‹ Le testament de Jean MeslierChapitre 3 sur 23 · LXXIV · texte numérisé non relu

LXXIV

Passons à d'autres argumens. Dieu, au sentiment de nos Déicoies, est un être qui est, comme j'ai dit,

tout-|juissanl, qui est éternel, qui est infiniment bon, infiniment sage et infiniment parfait en toutes sortes de perfections, qui est présent partout, qui voit tout, qui sait tout, qui fait tout, qui soutient tout et qui 'dispose de luut comme il lui plail; cnsorte qu'il n'y a rien, suivant leur dire, qui puisse se soustraire à sa domination, ni aller, en aucune manière, contre l'ordre inviolable qu'il ;i établi partout p-ir sa toutepuissance et par sa souveraine Providence.

La première pensée^ qui se présente d'abord â mo esprit au sujet d'un tel être .si sage^ si buii^ si beau^ si grandj si excellent^ si parfait et si aimable est, que s'il y avoit véritablement un tel étre^ il paroitroit si clairement et si visiblement à nos yeux et à notre seotioient, que personne ne pouroit nullement douter de la vérité de son Existence. Mais comme ce prétendu cire si souverainement parfait ne se fait voir, ni sentir, ni connoitre nulle part eu aucune manière que ce soit, il n'y a certainement aucune raison de dire^ ni de croire qu'il y ait eflfectivement on telètre; il y a au contraire tout sujèt de croire et de dire qu il n'est pas. Car comment un être si souverainement parfait et si souverainement bon et aimable seroit<-il partout, sans que l'on puisse von nulle pari aucune do ses souveraines perfections? Certainement un être qui n'est pas visible, ni sensible en aucune manière, ne peut-être souverainement beau, ni s juverainement bon et aimable, il n'est pas souverainement parfait. Car d'autant plus que les perfections naturelles d^un être sont grandes, d'autant plus sont elles visibles et sensibles, semblables en cela â une lumière qui d autant plus qu^elie est grande, d'autant plus est-elle visible et sensible^ ou semblable à une chaleur, qui d'autant plus qu'elle est «^n'ande, (i'auLant [)lus aussi se faitelle sentir. Puis donc que 1 on ne voit et que l'on n*aperçoit même nulle part cet être, que l'on dit être si souverainement parfait, et que l'on ne voit, ni aperçoit nulle pari aucune do ses souveraines perfections qu'on lui attribue, il n'y a nulle raison de croire, ni de dire, qu'il y ait véritablement un telètre. Cetar-

Diyilizeo by LiOO^ic

gument^ toul simple et «tout naturel qu'il estons laisse

pas que de conclure déjà assez évidemment pour la négative de ce piéteudu être divin, que Ton dit elre si souverainëment parfait. Mais il faut le confirmer eiicore par des exemples clairs et sensibles, tels (|ue sont par consi <juont ceux-ci :

Si on disoit, par exemple, qu'il y uuroit un soleil inGniment clair et lumineux et que Ton ne peut néanmoins voir nulle part la clarté ou la lumière de ce prétendu solfil, n auroit-on pas raison de dire, que ce prétendu soleil infiniment clair et lumineux ne seroit point du tout? Oui certainement, on auroit raison de le dire et on puuroit même dire, qu'il faudroit avoir perdu la raison et le bon sens pour dire, qu'il y auroit partout une clarté et une lumière infinie, là où on n'en pouroit voir aucune. Si on disoit, par exemple encore, qu'il y auroit partout un être infiniment beau et que Ton ne pouroit néanmoins voir nulle part la beauté de cet être, n*auroit-on pas raison de dire, qu'il ne seroit pas? Bien corlainement. Si on disoit, qu'il y a partout un feu intintnieut chaud, ou un air infiniment froid, et que Ion ne peut néanmoins sentir nulle part la chaleur de ce feu, ni la froideur de cet air infiniment iroid, n'auroit-on pas raison de dire, qu'il n*y auroit poinl.de tels êtres? Enfin si on disoit, qu'il y auroit partout un être dont la substance seroit ' d'une odeur ou d'une saveur infiniment agréable au goût, aussi bien qu'à Todoral^ et dont la voix rendroit un son qui surpasserait infiniment tous les autres sons, * et que cependant l'on ne peut entendre nulle part le son de cette voix, ni sentir nulle part l'odeur, ni la

saveur de celte admiiuble substance, n'auroit-oii pas raisoD de dire^ que cet être ne seroit véritablement point, puisque Ton n^en verroit nulle part aucune aparence? Oui cerlaineniienl, on auroil nisun de le dire, et si nonobstant cela quelques-uns se mettoienl en tête de vouloir soutenir^ que tels êtres seroient néanmoins véiilubleinent pailoiil, ils ne manqueroieiit certaineoient pas de passer pour des fous et jmur des visionnaires et' même pour des fanatiques; car ce seroit véritablement une espèce de folie et de fanatisnio, de se uieltre telle fantaisie en tète. *

Or il est évident, que nos superstitieux Déicoles tombent dans une semblable espèce de fanatfsme, lorsquils Sdulieniiont rexisicnce de leur Dieu; car ils veulent que ce soit un être inliuiinent parfait en toutes sortes de perfections et quil soit actuellement partout. Et cipendaiit il est évident qii'on no b» voit, qu'on ne le sent, qu'on ne l'aperçoit, et quon ne le trouve nulle part, et qu'on ne saurait même le voir, ni le sentir, ni lapercevoir, ni le trouver nulle part. C'est donc une grande erreur, et c'est mèuie une i spèce de lolie en eux de vouloir soutenir, comme ils font, qu'il y ait véritablement un tel être partout. C'est comme s'ils vouioient soutenir, qu'il y auroil véritablement un soleil qui serpit infiniment clair et lumineux, là où on ne verroit aucune clarté, ni aucune lumière; il semble qu'il fi'y auroit aucune persoiiiK» de bou sens qui soit capable de vouloir soutenir de telles ou autres semblables propositions que celles-là. Cependant c'est ce que font tous les jours nos Déicoles, lorsqu'ils soutiennent Tei^istcncti actuelie de leur Dieu

