ACTE V, SCENE IIl. !6o
Que pas une douleur, compagne qui protège, A ce uioit glorieux ne vient faire cortège ! Et cependant voici , bon peuple, un parchemin Écrit par César même , et scellé de sa main : Le voici! — N'allez pas croire au moins que je veuille. Dans un pareil moment , vous lire cette feuille , Qui pourrait, dans vos cœurs tristement combattus, Nuire à ces hommes purs , Cassius et Brutus! Si je lisais pourtant ! . . . car cet écrit vous touche, - — Je vous le dis, — dans Rome il n'est pas une bouche Q ui ne baisât les plis sacrés de ce manteau D'où le sang tombe, ainsi qu'un torrent du coteau ! Sang noble et précieux, Romains, sang d'un grand lionune Qui voulait enfermer tout l'univers dans Rome; Gigantesque projet qu'il eût effectué.
Si deux hommes d'honneur ne l'ax aient pas tuéî
FABEU.
Quel est ce parchemin *
ANTOINE
Environné de haine , César avait, hélas! prévu sa hn prochaine : Oui , le pauvre César m'en parlait constamment ; Et naguère il m'avait remis ce testament.
TOUS
Marc-Antoine , lisez I — Lisez sans plus attendre!
Lisez le testament ! — Nous voulons tous l'entendre
ANTOINE
Mieux vaut pour vous, amis, ne le connaître point, t'ar déjà votre œil flambe, et vous serrez le poing; Car vous, qui n'êtes pas faits de bronze ou de pierre ,
I(i(i l.li TESTAMENT DE CÉSAK.
Votre coL'ur se romprait comme votre {)aiipiere, Et vos pleurs, cpancliés au milieu des sanglots , De ce fleuve de sang viendraient grossir les flots ! Et qu'arriverait-il alors ? Dieux ! quels désastres ! . . . Quelle imprécation irait frapper les astres , Si vous reconnaissiez que ces hommes d'honneur Ont tué votre gloire, hélas! votre bonheur!
TOUS
Lisez! nous le voulons! Home entière l'exige!
ANTOINE
Oh! ne m'y forcez pas : vous auritîz toit , vous dis-jo.
TOUS
Non, lisez!
ANTOINE
Mes amis, un instant! car je vois Que vos gémissements étoufferaient ma voix. Et, regardez , voici la noble Calpurnie ! I^a perle que jamais nul souffle n'a ternie , La matrone au cœur chaste , au front sévère et doux , Qui vient , redemandant le corps de son époux , Pleurer sur la victime à vos yeux massacrée ! — Place, amis! — la douleur d'une veuve est sacrée ! . . .
TOUS
Oui, place!
(Calpuiiuc entre .ivec ses femmes.) UN CITOYEN.
Taisons-nous, comme au pied des autels !
CALl'UIUME.
-Mon cher (.ésar ! ou donc est-il ?