‹ Le testament de César, drame en cinq actes et en vers suivi d'un épilogueChapitre 89 sur 95 · ACTE V, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE III

(Se jetant éiierdue sur le corpî? de César.)

Dieux immortels î

ANTOINE

Le voilà, Calpiimie , en face de Pompée!

Et vos pressentiments ne vous ont pas trompée...

Le voilà cet ami de tous , ce protecteur ,

Seul — et comme toujours — sans garde, sans licteur ,

Lorsqu'au milieu de nous , dans sa bonté profonde ,

Il souriait , donnant la main à tout le monde ,

Au riche , au pauvre , au noble , au passant inconnu ,

Au fier patricien comme à l'esclave nu ! —

Que l'horreur maintenant dans vos âmes pénètre ! . . .

(Il saisit le manteau qui recouvre le corps de César, et s'élance sur les marches du portique.)

Ce manteau , mes amis , vous devez le connaître?. . .

Le soir où Julius vainquit les Ncrviens ,

Il portait ce manteau guerrier ; je m'en souviens.

Il le portait encor dans ce jour où Pharnace

N'eut pas même le temps d'achever sa menace.

Voyez à cet endroit combien de sang versé !

Gomme de Cassius le fer l'a traversé !

Cette large ouverture au pan que je soulève.

Le furieux Casca l'a faite avec son glaive !

Là s'acharnait Cimber ! là, frai)pant au hasai d ,

Le bien-aimé Brutus a poignardé César ! !

Et , lorsqu'il retira sa parricide lame,

Voici jusqu'où le sang de César, avec l'àme ,

.laillit , — conmie pour voir, à grands Ilots échaj)pé ,

Si véritablement Brutus avait frappé'

Cjir il aimait Biu(ii> , sollicitude amère !

Il l'aimait comme un fils , et d'un amour de mère ! —

Oh ! maintenant vos cœurs se brisent à moitié;

Vous sentez le pouvoir de la douce pitié ! . . .

Vous pleurez ! — N'est-ce pas que les pleurs ont des charmes?

Pleurez , amis ! ... ce sont de généreuses larmes! —

Oui , voilà ce qu'ont fait glaive, poignard , couteau ! . . .

Mais vous ne connaissez que les trous du manteau :

Voici le corps! voici toutes les meurtrissures!

Environnez César, et comptez ses blessures! . . .

Venez tous ! Le voici lui-même déchiré ,

Déchiré par Brutus , l'enfant dénaturé! ! !

UN CITOYEN

0 spectacle navrant!

UN AUTRE

0 deuil! ô perte immense!

UN AUTRE

Rome, pleure avec nous : ta ruine commence !

TOUS

Des haches! des flambeaux!

ANTOINE

Un moment. Arrêtez!

VALENS

Le noble Antoine parle, écoutons !

TOUS

Écoutez !

ANTOINE

Amis , ce n'est pas moi qui du flot populaire Voudrais faire monter la fiévreuse colère ; Brutus et Cassius, vous-mêmes Tavez dit. Sont des hommes d'honneur. . .

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