infinimenl parfait et ^n\sent partout, quoiqu'on nepuisse le voir^ ni l'apercevoirj ni le sentir^ ni le rencontrer nulle part. C'est comme s'ils disoient, qu'il y a partout un soleil infinimnnl clair et lumineux, quoiqu il ne soil visible nulle part, c cst^ dis-je^ comme s'ils le disoient. Car autant qu'il seroit contre le bon sens de dire, qu'un être, qui seroit infiniment parfait, qui seroit [iailout, ne seroit néanmoins visilile nulle part^ et autant i(u il y auroit d'absurdité à dire, qu'il y auroit un soleil parfaitement clair et lumineux là où on ne verroit aucune clarté, ni aucune lumière, autant y auroit-t'-il d absurdité à dire, qu'il y auroit un être infiniment parfait, là où on ne yoit^et là où on ne peut ?oir, ni apercevoir, aucune de ces préten** dues perfections. Nos Christicoles, qui savent merveilleusement bien faire les spirituels dans leurs pensées, ne manqueront pas de me regarder ici comme m lionmie tout charnel et ^n ossier, qui no suit juger des choses que par les sGn& et ils m'aptiqueront ssns doute ces paroles de leur grand Mirmadolin S. iugustin, qui dii, que dans un homme charnel toute la règle de juger et de penser, c'est sa coutume de vi)ir ; les hommes cliarnels, dit-il, croient facilement tout ce qu*ils voient» mais ils ne sauroient croîre ce qu'ils ne voient point: in hominc camnli^ Iota régula

ifUelligendi est consuekido cermiuii, qmd soient videre credunt, quod non soient non credunt. Mais cela ne m^embarasse guéros; il m'est facile de rétorquer un tel argument, en disant que dan^ des ignorans et des sots toute leur règle de juger et de penser c'est, de ciwe aveuglement tout ce qu'on leur dit, ils ne veu-

lent pas croire ce qu'ils voient, ce qu'ils touchent et ce qu'ils manient et ils croient sottement tout ce qu'on leur dit et même contre leur prujjre sentiment, suivant celte autro maxime de leur mirmadolin Docteur An^'élique% qui dit, en parlant de son aimable et adorable Dieu de [)àlo, que la vue, que le loucher et que le goùi ne trunipent à son égard et qu'il ne laut sûrement croire et ajouter foi, qu'à ce qu'on entend dire, c'est-à-dire à ce que leur foi leur en aprend par le seul oui-dire,

Vmuà-y lactus, guitut in te fallUur, Sed audUu «olo iuià credUur,

8eroil-il possible qu'un être souverainement et infiniment parfait n'auroit en lui-même aucune perfection visible, ni aucune qualité sensible? Si cela étoit, quoique ce seroit une ebose inconcevable à Tesprit, il faudroit nécessairement dire, que toutes les qualités sensibles et que toutes les perfections visibles seroient incompatibles avec la nature ou avec les peirections invisibles de cet être souverainement parfait, ou du moins qu'elles ne seroient pas convenable»à la dignité supii'iiie (le cet être infini: car si elles n'étoient pas incompatibles avec sa nature, ni avec ses pedêctions. invisibles, ou si elles n'étoient pas inconvenables à la dignité de sa nature souverainement parfaite, pourquoi ne les auruit-t'-il pas, ces qualités sensibles et ces perfections visibles? S'il les a, pourquoi ne paroitroient -elles pas dans lui? Et si elles paroissoient dans lui, pourquoi ne les verroit-on pas? On les y

* 8t Thomas d*Aqnin«

vorroil siiiLs <luule et on les y verroit môme d outant plus facilement, qu elles y seroient (i.nis uu plus haut degré de perfeclions. Si nos Déicoias disent que les qualités sensibles et que les perfections visibles sont incompatibles avec la nature el avec les perfections invisibles de cet être souverain, ou qu'elles ne sont pas convenables à la dignité^ à la pureté et à la simplicité de sa nature mliiiiment parfîiite, cl par conséquent, que ces tories de qualités sensibles et ces sortes de perfections visibles ne se trouvent point en lui. et qu'elles ne peuvent même s'y trouver, à raison de la pureté et de la simplicité de sa nature, passe, je le veux bien présentement. Mais comment peuvent-ils dire nonobstant cela, que leur Dieu est un être inliniihcii! pniail, puiscpj'il manque d'un si grand nombre de periechons? Car ii est évident, qu un être infiniment parfait, qui manque d*une infinité de perfections, ne peut être infiniment parfait: or leur Dieu, suivant ce qu ils disent eux-mêmes, manque de toutes les perfections visibles et de toutes qualités sensibles, qui sont presque infinies en nombre, donc il ne peut être infiniment paii.iil.

De plus, si ce Dieu, qu'ils disent être infiniment parfait, n'a aucune qualité, ni aucune perfection sensible, il faut donc qu'il n'ait cpie des qualités et que des perfections universelles et insensibles et que ces prétendues perfections-là soient infinies en lui. Mais je leur demande, comment savent-ils et comment [>euvenl-ils savoir, (ju'il y îi des jierl'ecliuns invisibles et que ces perfeclions-là soient infinies en lui? Car puis qu'elles sont invisibles et insensibles, en quelque ma-

niére que ce soit, ils ne peuvent nollement les voir,

ni \p» sentir, ni par conséquent les connoitre en aucune manière; car ce n'est point par les sens qu'ils les connoissent, puisqu*cllès sont, comme ils disent, toutà-fait insensibles et invisibles. Ce n'est point non plus j>;ir la raison (ju'ils les connoissent; car la droite raison ne fait pas connoitre, qu'un être infiniment parfait n'a et ne doit avoir aucune qualité, ni aucune perfection sensible; elle ne fait pas connoitre non plus que toutes qualités et que toutes perfections sensibles soient incompatibles aves les perfections invisibles d'un être souverainenient parfait. Si donc la raison et les sens ne peuvent leur Faire voir, ni leur faire connoitre co ijulls disent des perfections invisibles de leur Dieu, ni ce qu'ils disent de Tincompatibilité des perfections sensibles avec les perfections invisibles de cet être souverainenient parfait, c'est en vain et sans fondement qu'ils le disent, ils parlent en cela sans savoir ce qu'ils disent; et s'ils parlent en cela sans savoir ce qu'ils disent, ils no méritent certainement pas d'être écoutée, comme j'ai déjà remarqué, et s'ils ne méritent pas d'être écoutés, beaucoup moins méritent-ils d'être crus dans ' ce qu'ils disent.

