SCÈNE III
BKLTLS, PORCIA.
BRUTUS, apercevant l'uieia.
Porcia !
l'ORCIA.
Porcia vous dérange peut-être?
A'aguère, à ce llambeau qui pour nous deux veillai! . J'aurais lu près de vous sur le même feuillet. Faut-il donc maintenant que je ^ous interrompe? Quoi ! j'entre, et vous cessez de lire !... Ou je me trompe, Ou ce livre est celui que méditait Caton : La Rcpiihlirjiic , songe inunortel de Platon. Mais je suis pour Brutus une femme ordinaire ; Et ce livre inspiré que le sage vénère, Trésor qu'un faible esprit jamais n'apprécia , Send)lerait trop sévère aux yeux de Porcia !
BRLTLS.
Je no vous confonds point avec les autres femnaes, Non ; votre àme est sublime entre toutes les âmes ! VA les dieux, Porcia, nous tirent d'un métal Ferme connue l'acier, pur comme le cristal !... Vous savez que ce livre est ma |)lus chère étude ; Je l'ai devant mes yeux, selon mon habitudes
ACTK m. SŒNK IH. ^ 9;i
PORCIA
Ce fer qui pèse nu sur le volume ouvert , Depuis qu'il est rouillé de sang, restait couvert. .. Pourquoi l'avoir exprès détaché des murailles, Ce glaive que plongea dans ses nobles entrailles Mon père, qu'un vainqueur menaçait du pardon ?... Ce livre et cette épée ensemble, pourquoi donci^
BRUTUS
C'est un hasard !
PORCIA
Je \ eux savoir si Brutus m'aime.
Depuis deux ou trois jours Brutus n'est plus le même ; Celui que j'ai connu l'œil doux , calme, serein , Est maintenant rêveur, impatient, chagrin! Hier, pendant le souper, inquiet et farouche, Vous avez brusquement déserté votre couche; Puis , murmurant des mots que je n'entendais pas , Après avoir marché quelque temps à grands pas. Vous êtes descendu , pensif et taciturne , Au jardin , tête nue ; et la bise nocturne Soufflait dans vos cheveux, sans pouvoir rafraîchir Votre front, qui, brûlant et lourd, semblait fléchir!
BRUTUS
,1e suis souffrant; de là mon humeur qui s'altère.
PORCIA. t
Est-ce donc un régime alors bien salutaire, Et cette promenade est-elle sans danger. Pendant les froides nuits de mars, dans un verger, A l'heure où le malade, en sa couche de flamme , Implore le sommeil , ce bain sacré de l'âme?
9i Li: TESTAMENT DE CÉSAH.
J'en appello à Bnitiis , homme sincère et franc : (]'est (le l'àme et non pas du coips qu'il est souffrant ! . . . Eh bien! par notre amour, par mon titre d'épouse, Ce mal dont vous souffrez, Brutus, j'en suis jalouse; J'en veux ma part ; ami, je l'implore à genoux ! . . . Par le sang de mon père ici penché sur nous , Parla chaîne immortelle et sainte qui nous lie, Ne me refusez pas , oh ! je vous en supplie , La moitié d'un secret, morne et pesant linceul Qui vous écrasera , si vous le portez seul !
BRL'TUS.
Vous à mes pieds, grands dieux! Suis-je donc votie maître ,
PORCIA
Si vous étiez pour moi ce que vous devez être , Je n'aurais pas besoin de tomber à vos pieds. Lorsque l'encens fumait sur les divins trépieds, Lorsque, suivant le rit ancien, nous divisâmes Le gâteau de froment qui mélange deux âmes , Est-ce que le flamine, exprès pour notre hymen , Fit cette exception à Fusage romain , Que le soleil toujours sur ma tète ravie Luirait, nndtipliant les roses de la vie; Que, faite pour la joie et le rayonnement. Chez toi, noble Brutus, je serais seulement L'éclair de ton foyer, le parfum de ta couche, L'harmonieux écho des accents de la bouche '... Ah! s'il en est ainsi, de{)uis ce triste jour J'ai vécu sans franchir le seuil de ton amoui' ! Et moi , rigide enfant de la terre sabine, Je ne suis plus ta femme, et suis ta concubine!