ACTE I, SCÈNE I
Clémentine {J arrêtant vivement). — Prends donc garde, mon ami ! ces meubles
Isidore {reposant fioùcement la chaise). — C'est juste .... Bs peuvent nous appartenir. ^ ! il y a des moments où je donnerais deux années de ma vie, là ... . sans
marchander deux années pour hériter seul, poui
être riche seul, ou seulement pour avoir été avantagé,
bien avantagé à leur préjudice. (// s'assied sur le fauteuil à gauche.)
Clémentine. — Le fait est que si tout le monde est riche
autour de soi, on n'est plus riche ou du moins on ne
jouit pas du plaisir de 1 être
Isidore. — Parbleu ! crois-tu que Fonde César ait pensé à cela?
Clémentine. — C'est possible, mon ami, mais permetsmoi une observation : avant que la succession soit liquidée, que nous ayons touché la part qui nous revient, il
s'écoulera encore plusieurs mois! H serait peut-être
imprudent de n'être pas aimable avec nos parents, avec ton frère Félix, par exemple, à qui nous sommes obligés d'avoir quelquefois recours.
Isidore. — Etre aimable avec lui, à quoi bon ? Ne le trouves-tu pas déjà assez heureux de pouvoir nous écraser de ses bienfaits?
Clémentine. — Résignons-nons à les accepter! Dieu seul est juge des intentions.
Isidore. — Comme on est bien dans ces fauteuils-là 1. . . Pourvu que César nous ait laissé son mobilier !
Clémentine. — H est un peu vieux
IsrooRE. — H est encore excellent. (Il se baisse et regarde les pieds du fauteuil.) Les bois ne sont pas piqués.
Clémentine {même jeu), — Et Tétofife n'est pas trop usée .... ça se vendra encore très-bien!
Isidore (qui se dirige vers la cheminée, au fond à droite)^ — ^La pendule est magnifique.
Clémentine. — ^EUe vaut au moins cinq oexàs francs.
Isidore. — Et les candélabres, comme ils sont lourds t
loncle César ne se refusait rien tandis que moi. . . .
son neveu ! . . . . {Il descend à droite.)
Clémentine {examinant les meubles, au fond à droite). — Que veux-tu, mon ami ? Ton oncle était un Vieux garçon, et les vieux garçons
Isidore. — Oui, oui, ils ont tous les avantages en
première ligne celui de n'être pas mariés !
Clémentine {descendaut en scène), — Oh I . . . Isidore ! Dis-moi, mon ami, pendant que nous sommes encore seuls, si nous jetions un coup d'œil dans les armoires» pour nous rendre un compte exact ; c'est notre droit» puisque nous sommes héritiers naturels.
Isidore {qui se dirige vers une armoire qu*ii ouvre à droite). — ^Voyons, voyons I si ces domestiques n'ont rien volé.
Clémentine. — Nous avons eu tort, vois-tu, de ne pas faire poser les scellés I
Isidore {qui fouille dans l'armoire à droite). — Ça, ce sont
des vieux livres des manuscrits . . mon oncle
écrivaillait beaucoup ... si ce lot nous échoit nous pourrons nous arranger avec Félix, qui nous en cédera uu autre.
Clémentine {qui regarde dans V armoire de gauche). —