Mais bien loin que la Raison fasse voir et connoitre à nos Déicoles que ce qu'ils disent des perfections

invisibles de. leur Dieu et de l'incompatibilité des qualités sensibles avec les perfections d'un être souverainement [)arfait soit vrai, bien loin décela, dis-jc, s'ils consulloienL bien leur raison^ elle leur feroit manifestement voir et connoitre qu'un être, quîseroit

souverainement parfait^ seroit souverainement et par-'

faitemeiit aimable ot par cuiistMjucnt parfaitement connoissahlo. Car cuuiuient seroit-il parraitcmcnl aiuiablc^ s^il n'étoit parfaitement connoissabiep Un bien nest aimable^ qu^autant qu'il est' connoissable et il ne seroit nullement aimable^ s'il iréloil nulleuieat connoibâable. Or dans la suposition de nos Déicoles, l'être qui seroit souverainement parfait et qui n'auroit en lui-même aucune qualité sensible, ni aucune perfection visible, ne seroit nulirment connoissable: donc il ne scroii nullement aimable, et s'ils veulent qu'il soit parfaitement aimable, il faut nécessairement qu'ils disent, qu'il est parfaitement conuoi^sable^ et sil est pariaitement connoissable en lui-*méme^ il faut qu'il ait en lui-même des qualités sensibles et des perfections visibles, puisque ce n'est que par îles qualités et par des perfections de celte nature, qu'on pouroit véritablement le connoitre et le distinfçuer de tout autre être, qui ne seroit pas souverainement parfait. Ainsi bien loin, comme j'ai dit, que la raison fasse connoitre à des Déicoles que les qualités et que les perfections visibles et sensibles soient incompatibles avec les prétendues perfections invisibles d'un élre souverainement parfait, elles doivent plutôt leur faire connoitre, que telles* perfections seroient inséparables de sa nature, si tant étoit qu'il y eut véritablement aueuii être particulier souverainement pariait. C'est pourquoi, puisque Ion ne voit et que Ton ne remarque nulle part aucune aparencc de cel être souverainement parfait, il n'y a aucun véritable sujet, m lumicmerit de croire^ qu'il est^ ni qu'il puisse être.

Je sais bien que nos Déicoles^ qui affectent plus que lous autres de faire les spirituels et qui font

seuililanl d' es limer peu les choses matérielles et sensibles^ en comparaison dos hautes idées, qu'ils se forment dans leurs imaginations, des choses spirituelles el divines, n'ont garde d'attribuer à la nature de leur Dieu aucune (jualilé, ni aucune ^ri'cclion, qui soit visible ou sensible par aucun sens: ils jugent même qu'il n*apartient qu*à des esprits grossiers et charnels de s'ituaginer, un être iniininiciil parlait, tel qu ils suposent que leur Dieu est* doive être quelque substance corporelle, composée comme les autres de matière et de forrae, si noble même on si excellente et si parfaite que puisse être cette matière et cette lorme; -de sorte que, suivant leur dire, leur Dieu n'est ni de chair, ni d'os, ni de quoique ce soit que l'on puisse imaginer; il n'a coiuoie j'ai déjà remarqué ni corps, ni téte, ni bras, ni jambes, ni dos, ni ventre^ il n'a ni yeux, ni bouchi», ni nez, ni oreille, il n'a ni couleur, ni figure aucune, pwiiu il n'est rien de tout ce qu'on pouruit imaginer de réel et de sensible; tout ce qu'ils en peuvent penser, se termine à dire seulement en général, que cest un être infiniment pariait, un être d une nature incompréhensible, qui surpasse tous sens et tout entendement et qui par conséquent ne peut être exprimé par aucunes paroles, ni conçu par aucune pensée. Mais ne voïent-ils pas, ces docteurs si spirituels et si subtils, ne voient-ils pas^ qu'à force de vouloir eialter lexcellence incompréhensible de cette prétendue nature divine, et quVi force de vouloir la spirilualiser et la dégager de toute ma-

tiére et de toute qualité sensible» ils la détruisent^ et qu'à force de vouloir eiagérer toutes ces prétendues perfections divines, ils les anéantissent; de même qua force de prouver trop, on ne prouve rien, et qu'à force de trop dire on ne croit rien. Car qu'estce aufre chose de dire d'une nature iriliiiiinent jiaifaile» qu elle n'a if corps» ni i\mm, ni figure» ni couleur» ni rien de tout ce que Ton pouroit penser ou imaginer, si non qu'elle nVsl point du tout?

( st-cc aulrc chose de «lire d'un élre infiniment parfait» qu'il n'a ni couleur» ni figure» ni aucune beauté on bonté sensible et qu'il n a aucune autre perfection visible, si ce n'est dire, qiril n a vcrilableuient aucune perfection? En effet» quelle idée peuvent-ils avoir d'un être, qui n^ ni corps ni forme? Quelle idée peuventils avoii- (!e la beauté d'un être, qui n*a ni couleur ni ligure aucune? Quelle idée peuvent-ils avoir de la bonté d'un être» qui ne se fait sentir» ni apercevoir» en aucune manière? Quelle idée peuvent-ils avoir de la sagesse d'un être» qui n'a ni bouche pour parler» ni cerveau pour penser? Quelle idée peuvent-ils avoir de la force et de la puissance d'un être» qui n'a point de (uouveinent pour agir et qui ne sauroit même se mouvoir lui-même? Quelle idée peuvent-ils avoir du plaisir et du contentement ou du bonheur d'un èlrc, f[ui n'a m veux pour voir, ni lan^^uc pour goûter» ni oreilles pour .entendre» ni nez puui tlairer» ni mains pour toucher» ni piés pour marcher? 11 est constant (pie [icrsonne et non pas même nos Christicoles» tout spirituels qu'ils sont^ ou qu ils croient l'être» ne sauroîent se former aucune véritable idée

de ce qu'ils prétendent signifler par ces termes de nature, de beaulé^ de bonté, de sagesse, de puissance

et de félicité^ qu'ils allribuenl à leur Dion. Ainsi quand ils disent, qu'il est d une nature intiniment parfaite, qu'il est infiniment beau, infiniment bon, infiniment sage, iiiliiniiuMit puissant et inliniment bienheureux, ils no savent vént il l^ uioul pas qu'ils disent^ parce qu'ils ne savent véritablement pas ce que c'est, qu'une nature qui est sans corps et sans forme et sans étendue aucune; ils ne savent ce (jue cest d'une beauté qui na ni couleur, ni figure; ils ne savent ce que c'est d'one sagesse qui est sans cervelle, ni d'une force et ci une puissance qui ne se peut mouvoir; ils ne savent ce que c'est de voir sans yeux, d'entendre sans oreilles, ni de goûter sans langue, enfin ils ne snvonl ce que è'csl d ètie heureux sans j)Iaisir et sans joïe, ainsi lorsque nos Déicoies dépouillenl leur Dieu de toute forme corporelle et de toutes qualités ou perfections sensibles, ils détruisent sa iiaUne el anéantissent toutes ses prétendues intinieir perfections.

