DE LA DEMOCRATIE
li est trop tard pour discuter sur la démocratie, sa cause est gagnée dans le nionde ; elle existe en principe et tend à passer dans les faits, plus ou moins vile, chez les différents peuples, et avec des chances diverses.
Tocqueville ' ohserve que, depuis sept cents ans, tous les événements de notre histoire et les incidents de la vie des nations ont tourné au profit de l'égalité et de la démocratie, dont il importe de diriger le mouvement, s'il en est encore temps, m;iis sans qu'on puisse songer à le suspendre.
Depuis les luttes des communes et jusqu'à la
1 Démocr. en Amer. Introduction.
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révolution, il est à peine question du peuple dans les livres. La Bruyère' parle de a certains animaux farouches, des mâles et des femelles, répandus dans la campagne, noirs, livides... ils ont comme une voix articulée et quand ils se lèvent sur leurs pieds, ils montrent une face humaine, etc. »
Il se fait un travail de secrète transformation dans les générations qui se succèdent; il faul qu'elles soient renouvelées comme les idées.
Les rois ont contribué à établir l'égalité civile ; elle ne les eflrayait pas, mais leur paraissait, au contraire, et avec raison, favorable à leurs ambitions. Elle a commencé d'exister dès Louis XIV el les Mémoires de Saint-Simon sont comme les annales de l'abdication de la noblesse en France.
Des gens qui n'ont plus d'autre affaire que de disputer sur des tabourets sont descendus si bas qu'il ne leur reste qu'à disparaître.
Les institutions telles qu'était la noblesse s'expliquent par les besoins des temps et par l'utilité qu'elles ont à un moment donné ; quand elles ont cessé d'être utiles, elles tombent et tous les efforts quels qu'ils soient, de quelque part qu'ils viennent, sont impuissants à les rétablir.
' De VHomme.
Ifi LE TESTAMENT J)'luN LATIN.
deux do, Napoléon à col égard ahoiUissent à (](\s résullals grotesques : a Les insliliilions aristocratiques, dit M. Laiifrey, qui les raconte', ont (!u
leur raison d'èlre dans l'histoire Dans les pays
monarchiques particulièrement, l'aristocratie ne peut avoir de raison d'être que parce qu'elle oppose par ses privilèges mêmes une barrière utile aux empiétements du pouvoir royal. Otez-lui ce rôle salutaire, son utilité disparaît; elle n'est plusqu'un abus. » Et elle s'évanouit, elle aussi.
Le principe démocratique fut transplanté en Amérique"^ dégagé de tous ceux contre lesquels il avait à lutter ailleurs ; voilà pourquoi la fondation de la république américaine fut « l'avènement de la démocratie organisée''. »
Chez nous, le principe, (]uoi(|ue reconnu, n'est pas aussi aisément appliqué. Le mot même de dé mocralie ne nous est pas clairement expliqué et nous ne semblons pas en avoir une intelligence assez nette.
Nous avons certainement le culte de l'égalité ; c'est un bon culte, mais il ne faudrait pas qu'il dégénérât jusqu'à n'être qu'une jalousie basse en-
' HÎKloin' (le Napoléon, IV, 181.
- Voy. Tocquevillc.
"' M. Labonliiye.
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vers ce qui s'élève; il ne faudrait pas que la haine fies distinctions de forme, d'éclat et d'apparence, (jiii ne valent que le mépris, nous aveuglât sur le danger des iM('',i:;dilé> rtVlIr^ (|iic crt-eiit les [uiviléjies du |>ouvuii".
(iliez Mil peuple vanileux, lanioiir de 1 égalité Il est quelquefois que le désir de ravaler les autre»; à sa propre hauteur, désir qui cache le désir parallèle de les dominer, et rien n'est plus contraire au véiitable esprit de la démocratie.
CHAPITRK Y