DU PRINCIPE QUI DOIT PRÉSIDER A L'ORGANISATION DE L'ETAT
Je me livre volontiers, en pensée, à un travail qui a, je crois, clé fait àé'y.i quelquefois ; je supprime la bonne part des législateurs, la grande majorité des fonctionnaires et des ministres ; je supprime les chefs de l'Etat; à la place des administrateurs actuels, je mets des hommes de bon sens choisis par leurs concitoyens; il importe que le pays n'ait pas eu connaissance de mes réformes, sans quoi les citoyens affolés de terreur se seraient crus dans la nécessité de se ruer les uns sur les autres ; mais ils n'ont rien su que trop tard et quand l'expérience était faite.
Je m'aperçois que tout marche comme devant ;
je me trompe, tout marche mieux ! chacun vaque à ses affaires et les affaires se font; on instruit les enfants et ils deviennent des hommes; le pays est prospère, chacun prie et pense comme il lui plaît; il se commet encore des crimes, mais les municipalités, librement choisies, organisent paisiblement la protection de la cité ; les juges condamnent les coupables; les citoyens, ne comptant plus sur l'armée, qui a disparu, se sont organisés, non pour faire la guerre, qu'ils ne souhaitent point, mais pour garder la paix, qu'ils aiment; la paix règne et la guerre n'est plus à craindre ; voyez cependant la merveille : les percepteurs eux-mêmes n'ont plus d'utilité et je peux, sans inconvénient, les supprimer aussi.
Tout ce qui est vraiment essentiel en ce monde, au moral et au physique, s'obtient , se fait, subsiste sans l'aide ni le concours des gouvernements; on pourrait ajouter : malgré eux ! Ils ne sont pas Gérés, ni Bacchus, ni Arislote. On a cultivé sans eux les terres et les vignes, cène sont pas eux qui font l'art ni la science ; il a fallu quatorze siècles d'aberrations pour que l'on en vînt à créer des ministères du commerce, des beaux-arts, etc.
L'axiome qui doit dominer tous les autres, c'est que nul ne fera les affaires du citoyen, ne corn-