Voilà comme ils s'abusent et qu'ils s'égarent dans la vanité de leurs pensées et que^ croîant devenir sages, ils deviennent insensés, je dis insensés^ parceque, de même que ce seroit une grande folie d'attribuer la Divinité à des choses inanimées ou à des animaux irraisuiin.il)l( s, ou à des hommes foibles et iuorLcls, comme faisoient autrefois les Païens, c'est aussi une grande folie de l'attribuer, comme font maintenant nos Déicoies, à un être iniaiîiiiaire, <[iii n'a ni corps, ni ioime el (pu se laisse dépouiller^ comme on veut, de toutes qualités et de toutes perfections réelles et sen-

sibles, ot qui est par conséquent moins que tout ce qu'il y a de réel et de sensible. Il faut cerlainemeDt avoir bien peu de luoiiéres, ou faire bien peu d'usage de son esprit, pour croire des choses (|ui hout si éloignées de la. raison el qui sont si ridicules^ ;ii absurdes et si incroïables. Nos Déicoles sont maintenant revenus de In plùpart des erreurs des Anciens sur ce sujet, il V a lieu d'espérer, qu'ils reviendront aussi quelques jours des erreurs où ils sont présentement. On voit déjà même dans la plupart d'eux une assez grande disposition à cela, pai*cequ'ils témoignent assez par leurs discours, par leurs moeurs et par toute leur conduite^ qu'ils n'ajoutent pas grand foi aux mistères de leur Religion, ni aux plus importantes leçons qu'elle leur fait, touchant le buii régleuienl de leur vie, par raport aux grandes et magnifiques promesses^ qu'elle leur faîty des récompenses éternelles d'un Paradis, s'il font bien, ou pur rnport aux cliàtiniens terribles, dont elle les menace, s'ils font mal. Car s'ils éloiealbien persuadés^ les uns et les autres^ de ce que leur Religion enseigne et de ce qu'elle les oblige de croire sur ce sujet, ils vivroient cerlainement avec plus de retenue et avec plus de précaution qu'ils ne font^ ou ils seroient les plus insensés du monde, de s'exposer, tiiiiime ils font tous les jours, pour des choses de si peu de conséquence^ à perdre une vie éternellenienl ^ bienheureuse et à encourir des chàlimens éternels les plus cruels et les plus effroîables que Ton puisse imaginer; comme donc on sait que la plû|»art de nos Déicoles^ que ceux qui sont les premiers et les principaux entr'eux et que même les premiers Ministres

et les plus grands Prédicateurs de la Religion ne font

|)as giaiiil état de se mettre en devoir de mériter par leur bonne vie et par leurs bonnes oeuvres de si grandes récompenses et qu'ils ne se mettent guères Cil peine d'évilor (Je si teriiblcs cliAliiiiens, c'est une marque bien certaine, qu'ils u ajoulenl guéres de foi eux-mêmes à tout ce qu'ils en disent et qu'ils ne sont guères persuadés eux-mêmes de ces prétendues grandes et importantes vérités, qu'ils veulent faire croire aux autres.

Mais comment en effét des gens, qui auroient tant soit peu d'esprit et de liuii ^cn^, mnjioienl-ils se [)qrsuader véritablement des choses, qui sont si éloignées de la droite raison et de toute aparence de vérité; vù que la raison et que la nature même nous ins[)iront naturellement des scniiniens contraires. Nos Deicoles nous promettent des recompenses éternelles, si nous vivons dans la vertu et si nous suivons religieusement les régies, les maximes et les principes de leur Religion, et ils font consister la souveraine béatitude et le souverain bonbeur des hommes dans la possession et dans la jouissance de ces prétendues recompenses, que l'on ne possédera et que Ion ne verra néanmoins jamais dans cette vie^ mais seulement après la mort, dans un tems, où nous ne serons plus, * dans

* Pcat*OD dire qa*ttne simple moditication il^êtr<^ seroit encore vé> • ritablement quelque chose, après qn*eUe auroit cessé d'être? Certainement non. Or- il est certain, que. nous ne sommes cbaotin de nous personnellement que de simples petites modifications d'être, et par eonséqueot nous ne sommes plus rien, au moment que nous avons cessé d*être.

un temsy où nous serons délruiu ei comme aoéanlis. Pareillement ils menacent les hommes des chàtimens

efl'roîahlcs d^un enfer élcrnei^ s ils viveiil dans le vice et dans le péchés s'ils ne croient pas t'ermemeni tout ce qu'ils leur disent et s'ils ne vivent pas conformément aux i è<r|os et aux maximes, ou aux préceptes de leur Ueligion, et ils lont consister le souverain malheur des hommes dans la souffrance éternelle des chàtimens effroîables de ce prétendu enfer^ que les plus méchans et que les plus indignes ne verront néanaioins jamais dans celte yie, mais seulement après leur mort, et dans un tems où^ comme j'ai dil^ ils ne seront plus et où ils seront fous déliuits et comme anéantis. I^]n bonne ioi, comment peut-on se persuader que 1 on puisse encore être véritablement bienheureux ou malheureux^ lorsque Ton ne sera plus sensible an bien ni au mal, et même lorsque Ton ne sera plus nen du tout? Car se persuader que Ton sera bienheureux ou malheureux après la mort^ c'est se persuader que Ton sera bienheureux ou inalheuieux, lorsque Ton ne sera plus. Car du moment que i on est mort on commence à se corrompre et à se réduire en pouriture et en cendre, c'est, dis-je^ ce que rexpérience nous fait tous les jours manifestement voii'. Mais nos Oéicoles n'ont Jamais eu, ni jamais vu d*expêrience, que Ton puisse encore sentir du bien ou du mal après la mort, ils n'ont jamais rien vù, ni .i(i( rçu de ces grandes et maguiliques récompenses, dont lis se llaltent de jouir dans le ciel' après leur mort ; ils n'ont jamais rien vû non plus^ ni jamais rien senti, ni aperçu de ces effroîables tourmens, dont ils menacent lea méchans ei

dont ils disent^ qu'ils soroiil éleroellement punis dans

les enfers après leur moi i : tout ce (ju'iis disent des biens et des maux d'une autre prétendue vie n'est fondé que sur des illusions^ sur des imaginations creuses et sur des impostures. •

Mais encore en quoi font-ils coiisisicr cette prétendue souveraine et si charmante béatitude, qu'ils promettent avec tant d'assurance aux gens de bien? C'est ce qu'il iaul encore bien reuiart|uer; car ils la font d uue es|^éce toute singulière et toute pleine de mistéres. Ils la font consister, comme ils disent, dans la vision et dans la |)Ossession de Dieu même, cpi'ils diseut être leur souverain bien, laquelle vision ou [)ossession de ce prétendu souverain bien rend parfaitement bienheureux tous ceux, qui ont le bonheur de le voir et de le jiosséder. Mais voïons un pou ce que c^esi ou ce que ce pouroit être de cette |>rétendue si charmante vision et possession de Dieu. Nos Uéicoles disent, comme je viens de le remarquer, que leur Dmn est d'une nature toute spirituelle, c'est«à-dire d'une . nature incorporelle et immatérielle, et par conséquent d^une nature qui est Invisible, qui est sans corps et sans forme, sans étendue, sans couleur et sans (igure aucune. Comment donc prétendeut*ils, que leur souveraine béatitude puisse consister a voir et à posséder un tel être? Peut-on voir et posséder un être, (jui n'est pas visible, mi être, qui u a ni corps, ni lorme, ni étendue aucune? Peutron voir un être, qui n'a ni couleur, ni figure, ni étendue aucune? Certainement cela a est pas concevable, cela passo luule imagination: car c'est comme, s'ils disoient, que leur souve-

raine béatitude consiste à voii', ce que ron ne peut

voir et à [losséder, ce que Von ne peut tenir, ni toucher; ce (|ui est iiianirestemenl absurde^ en prenant CCS termes dans leur propre et naturelle signiGcation.

