ACTE V, SCÈNE III
(Se jetant éiierdue sur le corpî? de César.)
Dieux immortels î
ANTOINE
Le voilà, Calpiimie , en face de Pompée!
Et vos pressentiments ne vous ont pas trompée...
Le voilà cet ami de tous , ce protecteur ,
Seul — et comme toujours — sans garde, sans licteur ,
Lorsqu'au milieu de nous , dans sa bonté profonde ,
Il souriait , donnant la main à tout le monde ,
Au riche , au pauvre , au noble , au passant inconnu ,
Au fier patricien comme à l'esclave nu ! —
Que l'horreur maintenant dans vos âmes pénètre ! . . .
(Il saisit le manteau qui recouvre le corps de César, et s'élance sur les marches du portique.)
Ce manteau , mes amis , vous devez le connaître?. . .
Le soir où Julius vainquit les Ncrviens ,
Il portait ce manteau guerrier ; je m'en souviens.
Il le portait encor dans ce jour où Pharnace
N'eut pas même le temps d'achever sa menace.
Voyez à cet endroit combien de sang versé !
Gomme de Cassius le fer l'a traversé !
Cette large ouverture au pan que je soulève.
Le furieux Casca l'a faite avec son glaive !
Là s'acharnait Cimber ! là, frai)pant au hasai d ,
Le bien-aimé Brutus a poignardé César ! !
Et , lorsqu'il retira sa parricide lame,
Voici jusqu'où le sang de César, avec l'àme ,
.laillit , — conmie pour voir, à grands Ilots échaj)pé ,
Si véritablement Brutus avait frappé'
Cjir il aimait Biu(ii> , sollicitude amère !
Il l'aimait comme un fils , et d'un amour de mère ! —
Oh ! maintenant vos cœurs se brisent à moitié;
Vous sentez le pouvoir de la douce pitié ! . . .
Vous pleurez ! — N'est-ce pas que les pleurs ont des charmes?
Pleurez , amis ! ... ce sont de généreuses larmes! —
Oui , voilà ce qu'ont fait glaive, poignard , couteau ! . . .
Mais vous ne connaissez que les trous du manteau :
Voici le corps! voici toutes les meurtrissures!
Environnez César, et comptez ses blessures! . . .
Venez tous ! Le voici lui-même déchiré ,
Déchiré par Brutus , l'enfant dénaturé! ! !
UN CITOYEN
0 spectacle navrant!
UN AUTRE
0 deuil! ô perte immense!
UN AUTRE
Rome, pleure avec nous : ta ruine commence !
TOUS
Des haches! des flambeaux!
ANTOINE
Un moment. Arrêtez!
VALENS
Le noble Antoine parle, écoutons !
TOUS
Écoutez !
ANTOINE
Amis , ce n'est pas moi qui du flot populaire Voudrais faire monter la fiévreuse colère ; Brutus et Cassius, vous-mêmes Tavez dit. Sont des hommes d'honneur. . .