LES LOIS REFLÈTENT L'OPINION ET LES MŒLRS
sera mis à mort. » Le blasphème, la sorcellerie, l'adultère, etc., étaient punis de mort. « On transporlait ainsi, dit Tocqueville, la législation d'un peuple rude et à demi civilisé au sein d'une société dont l'esprit était éclairé et les mœurs douces; aussi ne vit-on jamais la peine de mort plus prodiguée dans les lois ni appliquée à moins de coupables. »
En matière pénale surtout, il importe d'interpréter exactement le sentiment public, afin de ne point l'offenser par des barbaries inutiles, de ne point créer de délits factices qui, placés à côté des délits naturels, auraient pour conséquence d'obscurcir le sens delà justice chez le peuple, en sorte qu'il ne saurait plus ce qui est bien ou mal. Il ne faut pas non plus créer de ces délits vagues qui permettent de punir ce qui n'est point coupable en soi et d'envoyer les gens qui gênent en prison.
Le législateur, en décrivant ce qui est dans la, nature des choses, traduit le jugement de l'opinion générale.
L'opinion est la reine du monde : « On a trop dit, écrivait le prince de Ligne, que l'opinion est la reine du monde ; c'est la seule reine qu'il faut détrôner, sans cela toutes les autres le seront. » Mais le moyen ?
Sa puissance était déjà reconnue au moyen âge. Le pape Grégoire IX et l'empereur Frédéric l'invoquent tous deux^
Même quand les gouvernements marchent dans la voie delà compression, tant que l'opinion peut se manifester, elle entretient un courant d'air sain qui empêche la société de pourrir; elle soutient les mœurs, les interprète et le législateur doit écouter respectueusement ses oracles.
La loi est une chose du jour, elle doit refléter les mœurs, mais ne doit ni les devancer, ni être en retard sur elles.
Elle doit donc être modifiable comme l'opinion elle-même; voilà pourquoi il est des peuples, jaloux de leurs franchises, qui préfèrent ne point avoir de lois écrites, point de codes.
Le grand inconvénient des lois écrites, c'est qu'elles sont moulées dans une lettre immuable et qu'ainsi, étant extérieures à l'usage qu'elles dépeignent, elles demeurent encore debout tandis qu'il tombe en désuétude; au lieu que la loi non écnle se confond avec l'usage lui-même et en suit la fortune.
II est remarquable que les nations qui rédigent
^ Vny. M. Lnnfrcy, Histoire des jxtpcs, p. 259.
LES LOIS REI'LÈTE.\T L'Ol'LMON ET LES MŒLP.S. 179
leurs lois avec le plus grand soin ne sont pas celles qui peuvent le plus justement s'appliquer celte maxime : que nul n'est censé ignorer la loi.