Mais comme on sait que nos Déicoles et particulièrement quo nos Chrislicoles, qui se diseiU être les seuls véritables «ndoiiiirLus du vrai Dieu, font industrieusement profession de s'attacher principalement â la spiritualité de son culte et à interpréter spirituellement tout ce qui regarde les austères^ les maximes et les cérémonies de leur Religion^ afin de mieux couvrir sous ce beau et spécieux prétexte de spiritualité toutes les ItUisseU s et toutes les ahsurdilés, qui s'y trouvent^ ils iront garde de faire consister leur prétenduê souveraine béatitude dans une vision et dans une possession réelle et corporelle de leur Dieu. Ils crouoient bien trop rabaisser el trop avilir la gloire^ l'excellence et la grandeur ineffable de cette souverame béatitude,. s*ils la faisoietit consister dans aucun plaisir des sens. Ils se persuadent, ou au inuins ils veulent persuader aux autres, qu'il n'apartient qu'à des esprits grossiers et charnels d'attendre dans le ciel une béatitude sensuelle et cliainelle, comme l'ont les J.uits et les Mahomelans^ qui n'en connoissent point d'autres, mais pour eux qui ont des connoissances bien plus relevées, et qui aspirent à des. biens infininienl plus grands que tous ceux du corps et des senS; ils n'ont garde, dis-je, de s'amuser à faire consister leur béatitude dans aucune plaisir des sens. Ainfi quand ils disent que leur souveraine béatitude consiste dans la vision el dans la possession de leur

— oé

Dieu^ ils n'entendent point parler d'une vision corporelle, comme celle qui se fait par les yeux du corps, mais ci une vision spirituelle^ qui se lait^ suivant leur dire, par les yeux de l'âme; c'est*à*dire par une très claire et très-parfaite connoissance, que Pâme a des bca(ites et dos perfoclions infinies de ce souverain être: car ils ne prétendent pas non plus que Tàme ait d'autres yeux, que ses propres pensées et ses propres connoiss;inc(\s. Prenjièrcnieiit quand ils parlenl d'une possession de Dieu, ils n'entendent point parler d'une possession corporelle, puisque leur Dieu ne se possède point par le corps et qu'il n'y a rieh en lui de corporel; mais lis eatendcnl parler dune possession spirituelle de Dieu, qui se fait,, suivant leur dire, par un amour très-parfait de ce prétendu souverain hion; d'où, suivant leur luèim dire, il résulte dans les âmes, qui oui le bonheur do le posséder ainsi, une joîe et un contentement spirituel, qui surpasse infiiiiuiciit tous les plaisirs ol tous les coiitcntemens, que 1 on pouroit jamais recevoir par les sens*

Voilà, ce semble, quelque chose de beau et de bien imaginé; mais rien de plus vain que tout cela; car

si cela étuit, il s'en suivioil manireslcjuoiit que leur prétendue félicité, ne consisteroit que dans un bonheur et dans une béatitiide imaginaire, et non pas

dans un bonheur, ni dans une béatitude réelle eteffectÎTe. Pour preuve de cela est, que, saivant leur

dire, voir clairement el spirituellement un objet n*est autre chose, comme je viens de le marquer, qu'avoir des idées, des pensées et des connoissances très-parfaites de cet objet. Pareillement posséder spirituellement UD objet n'est aussi, suivant leur dire, autre chose que Taimer parfaitement, d*où il suit que plus les idées, les pensées et les connoissances, que Ton se formera d'un objet seront parfoites, plus parfaitement aussi le verra-t'-on spirituellement. Or se former des idées, des pensées et des connoissances plus oi> moins parbites de quelque objet, que Pon ne voit point réclieoient el véritablement, ne sont que des actes d'imaginations, et Tamour que Ton conçoit pour un tel objet, que Ton ne voit point et que l'on ne possède point réellement, ne se forme que sur les idées, sur les pensées et sur les connoissances que Ton se forme de cet objet: donc voir spirituellement quelque objet, n'est autre chose que le voir par Tespiil et par riiii-igiiiation: car je ne fais point ici de distinction entre lesprit, Tentendement et l'imagination, r\i entre les idées, les pensées et les imaginations, parce (|iie tous ces lercnes ne signilienl proprement qu'une même chose; les termes, par exemple, d'esprit; d'entendement et d'imagination ne signifient que la puissance ou la faculté que les hommes ont de penser, de connoître, de raisonner et d'avoir quelques opinions vraies ou fausses de ce qu'ils conçoivent, et ces termes d'idées, de pensées et d'imaginations ne signiiieul pioprement rien autre chose, que

icb acles de peuj:>ées et des connoissanceâ, par lesquelles ils aperçoivent et connoissenl les choses^ et par lesquelles ils raisonnent ou forment des jugemens vrais, ou faux, sur ce qu'ils pcnscnl. Conmie nos Déicoles ne reconiioissent point d'autre vision de leur Dieu que celle, qui se fait par la pensée et par la connoissance, qui sont des actrs d'cnlendcinont, d'esprit ou d'imagination, et qu lib ne recounoissent d'autre possession de ce même Dieu que celle, qui se fait par 1 amour, qui est une suite naturelle des pensées et des conrioissances, <|uo Tesprit ou l'imagination a d'un objet, qui lui paroit être bon et aimable, et qu'ils font d'ailleurs consister toute leur souver^ne béatitude à voir spirituellement et à posséder spiritucilemeul leui Dieu, il s eii buil evid<*inmeul que leui* prétendue béatitude ne seroit que béatitude imaginaire, puisqu'elle ne seroit fondée que sur une vision imaginaire et sur une possession ini«iginatre d'un bien, qui n'est qu'imaginaire.

Ët pour confirmation de - ceci est, que nos Déicoles disent expressément que cette béatitude ne consiste point dans les [^iai^jub des ^eua, qu'elle ne cousisle point dans les plaisirs de boire et de manger, ni pareillemeni dans les plaisirs de voir par les y^^nx, ou de touclier par les mains, non plus (|ue dans le plaisir d'entendre par les oreilles, mais qu'elle consiste seulement dans la paix et dans la joie de l'esprit Non est enim, disent-ils, rer/num Dei esca et potus, sed jusiilia cl pax el gaadiuta in spirilu sanclo clc.

