DES DANGERS DE LA LIBERTE DE LA PRESSE
Les mesures que de tout lemps on a prises contre la presse ont pour cause la terreur immense que les idées inspirent.
Et cependant le seul remède aux idées, quelque l'unestes qu'elles paraissent, c'est la liberté, qui permet à d'autres idées d'éclore et qui, les laissant toutes se produire, soumet l'erreur aux soufflets de la vérité.
Les doctrines absurdes sont d'autant moins à redouter,, (pie leur absurdité est plus grande; laissez-les donc passer I c'est dans la foule des doctrines fausses ou vraies, absurdes ou sensées, que l'avenir choisira celles qui \m conviendront; comment choisirait-il, si vous les étouffez à peine à leur
naisscince? c'osL lui qui fera le choix cl non vous, qui êles trop voisins et trop intéressés pour juger. Il y a d'ailleurs de l'ingéniosité dans plusieurs, et peut-être conduiraient-elles à un certain bonheur. Au lieu de proscrire leurs partisans, il n'y a qu'à leur dire : Essayez, h cette condition que vous ne prétendrez à rien autre qu'à donner une forme à l'association libre de ceux qui auront foi on vous.
Beaucoup de ces théories, que vous tenez pour périlleuses, quelque hasardeuses qu'elles soient, sont non-seulement prêchées, mais mises en pratique dans les pays de liberté, sans que cela présente lenioindre inconvénient pour la sociétégénérale.
La liberté a une si heureuse influence, qu'elle enseigne aux systématiques eux-mêmes à réaliser leurs systèmes sans chercher à les imposer. C'est là une conversion rare et diflicile.
Ce qu'il faut demander, ce n'est pas qu'on ne dise plus de sottises, c'est que les sottises ne produisent plus d'effet sur les esprits.
Toute oppression de la pensée, écrite ou parlée, sociale ou i»olitique, est insensée, car, de deux choses l'une : ou la doctrine émise est inoffensive, ou elle est dangereuse; si elle est inoffensive, il