‹ Le testament de César, drame en cinq actes et en vers suivi d'un épilogueChapitre 35 sur 95 · ACTE II, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE V

La vie, amer festin , ne vaut pas une obole !

CÉSAR

Mais dans quelle taverne as-tu passé la nuit A boire du Cécube, ivrogne, et du vin cuit?

iViNTOINE.

De la morale? toi ! la chose est curieuse !

CÉSAR

CJiul ! je veux te parler d'affaire sérieuse.

ANTOINE

Soit; j'écoute.

CÉSAR

Voici mon histoire en deux mots :

Tu n'as pas oubhé ce tyran de Samos, Polycrate, comblé des biens de la fortune, Qu'une prospérité trop constante importune? Tremblant que son bonheur courrouce enlin les cieux, Il jette dans la mer un anneau précieux. Je suis comme lui , moi ; ma vie est une fête ! Jamais autant d'honneurs sur une seule tête Ne menacèrent plus d'écraser un mortel ! . . . César est dieu ; César, vivant, a son autel ! César au Capitole a même une statue Entre celle des rois : privilège qui tue ! — Le bonheur sur mes yeux n'a pas mis un bandeau ; El je vois par moments, derrière ce rideau Fait de pourpre, de soie et d'or, flotter une ombre; Et c'est dans mon soleil comme une tache sombre !

ANTOINE

Derrière ce rideau de pourpi e aux franges d'or,

fiO I.E TESTAMENT DE GÉSAK ,

Je vois lin Irùtie, un sceptre, une couronne encor.

CÉSAK.

C'est possible; mais là, (lésar comme Alexandre, Ne pouvant plus monter, est forcé de descendre. Eh bien ! pour m'épargner, en tombant, un remord , Ami, j'ai voulu tout prévoir, môme ma mort !

ANTOINE

Ta mort? As-tu donc vu dans l'ombre, triste augure. Se pencher sur ton lit quelque pâle figure? Entendu quelque oiseau funèbre ce matin ?

CÉSAR

Mon expédition chez le Parthe lointain ,

Ce rêve de quatre ans, bientôt je la commence;

Et c'est le premier pas dans une arène immense !

J'ai de vastes projets, un sublime dessein

Qui n'est pas assez mûr pour tomber dans ton sein .-

Il faut que ma pensée encore le contienne.

Et j'en prendrai ma part en te gardant la tienne.

Mais dans ces durs climats, si mes vœux sont déçus,

Je puis laisser ma tête, aussi bien que Crassus !

ANTOINE

Le héios que partout la \ictoiie accompagne, Le conquérant du Pont , des Gaules, de l'Espagne , Doit-il se comj)arer à Crassus ? et les dieux Laisseront-ils s'éteindre un front si radieux?

CKSAK.

Il lie faut ({u'un serpent dans riierbo (pio Ion loulc. Il ne faut qu'un poignard élancé de la foule, Il lu^ faut (ju'un accès de fièvre; et ce Ilambeau

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