ACTE II. SCÈNE V
N'a plus même de quoi brûler sur uu tombeau !
ANTOINE
Tu parles de poignard , et de fièvre, et de tombe ! . ..
(Passant une main sur ses yeux.)
Et voilà maintenant une larme qui tombe...
Vois , j'en suis tout honteux ! . . . Moi qui sers ton autel ,
César, je m'accoutume à te croire immortel !
Parle-moi d'un trépas sur le cliamp de bataille ,
Fort bien ! cela me plaît : mais quelque ignoble entaille
Par où l'àme s'échappe, un infâme couteau !...
Vraiment , c'est à cacher ses yeux dans son manteau !
(U dt'tourne la tète.) CÉS4R.
Tu m'aimes, j'en suis sûr, mon vieux compagnon d'armes ! J'ai vu ton brave cœur rayonner dans tes larmes. Mais à mon héritier je pense constamment :
(Tirant un parchemin roulé d'un pli de sa toge.)
L'avenir est en lui ! Voici mon testament.
ANTOINE
Seul il contient ma volonté suprême :
C'est le dernier en daté; il est de ce jour même, Rédigé de ma main et scellé de mon sceau. Après moi, je désigne un pilote au vaisseau.
ANTOINE
Que veux-tu ?
CÉSAIî, ouvrant ime armoire secrète.
Grave bien ceci dans ta mémoire :
Que mon testament reste au fond de cette armoire.
La serrure à secret, tu le vois, est ici ; Une seule clef l'ouvre, une clef que \oici.
ANTOINE
Bien I
CÉSAR
Je mets ce rouleau dans l'armoiio , et la ferme ; Et je dis au consul, au guerrier noble et ferme, Au frère de César, à cet ami discret, Au seul cœur où je puisse épancher un secret , A Marc-Antoine enfin, je dis : L'heure est prochaine! Prends cette clef d'or, passe à ton cou cette chaîne; Ne la quitte ni jour ni nuit : tu le promets ! Surtout ne la confie à personne, jamais ! Et si je tombe , accours , ouvre cette cachette , Prends ce rouleau ; qu'alors ta main le décachette ; Puis, devant tout le peuple, Antoine, hautement , Lis mon seul véritable et dernier testament.
ANTOINE
11 sera fait selon ta volonté.
J'y compte.
(]e qui meurt, c'est le corps, tu le sais. On raconte Que notre âme toujours, notre spectre souvent, Plane autour de l'ami que nous laissons vivant. Eh bien ! reconnaissante, âme ou spectre, mon ombre Ne frappera jamais ton front d'une aile sombre ! — Mais parlons d'autre chose, Antoine.
ANTOINE
Par Plu ton !
Tu me roules vivant du Stvx au Phléc;éthon ;