• ttom. 14; 17.

Et d'où viendra, s'il vous plait^ cette paix cl cette joîc de i'espritj si elle ne vient de rien de tout oe qui peut toucher les sens^ comme je viens dédire? Elle rie pouru venir que de riniaginalion ei par conséquent leur souveraine félicité ne consisteroit^ comme je viens de dire, que dans une béatitude imaginaire, encore n^auront-ils pas ce vain plaisir que de jouir après leur mort d'une béatitude imaginaire: car pour jouir d'une béatitude imaginaire, il faut s'imaginer jouir de quelque bien et s'imaginer véritablement être heureux. Or il n'y a plus d'imagination a[)rès la uioit, comment dope des morts pouroient-iU jouir d'une béatitude imaginaire, puisqu'ils 'n'auront plus de quoi former au* cunes pensées, ni aucune imagination, et qu'ils seront comme si jamais ils n'avoienl été? Cest l'état où chacun sera réduit après la mort, nous retournerons tous dans l'état où nous étions auparavant que de nattre ou auparavant que d'être; et comme il est sur, que pour lors nous ne pensions à rien, que nous ne sentions rien et que nous n'ima<j^inions rien, de même aussi il est sûr qu apies la mort nous ne, penserons plus à rien, nous ne sentirons plus rien et nous n'imaginerons plus rien. Ainsi c'est bien en vain que nos Déicolcs et que nos Christicoles se flattent d'une si grande béatitude après leur mort, puisqu'ils n'auront . pas même pour lors l'esprit de penser à aucune béatitude; ils n'ont que faire, de déclamer ni de s'élever si fort contre ce sentiment, puisque c'est expressément le sentiment même d'un do leurs sages, les paroles duquel ils révèrent comme des paroles divines.

Voici ce qu'il dit sur ce sujét: les vivans, rlit-ii, savent au moins qu'ils doivent mourir, mais ceux qui sont morts, dit-il, ne eonnoissenl plus rien et n'attendent plus .Mienne rccomponsn; les senliinens de haine ou d'amuur, ui aucun désir ne les touctienl plus et ils ne prennent plus aucune part à tout ce qui se fait dans ce monde. Vas donc, dit-il, vas * paisiblement ei joieuseiuenl jouir des biens que lu as, bois et mange en paix les fruits de tes travaux et réjouistoi avec tes amis et avec celle que tu aimes, car, c'esl-là, dit-il, tout ce que tu peux espérer de bien dans la vie. Ces paroles confirment tout clairement ce que je viens de dire; ainsi c'est bien en vain que nos Déicoies ol que nos Ghristicoles se llaUonl de jouir d une si grande félicité après leur mort, puisqu'ils n'auront pas même pour lors l'esprit dépenser à eux-mêmes. En effèl comment pouroienl-ils penser, puisqu lis ne seront plus. Nous voïons assez souvent, dans la vie même, plusieurs sortes de maladies ou d'infîrroités, dans lescfuelles ceux, qui y tombent, sont entièrement incapables de penser a aucune chose, ni d'avoir aucun sentiment d'eux-mêmes, ni d'aucune autre chose! Une simple défaillance de coeur, par exemple, un sim|)le évanouissement, une léthargie, ou queiqu'aulre semblable maladie, est capable de nous mettre dans cet état-là, quoique* nous solons encore en vie et que notre corps soit encore dans loul son entier. Si donc une simple maladie, qui trouble seulement l'économie ou le juste tempérament

* Eoelënaste 9: 6» 6.

des humeurs et qui empêche seulenmnt les fouctioQs des sens, saos les détruire^ est capable de nous Ater > tout sentiment et toute connoissanee, â beaucoup plus forte raison la mort, qui nous (Iclrnit entièrement, nous privera-t'-elle de tout sentiment et de toute connoissance. Mats quoi! Ne voîons*noas pas même tons les jours^ et n'éprouvons-nous pas même tous les jours qu'un doux et profond sommeil^ qui nous a bal ieulement, sans nous faire aucun mal^ nous met hors de toutes pensées^ de tout sentiment et de toutes connoissaiiccs. Aïjint donc de si fortes [muives de celle vérité^ et aianl tous Jes jours des expériences si sensibles de ce qui se passe dans nous^mémes^ par ra<> port à ce sujél, c'est merveille que des gens qui paroissent avoir de l esprit, soieul dans des scnlnncns ' contraires et qu'ils puissent se persuader^ qu'après la mort, on soit encore plein de rie, plein de sentiment et de connoissance, et que Ton smt plus (jue jamais en état d'être bieniieuroux ou tnallieureux, les justes jouissant pour lors d'une parfaite béatitude^ en possédant Dieu éternellemenl dans le ciel, et le^ nuklians souffrant pour lors des suplices éternels dans les eulers. C'est merveille, dis^je, que des gens d'esprit puissent entrer dans ces sentimens-là ; • car c'est une espèce de folie, de se mettre de telles pensées dans l'esprit, et c'est même une * folie qui va assez souvent jusqu'au fanatisme, comme il paroit dan.< ceux qui se mettent un peu l'ortemi'nt ces sortes de pensées en tète. Car la Religion est une vraie pépinière de fanaliques, c'est le théâtre^ où ils . jouent le mieux leurs personnages; c'est pourquoi aussi les personnes qui sont véritable-

ment sages et qui sont tant soit peu éclairées des lumières de la Raison, ne s'arrêtent guéres à ces opinions-là, et c'est aussi la raison pourquoi j ;u dit, que la plupart même de ceux qui iea maintiennent par leur autorité^ ou qui les enseignent aux autres par le iaux devoir de profession, n'ajoutent guères de foi euxmèoies à ce qu ils en disent aux autres et ne se mettent guéres en peine de iaire eux-mêmes^ ce qu'ils recommandent si soigneusement aux autres de faire, pour acquérir ce prétendu incûni|Kirable bonheur de jouir des iélicités éterneilcii du ciel, ni pour éviter €8 prétendu terrible malheur de souffrir éternellement les peines de Tenfer; et il est à croire quHI yauroit longtems que ces sortes d'opinions-là seroient entièrement abolies, si ceux qui les maintiennent par leur autorité, ou qui les enseignent aux autres par obligation de leur profession, nn trou voient pas si grassement et si copieusement leur compte et leur avantage dans le soutien et dans la conservation de ces erreurs publiques^ en tenant par ce mofen les pauvres peuples misérablement captiis sous leur tiranuique domination, tenant pour maxime de leur politique en cela^ qu'il est besoin que les peuples i^^morent beaucoup de cbo» ses vraies, et qu'ils en croient beaucoup de fausses.

