ACTE V, SCÈNE 11. I..I
Va supplier Césai-, qui de ce consulaire A déjà refusé la grâce avec colère.
C'est un nouveau refus , et plus dur, j'en réponds. Quand nous verrons Ciraber se relever, frappons !
CIMBER , s'approchant de César.
0 César ! tils des dieux! le monde est ta conquête : A tes genoux sacrés j'apporte ma requête.
CÉSAR
La flatterie? Allons, c'est un pauvre moyen : .le n'aime pas, Cimber, qu'un libre citoyen , Qu'un noble sénateur, couvert du laticlave , Aux pieds de son égal rampe comme un esclave ! Faut-il que ton orgueil s'humilie à ce point? Voyons si ta demande est juste, ou ne l'est point? Parle donc, mais debout, sans réticence , et comme Un homme doit parler en face d'un autre homme !
CIMBER
Son oreille à ma plainte est sourde , je le vois. Eh bien ! alors est-il ici quelque autre voix Qui puisse, me rendant le juge moins contraire, Obtenir de César la grâce de mon frère?
(Tous se rapprochent de César, en cher(;hant leurs armes dans leurs toges.)
CASSIUS
Tu pardonnais jadis après avoir puni , César! Accorde-nous le rappel du banni.
CÉSAR
Cimber est exilé, Cassius; et j'estime Que jamais un exil ne fut plus légitime.
Ainsi lu ne peux rien contre ma volonté : Klle ne change pas, — c'est limmobilité!
CASCA
Au malheur de Cimber que César compatisse !
Non ; la pitié serait aujourd'hui l'injustice. Voyez plutôt : Brutus nous écoute, rêveur, Et ne demande point celte injuste faveur.
CIMBER, se relevant.
Eh bien donc ! . . .
(Tous font un nionvemcnt.) BKUTL'S, aux conjurés.
Un instant! — César, ta bouche aiigusie Dit que je ne saurais demander rien d'injuste. Si tu veux me prêter l'oreille, lu verras Oue ma prière est juste , et tu l'exauceras.
CÉSAR
Viens, Bciiliis.
BRUTUS. ,
Faites place!
Il s'approciic (le César.
CÉSAR
Il m'a laissé l'attendre!...
BRUTUS
Nos mains , l'une vers l'autre , encor peuvent se tendre. Dis un mot : ton désir, le mien, tout s'accomplit! Seuh^ment la clepsydre est là qui se remplit... L(! temps vole, César! César, l'heure éternelle Peul-èlre en ce moment nous touche de son aile! Ecoute-moi.
ACTK V. SCÈNE H. i:).}
Mon fils'
BRUTUS
Pour que je sois ton fils , (<ésar, relais d'abord tout ce que tu défis: Les consuls, les tribuns, élus d'un peuple libre, Et le patiiciat, nécessaire équilibre; Pour que je sois ton fils, rends-nous la liberté; Pour que je sois ton fils, dis : Plus de royauté!
CÉSAR
Mon fils!
BRUTUS
César ! César ! comme la tombe lourde , Ma poitrine fermée à ta voix reste sourde: Si tu veux qu'elle s'ouvre, il faut, consul loyal. N'étendre plus ta main vers le bandeau royal. La vieille république, espères- tu l'abattre? C'est folie ! Apprends donc que nous sommes vingt-qualr Vingt-quatre sénateurs, dévoués et tout prêts, Qui venons de jurer que tu ne monterais Au trône, sous les yeux de Rome que tu navres, 0 César, qu'en mettant le pied sur nos cadavres!
CÉSAR
Mon tils !
BRUTUS
Eh bien ! ton fils. . . Oui, ton fils, si tu veux , — Car le vent de la mort souffle dans nos cheveux ! Pour Rome et pour (]ésar vois ma tendresse amère : .)e les aime encor plus que l'iionneur de ma mère ! *Oui, Rrutus est Ion fils, si, d'un bras hasardeux,
* Tu n'élargis ce gouffre immense entre nous deux ,
* Abîme où tour à tour liberté , lois , suffrage ,
* Sont venus s'engloutir de naufrage en naufrage !
* Oui , ton fils , si dans Rome enfin nous te voyons
* Briser le diadème , astre aux fatals rayons ,
* Qui verse la démence et le vertige pâle
* Au front des Alexandre ou des Sardanapale ! Oui, cesse de jeter au sénat tes défis; Maintiens la république , et tu diras : Mon fils ! — Mais de sa liberté quand Rome désespère ,
César n'est qu'un tyran , César n'est pas mon père !
CÉSAR
Il faut que la pensée , éclose en mon cerveau , Sans détruire l'ancien , crée un monde nouveau. Je te l'ai déjà dit, je te le dis encore: Ton œil suit le couchant, — je regarde l'aurore. Dans Rome et l'univers tout marche à l'unité : La République , ami , n'est pas la Liberté !
BRUTUS
Ne va point au sénat , César, je t'en supplie !
CÉSAR
Laisse-moi , cher Brutus !
BRUTUS
César, mon genou plie...
César, je t'en conjure encor, demeure!
CÉSAR
' Non.
Mon père