‹ Le Testament d'un LatinChapitre 33 sur 168 · DE LA QUESTION RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

DE LA QUESTION RELIGIEUSE

« L'inlolérance, dit Stiiart Mill ', esl si naturelle à l'espèce humaine, que la liberté religieuse n'a existe presque nulle part, excepté là où l'indifférence religieuse, qui n'aime pas à voir sa paix troublée par des disputes théologiques, a jeté son poids dans la balance. »

Que ce soit ou non pour cette cause, la loh;rance entre dans les mœurs des peuples modernes ; elle y engendre la liberté qui permet à chacun de croire ce qui lui plaît, et par conséquent de professer tel culte qui lui convient, à la seule condition de reconnaître aux autres des droits sembla -

' On libertij.

bles et de ne les point troubler dans la jouissance de ces droits.

La nature des dogmes, des croyances, leur conciliation avec les lendances modernes sont des affaires de conscience, la politique n'a à s'occuper de la religion qu'au point de vue des rapports de celle-ci avec la société politique.

La liberté, qui a sa forme dans la séparatiou absolue des Eglises et de l'Etat, est donc la solution complète de cette question religieuse qui agite encore tant d'esprits ; en sorte que là où cette séparation est faite, il n'y a plus de question religieuse et on y comprendrait à peine ce que ces mots- là signifient.

« La faculté de cboisir son culte, dit B. Constant', aurait paru aux anciens un crime et un

sacrilège Terpandre ne peut chez les Spartiates

ajouter une corde à sa lyre sans que les éphores ne s'offensent. »

Les modernes laisseront les éphores s'offenser, et ne se donneront plus la maladresse ni le ridicule de faire des martyrs. Ils savent qu'on n'abolit pas une religion, et qu'en la persécutant, on la consolide. Pour eux, le prêtre est un citoyen ayaut

1 De la liberté des anciens comparée h celle des modernes, Polif. consiit., II, 542.

DE l.\ QUESTION RELIGIEUSE. 83

(les droits Cl des devoirs de citoyen', l'église est une proj)riété communale; la liberté des chels d'une religion et de tous ceux qui la pratiquent est aussi sacrée à leurs yeux que celle de tous les penseurs et doit être également garanlie; pour eux les cultes sont égaux et également libres et ils n'en salarient aucun.

B. Constant - dit qu'en salariant loutes les sectes, le fardeau devient égal pour tous. Il faudrait, pour que cela fût vrai, que tous les citoyens lissent partie d'une secte et que toutes les sectes fussent également nombreuses. Il dit encore que l'Etat doit salarier les prêtres de toutes les communions qui sont un peu nombreuses l Voilà qui prouve qu'aussitôt qu'on s'écarte des principes absolus, quelque libéral que l'on soit, on ouvre involontaiiement la porte à l'arbitraire.

• Un i)rinci[)e admis, il f;iut aJineUro toutes ses conséquences logiques; le prêtre, une fois citoven, il est impossible de voir en vertu de quel droit ou l'empêcherait de posséder. Mais, dit-on, on eu reviendra bientôt aux abus do l'ancien régime; il faut espérer que non et. si on y revient, il est impossible de dire comment on les éviterait.

Si, par le jeu régulier et libre de ses mœurs, un peuple en possession de la liberté revient fatalement à reconstituer chez lui un état de choses destructeur de la liberté, il faut conclure qu'il n'est pas fait pour être hbre, et nulle puissance au monde ne lui en donnerait la faculté.

- Principes de politique, l'ulit. condil.. I, 1-44.

Page 1