Mais revenons à notre prétendu être, souverainemeui et iniimmeut pariait^ s'il étoit véritablement tel

que nos Déicolcs le disent^ il seroit indubitablement et infiniment bon et inOnimcnt sage, on ne peut nier cette proposition. Or il est évident qu'il n'y a point dctre, qui soit infiniment bon et infiniment sage; donc il n'y a point d'être qui soit souverainement et infiniment parfait, et par conséquent point de ce qu'ils apellent Dieu.

Qu'il n'y ait point d être qui soit infiniment bon et infiniment sage, en voici manirestemejil la preuve:

C'est que, s'il y avoit un tel être, il aimoroit parfaitement le bien, la paix, la justice, la vertu, le bon ordre partout et il protègeroit partout les bons, les justes et les innocens, et au contraire il liaïroit infiniment le mal, tous vices, toutes injustices, et toutes méchancetés et puniroit partout les méchans; car étant tout-puissant, comme on le supose aussi, il ne manqueroit pas de procurer tout le véritable bien, et d'établir et de maintenir partout ic on ordre. De même aussi s'il baïssoit véritablement tout mal, tout vice, toute injustice et toute méchanceté, étant toutpuissant, comme je viens de le dire, il ne manqueroit pas d'empêcher partout, qu'il n'y ait partout aucun mal, aucune injustice, aucun vice, ni aucun désordre, ou au moins il ne manqueroit pas de punir tous ceux qui feroient mal, ou qui seroient malicieusement cause de quelque mal, parceque c'est le propre de la bonté et de la sagesse, de faire tout le bien possible et d'cmpéchcr tout le mal aussi qui se pouroit faire, comme ce seroit le propre d'une lumière infinie, de répandre sa clarté partout et de dissiper partout les ténèbres, et que ce seroit* le propre d'une chaleur

infinie de s'étendre partout^ el de chassër partonl la froideur. Car de même que la lumière esl incompatible avec les ténèbres et que la chaleur est incompatible avec la froideur^ de même aussi et a plus forte raison une bonté et une sagesse infinies doivent être incompatibles avec toutes sortes de maux el de misères, avec toutes sortes de vices et de désordres et avec toutes sortes de méchancetés. Que si une bonté et une sagesse infinies sont incompatibles avec toutes sortes de inaux^ toutes sortes de vices et toutes sortes de méchancetés et de dérégiemens, il ne pouroit donc y avoir aucun mal, aucun vice, aucun dérèglement^ ni aucune méchanceté au monde sous la puissance et sous le gouvernement d un être toutpuissant, s'il étoit, comme on dit, infiniment bon et infiniment sage, parce qu'il empècheroit par sa bonté et par sa sagesse toute-puissante, qu'il n'arrivât aucun mal et qu'il ne se fit aucune injustice, ni aucune méchanceté, ou aucun dérèglement. Or il est évident, que le monde est presque tout reuipli de maux et de misères, les hommes y sont tous pleins de vices, pleins d'erreurs et de méchancetés, leur gouvernement est plein d'injustice et de tirannie, on voit presque partout un débordemeut de vices et de méchancetés; la discorde et la division régnent presque partout; les justes et les innocens oprimés gémissent presque parloul ; les pauvres sont presque partout dans la disette et dans les souffrances sans apui, sans suportetsans consolation. D'un autre côté on y voit souvent les médians^ les impies et les plus indignes de vivre, qui sont néanmoins dans la prospérité, dans la joie, dans

les lionneiirs et dans l'jihoiulance de toutes sortes de biens; on ne sauroit lien nier de ce que je dis à cet égards il s'en faut même beaucoup que je oe dise tout ce qui est; car ([iii vouJrojl liurc un détail de tous les maux et de toutes les misères piloïables qui sont dans le monde^ aussi bien que de tous les vices et de toutes les détestables méchancetés des hommes^ il taudioit puur le iaire des volumes entiers; comme donc il est évident que le monde n'est presque partout rempli que de maux, que de misères, que de vices^ que de méchancetés, que de tiouij)eries, que (Finjustices^ que de vols^ que de larcins, que de cruautés^ que de tirannie^ que de désordres et de confusion, c'est une |)reuve cerlaiiîe el évitlciUc <|u'il n'y a point d'être infiniment bon et infiniment sage, , qui soit capable d*empéeher tous ces maux^ ni de sagesse qui soit capable d'y aporter un remède convenable, et par conséquent qu'il n'y a point d'être tout-puissant, qui soit infiniment bon et infiniment sage.

Voici ce qu'un auteur judicieux du dernier siècle disoit sur ce sujèt, car tout Christicole qn il èloit, il n'a pu néanmoins s'empêcher de reconnoilre et de sentir la force de cet argument que Je viens de pro* poser. Une certaine inégaUtc dans les conditions, qui entraine l'ordre et la subordination est, dit-il, l'ouvrage de Dieu; on supose une loi divine; mais une trop grande disproportion et telle qu'elle se remarque parmi les hommes est leur ouvrage ou la loi des plus iurts U déclare encore plus clairement sa ^ pensée dans le

• CMMstèies Ghap. des OBages.

même endroit, comme je l'iii déjà remarqué. Metlei, dit-il^ Tautorilé^ les plaisirs et Foisiveté d'un cM,

la dépendance^ les soins et la misère de Tautre^ ou ces choses, dit-il, sont déplacées par la malice des hommes, ou Dieu n'est pas Dieu. Cet auteur reoonnoit donc, que luiil iluiL être dîins un bon ordre et dans une juste subordination, sous la conduite et sous b direction d'un Dieu, c'est«à*dire d'un être infiniment parlait, c'est son ouvrage, comme il dit, ou plutôt ce seroil son ouvra<^e de faire bien, de régler bien, et de conduire bien toutes choses. Jusques-là il a raison, puisqu'il supose un être infiniment parbit; mais coin ment peut-il dire ensuite, qu'une si grande disproportion, qui est celle qui se remarque parmi les hommes, est leur ouvrage et la loi des plus forts, puis* que cette si grande disproportion ne ' seroit pas non pluii que celle loi des plus loris, si la suposilion qu'il faîi de Texislence d'un être iniiniment parfait, étoii véritable? Car comment un être tout-*puissant, qui se«* * roit infiniment bon et infiniment sage, sou(Viroil-il une si grande et si injuste disproportion entre les hommes? Comment soufiriroi^l que la loi des plus forts s'établit, contre toute raison et équité et même contre toutes ses bonnes intentions et contre toutes ses bonnes volontés? L'ouvrage des hommes, qui sont foibles et mortels et qui ne peuvent rien d'eux**mémes, comme disent nos Cliristicoles, seioit-il piui> tort que Touvrage même d un Dieu tout-puissant! Cela n'est point du tout croiable, cela répugne entièrement à la bonté et à la sagesse d'un être, qui seroit tout-puissant et in- ' finimeul pariait. C'est pourquoi aussi il est marqué

expressénieat dans les prétendus divins Proverbes de nos Cbristicoles^ qu'il n'y a point de sagesse, point de prudence, point de conseil et par conséquent aussi point de force^ ni de puissance^ qui puisse prévaloir contre les desseins ou contre les volontés de Dieu. Non est, dit-il*, sapientia, non est prudenlia^nonesi consilium cmlra JJominum, et la raison de cela est^ que la même bonté et que la même sagesse de Dieu f|ui iuiroicnt bien fait et bien réglé tontes choses, auroient empêché aussi qu'elles ne tusMiti déplacées par la malice des bommes et auroient même empêché qu'il n y eut jamais eu de malices parmi les bommes.

