DE L'INSTRUCTION
J'appelle questions jugées tontes celles qui sont tranchées à celte heure, non-seulement par la raison, mais par l'expérience des pays libres, où l'on a cessé depuis longtemps de les agiter.
De ce nombre est la question de la liberté de penser dont font partie la liberté d'enseignement et la liberté religieuse qu'on a rangées dans les questions sociales.
En Amérique, l'Etat ne se mêle de l'éducation que pour fixer le nombre minimum des écoles et le minimum des impôts qu'on y doit appliquer ; le reste regarde les communes; il regarde avant tout les individus, mais dans les pays libres, la
commune n'est que l'ensemble des individus associés et faisant exécuter leur volonté.
De celte façon, l'instruction peut être gratuite, et l'on aurait tort de s'effaroucher à l'idée de la rendre obligatoire si l'état des esprits nécessitait cette mesure, mesure de transition qui n'est en somme qu'une précaution de police contre la peste de l'ignorance.
Il y a lieu de penser que cette nécessité n'exislera pas ou n'existera pas longtemps là où la gratuité existera.
M. Laboulaye donne une solution du problème qui semble la meilleure: « Je crois, dit-il, qu'on ne doit imposer l'obligation que lorsque l'expé" rience aura prouvé que la gratuilé de l'éducation ne suffit pas pour décider les pères. » « Le droit du père à l'éducation de son fils est sacré sans doute ; mais c'est un droit de direction et rien de plus. »
La liberté d'enseignement consiste en ce que cliacun puisse enseigner, et en ce que chacun puisse choisir l'enseignement qui lui plaît et, si l'enseignement est donné par l'Etat, ce ne doit être qu'en concurrence égale avec les autres instituteurs.
Humboldt '■ observe que l'éducation publique
^ Pasie 70.
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antique lue la variété. Si l'Etat donne l'instruclion, ce ne peul être que l'instruction élémentaire qui est nécessairement la même pour tous, encore esl-il îi désirer que l'Etat ne s'en mêle point.
On se demande au nom de quoi des hommes faillibles pourraient donner une instruction exclusive de toutes les autres et décerner, sous forme (le monopoles, des brevets de capacité dans les diverses professions? Si ce système est bon, il flmdrait l'appliquer à toutes les spécialités et, par exemple, à ceux qui bâtissent les maisons, pour que les citoyens soient sûrs que les maisons ne crouleront pas.
On se demande aussi comment ces hommes pourraient imposer des croyances et des goûts ou les diriger ?
Humboldt' remarque que I éducation et la leli. gion sont considérées comme des moyens d'agir sur les mœurs d'une nation ; mais l'Etat doit-il et ]»eut-il faire les mœurs dont il est lui-même une résultante? conçoit-on l'Etal imposant une religion et des mœurs? nous aurions la religion du dieu Mars comme nous aurions l'esclavage, etc., car
» Vase 86.
pourquoi l'Elat changerait-il ? à cause des mœurs, dira-t-on ; ce n'est donc pas à lui à agir sur les mœurs, puisque ce sont les mœurs qui doivent
agir sur lui 1