu'on met en prison est souvent seul à le savoir; si d'autres le savent, ils s'inclinent devant les raisons inconnues qu'on pouvait avoir de l'y
mettre; nous avons vu des hommes écrire sur la mora e, l'art ou l'histoire; on leur disait: vous vous êtes occupés de politique, et on les condamnait ; on racontait cela aux honnêtes gens qui ne trouvaient rien à répondre sinon : pourquoi s'occupaient-ils de politique ? et nous nous demandions: qu'est-ce donc que ce peuple ?
En sommes-nous là qu'il faille s'occuper encore delà liberté individuelle? la réclamer, comme si elle était une faveur de ceux qui nous gouvernent? tout est-il encore en question ? ne dirait-on pas un pays fraîchement sorti du sein des ondes et qui cherche à s'organiser?