SCENE II
BRUTUS, seul.
l'il s'assied, pensif, ilevant la table où se trouvent le livre et l'épée.)
D'une voix qu'aujourd'hui le reproche accentue, Pour me déterminer tout parle, homme et statue ! Et j'entends murmurer, comme font les remords, La bouche des vivants et la bouche des morts !. . . C'est le même langage , en tous lieux , à toute heure , La même obsession... oui, toujours :
« Rome pleure!
« Dans Rome tout est mort , et courage et vertus ! — « Ah! si Brutiis vivait! — Non, tu n'es pas Brutus! » Faut-il que sans repos cette voix retentisse.^ Encore ce matin , en rendant la justice, Au Forum , sur mon siège auguste de préteur, J'ai trouvé ce billet.. . non, cet accusateur! — Platon... bouche divine, oii la sagesse abonde Comme le miel aux flancs de la ruche profonde , Écho religieux de l'antique vertu, Grave et doux ronseillor... parlo aussi. Que dis-hi;^
90 II-: TESTAMENT Di: CESAK.
(Il lii.
« Souvent le droit chemin se courbe en roule oblique; « Souvent le protecteur de la chose publique « Quand il est le plus fort veut être le plus grand , « Et le sauveur d'un peuple en devient le tyran. « Sa marche, la voici : pendant l'ouragan sombre, « Il crie aux passagers que le navire sombre; « Et , redoublant ainsi l'universel effroi , « il prend le gouvernail , se fait pilote. . . et roi ! » Oui, comme toi. César! — Lorsqu'à peine nos villes- Respiraient , au sortir des tempêtes civiles ; Quand, sous la cendre tiède encore, un seul charbon Pouvait être Sylla , Marins ou Carbon , De frayeur en frayeur, la folle multitude A tes genoux sacrés tomba de lassitude; Et, seul maître aujourd'hui, nos lois tu les enfreins, A ton ambition tu lâches tous les freins ; (]ar, usurpant des rois la couronne et la stole , Tu veux, le sceptre en main, t'asseoir au Capitole ! — Mais je t' écoute, parle, oracle aux lèvres d'or!
(Il lit.) « Ce qui fait le tyran plus dangereux cncor, <( (7est que, pour affermir sa coui'onne usurpée, " Dans son manteau de pourpre il cache son épée, « Et pendant quelques jours, souriant et flatteur. « Marche seul et sans garde, en pacificateur; " (rcst que, facile à tous et fécond en promesse, « Son langage est plus doux que les Ilots du Permesse ; « C'est qu'il a des accents mélodieux, des mots 't Qui vont au cœur Hu peuple et t('nipèr<Mit ses maux. >