DE LA SOUVERAINETÉ DU PEUPLE
La souveraineté est une qualité inhérente à l'être lui-même, permanente comme lui, dont on ne se dessaisit point, sinon, comme de la vie, par le suicide.
ce En Amérique, dit M. Laboulaye^ jamais celte souveraineté du peuple ne s'éclipse, le peuple n'abdique jamais. » C'est qu'en effet le peuple ne peut pas abdiquer.
.11 semblerait, à entendre le langage de certains rois, que le droit est une chose qui se concède, se prend et se reprend; mais le droit est inaliénable, et ce serait une plaisante souveraineté que celle qui consisterait pour le souverain dans le droit de se faire esclave et qui, arrivée là, cesserait d'être tout à coup.
On n'abdique pas un droit en s'en servant, mais, au contraire, en le déléguant on l'affirme. Un gouvernement, un homme r^e peuvent donc pas invoquer l'abandon de pouvoir que le peuple leur aurait fait à un moment donné.
Il est facile d'en appeler au peuple, quand on est sûr du vote qu'on va lui extorquer; il est facile de ne pas le faire quand on doute; quelque conduite qu'on suive, il est facile de la justilier par
1 Élats-i'nis, 5, 406.
Ib8 LE TESTAMENT D'UN LATIN.
des mots. Mais le vote par lequel le peuple remettrait à perpétuité ses pouvoirs et son droit luimême à un homme serait contradictoire au droit; il ne serait plus l'exercice de la liberté mais sa ruine; les plébiscites qui ont un tel objet ou un tel résultat ne sont plus que les pactes lâches que les démocraties déchues concluent avec César.