DANGERS DE LA LIBERTE DE LA PRESSE
ne faut pas la condamner, si elle est dangereuse, pour qui le serait-elle? pour le pays apparemment ; mais pour qu'elle fût nuisible au pays, il faudrait qu'elle fût acceptée par lui, et, plus elle est antisociale, moins il y a de chances qu'elle soit adoptée par un monde où règne encore l'instinct de la conservation, moins il y a à risquer en la laissant émettre; en la condamnant, vous supposez le pays coupable de vouloir son propre mal, et c'est lui que vous condamnez ; si d'ailleurs il est dépravé à ce point d'accueillir ce qui doit le perdre, il y a apparence que vos sévérités ne le sauveraient point; il est, dès à présent, perdu et cette forme de mort en vaut une autre.
Plaisantes sociétés, qui sont ébranlées jusque dans leurs fondements par une page des gazettes! plaisants pouvoirs, que ceux qui se disent forts et qui tremblent sans cesse !
« Il est bien étrange, dit M. J. Simon ', que nous ayons en France si peu d'idées et tant de |ieur des idées, il ne nous naît guère de Spinoza, mais toute notre législation semble faite en vue d'un S[>inoza (|ui pourrait naître. »
a Si toute l'espèce humaine, moins une per-
' La libelle. 11, 415.
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personne, dit St. Mill *, étail d'un avis et qu'une personne seulement fût de l'avis contraire, l'espèce humaine ne serait pas plus justifiable en imposant silence à cette personne, qu'elle ne serait justiliable en imposant silence à l'espèce humaine, si elle le pouvait. »
Tel est le droit, tel il a été reconnu et proclamé par la révolution.
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