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DES PRECAUTIONS PRISES CONTRE LA PRESSE

La pensée d'une nation habituée à la liberté et qu'on veut opprimer, est semblable à l'eau qu'on enferme dans un vase mal clos : elle s'échappe par les moindres fissures. Le despotisme a donc beaucoup à faire ; on ne pense jamais à tout, et il y a toujours quelque endroit par où la pensée reparaît. Mais les fissures se trahissent par l'eau ellemême qui s'échappe , on parvient, à force de soins, à boucher toutes les issues, voilà un édillce solide où le peuple est muré et qui ne lui laisse décidément aucun moyen de respirer, il y étouffe et la pourriture s'y mettra à moins qu'une éruption soudaine ou un choc du dehors ne brise les parois.

Les précautions qu'on prend contre la presse s'expliquent parce qu'elle exerce un coni rôle permanent sur les actes du pouvoir, qu'elle le sur- ■ veille, l'arrele ou le châtie.

La liberté de la presse, aidée delà liberté de réunion, qui doit toujours exister avec et avant elle pour que la presse soit Torgane de l'opinion et non sa créatrice, est la grande et la seule sauvegarde de la moralité publique, menacée par ceux qui se placent volontiers au-dessus de tout; il n'y a qu'elle qui soit pour le despotisme un frein sérieux à In condition qu'elle repose non-seulement sur les lois, mais sur les mœurs.

Rien n'est donc désespéré pour un peuple, tant qu'elle existe, et s'il avait perdu ses autres libertés el ses autres garanties, il aurait, grâce à elle, la chance de les reconquérir.

La meilleure comparaison qu'on ait faite sur les ennemis de la publicité est celle-ci: ils sont pareils à des gens endormis , qui consentent bien qu'on vole leurs voisins, mais ne veulent pas qu'on crie : Au voleur ! car cela les éveille et les inquiète ; d'autres vont plus loin et veulent qu'on enferme, non les voleurs, mais ceux qui crient.

Cette hostilité contre la presse, insensée chez les citoyens, ne s'expliquerait pas davantage chez

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