ACTE II, SCÈNE VIIL
Isidore. — Mes péchés! mes péchés I parle pour toi. . .
Clèmentimk — ^Ën tout cas, avant de faire aucun projet, il est important d'être riche, et pour être riche il faut hériter.
Isidore. — Nous hériterons : n'avons-nous pas nos voix et celles de Félix et de Pauline?
Clémentine. — Est-tu bien sûr de ton frère et de ta nièce ?
Isidore. — ^Pour qui veux-tu qu'ils votent ?
Cêlestin. — Mais, pour eux.
Isidore. — Pour eux ? Ils n'oseront jamais.
GiisMENTiNE. — Cependant, mon ami, il serait plus sur de les intéresser à notre succès.
Isidore. — Que faire pour cela ?
Clémentine. — Ce que je t'ai déjà conseillé : demande à Félix la main de sa fille pour Cêlestin.
Cêlestin {8*approcharU). — Quoi ?
Isidore. — ^Mais tu n'y penses pas ; si j'hérite, Cêlestin devient le fils d'un millionnaire, et tu voudrais le marier à la fille d'un chimiste ? Ah I fi !
Clémentine. — ^Mais, mon ami, si l'héritage dépend de cette union, elle n'est plus une si mauvaise affaire ; puis, une fois que nous aurons hérité, il sera toujours temps. •
Isn^RE. — C'est vrai, cela.
Cêlestin. — ^Désolé de détruire vos projets, mes chers parents, mais je n'obtiendrai pas la main de Pauline, car I?auline aime Lucien.
laiooBE. — Qu'est-ce que ça fait?
Cêlestin. — Cela me paraît faire beaucoup, car de cet amour doit résulter quelque jour un mariage. Ne le pensez-vous pas, ma mère ?
Clémentine. — J'en doute depuis quelques instaût&
Célestin. — Ah ! . . .
Clémentine. — Oui, tout à Theure, bien innocemment et sans arrière-pensée, j ai parlé de cet amour à H )rtense, qui a paru fort contrariée.
Célestin. — Tiens, tiens, tiens I . . . .
Clémentine. — ^Oh ! mon Dieu ! je ne sais pas po irquoi ; je serais désolée qu'on soupçonnât de la moiidre des choses ma cousine, une femme mariée ; mais i] ]iourrait bien arriver que ma maladresse la brouillât avec Lucien (ce qui lui fera une voix de moins), et qu'elle essayât d'empêcher son mariage avec Pauline. C'est pour cela, Isidore, que je te disais d'adl*esser toujours à tcn frère notre demande ; fort de son consentement, car il n'osera pas nous refuser, nous attendrons les événements.
Célestin. — Ainsi, vous voulez absolument me marier j mais je n'aime pas Pauline !
Clémentine. — Mon enfant, tu l'aimeras ; elle est chaimante, et en attendant tu aimes ton père et ta mère, et tu dois faire quelque sacrifice pour eux. Vas au jardin chercher Félix et Pauline, dis-leur que nous sommes ici, et, si tu es trop timide pour qu'on parle de ce mariage devant toi, ne reviens pas.
Isidore. — C'est ça, ne reviens pas.
Célestin {qui sort par le fond), — Oh ! soyez tranquilles !