Voici eucure comme un de leurs prétendus prophètes fait parler son Dieu. Sachez^ dit-il, que je suis Dieu et qu'il n'y en a point d'autre que moi, mes desseins demeureront fermes, et toutes mes volontés s'eiécuteront *. Ego sum Deus el t^an est ulira iiec est wnUis mei — , ConsiUum meum stabit et onmis vohnilas mca jiel. Cela étant, il faut nécessairement rcconuoitre que rien ne pourroit aller contre les desseins^ ni contre les volontés d'un être tout-puissant, et que rien ne serait capable de troubler ni de renverser un ordre^ qui auroil été établi par une divine et toute-puissante Providence. Comme donc on voit manifestement partout et que l'on a toujours vû ainsi partout un renversement de hon ordre, un renversement de justice et d'équité, un débordement général de vices et une infinité de maux et de misères, qui accablent ntisérableinent la plupart des hommes et

• ¥to?. %li 80. t laaie 46: 10.

souvent même les plus jusiès et les plus innocens, plutôt que les coupables et que les impies; c'est une preuve certaine et assurée, quil n'y a point d'être tout-puissant, et qu'il n'y a point de bonté, ni de sagesse infinies^ qui puissent empêcher tous ces maux et établir inviolablement partout la justice et le bon or-' dre, comme il seroit convenable de faire à une bonté et à une sagesse qui seroient infinies. Ainsi la YÙê de tant de maux, de tant de vices, de tant de misères et de tant de inccbancetés qui régnent partout, nous fait manifestement voir, qu'il n'y a point de Pieu. C'est ce que Fauteur, dont je viens de parler, déclare assez expressément, par c<'s rôles (jui je viens de raporter. Mettez, dit-il, Taulonlé, les plaisirs et Toisiveté d'un côté, la dépendance et la misère de l'autre; ou ces choses^ dit-il, sont déplacées par la malice des hommes, ou Dieu n'est pas Dieu. Suivant donc la pensée et le sentiment de cet auteur, qui est assurément un des plus judicieux d'entre nos Déicoles, il faut nécessairement recoiuiuitre, ou que les choses du monde, telles qu'elles sont présentement^ ont été déplacées par b malice des hommes, comme il le dit, ou que Dieu n'est pas Dieu.

Pour dire que les choses ont été déplacées par la malice des hommes, il faut suposer qu'elles auroient été véritablement placées dans un meilleur ordre, et qu'elles auroient été véritablement dans un état plus pariait, que celui où elles sont, ce (]ui seroit peut-être assez difficile de prouver, vu qu'il n'y en a aucune aparence:. ce n'est pas néanmoins, que je v(HiiIle absolument nier, que les choses du monde aient jamais pù

XIL 4

aToir été daos un meilleur ordre, au moins quant aux moeurs et gouvernement des hommes, qui peuvent ef-

l'ocli veinent avoir elc iiieilleurs dans les siècles passés, et il ne faut point douter, qu'elles ne scroient encore présentement dans un meilleui* ordre et dans un meilleur état, si les hommes étoient véritablement sages, c'est-à-dire sMls se conduisoient en luules choses par les véritables lumières de la raison et selon les règles de la justice et de l'équité naturelles. Mais par rapoil aux foiblesses et aux infirmités de la uatuie, par raport aux maladies, aux souffrances, aux accidens fâcheux, et surtout par raport à la mort, qui met fin à la vie et qui terminé toutes, lés soufirances, aussi bien que tous les plaisirs, li ne faut pas croire que les choses aient jamais été dans un ordre, ou dans un état, beaucoup plus parfait, que celui où nous les^ voyons; les huimnes ont toujours été cnolins au mal, ils ont toujours été sujets aux maladies et aux iulirmités, tant du corps que de l'esprit, et ils ont même toujours été sujéts à la mort, comme ils y sont maintenant sujets, et quoique Ton dise, qu'il y a eu autrefois des hommes, qui ont vécu jusqu'à plusieurs centaines d'années, il n'en est cependant venu aucun de ceux-ià jusqu'à nous, ils ont pris fin par la mort comme font encore présentement tous hommes: ainsi, soit que les choses du monde aient autrefois été dans un meilleur ordre et dans un meilleur état, soit qu'elles n'y aient jamais été, mon dessein nesl pas de nier qu'elles ne puissent avoir été eflectivement dans une meilleure disposition; mais je prétends seulement dire, que si janiuis les choses imuiaines avoient été

établies daos uo meilleur ordre et mises dans un étai de perfection par la toute-puissance, par la bonté et

par la sagesse d'un être iuliuiinent jiaiTail, elles auroieot toujours persisté et demeuré l'ermes dans cet ordre et dans cet état de perfection, ou le souverain Etre les auroit d^abord ?ouhi placer, et jamais elles n'en uuioient pû avoir été déplacées par la malice des hommes, et cela non seulement parceque rien n'au«* roit jamais [)û prévaloir contre les desseins et contre les ^ oloiih'ï; (ruii Dieu loul-|iuissanL mais aussi parce qu il n'y auroit jamais eu de malice parmi les hommes. Cai* comment la malice elie-mème auroit-elle pû s'introduire ou se glisser parmi les hommes, contre les desseins et contre les volontés d'un Dieu tout-puissant? Cela ne se seroit nullement pû faire, à moins que Ton ne veuille dire aussi, que la malice des hommes auroit eu plus de Imce et de jiuissance que la volonté luute-puissaute d'un Dieu, ce qu il seroit absurde de dire.

Comme donc on voit manifestement, que les choses iiUiaauies sont dans une très-mauvaise situation et dans ua très-mauvais état, et que, suivant le dire de de Tauteur que j*ai cité, cette mauvaise disposition des choses du monde prouve, qn elles ont été déplacées par la malice des huuimes, dans la suposition d'nn être infiniment parfait, qui les auroit mises d'abord dans un meilleur ordre et dans un meilleur état, qu'elles ne sont (H'éseiileaient, il faut nécessaireuieiU conclure que cet être inliniment parfait n'est absolument point, et par conséquent que ce que l'on apelle Dicu^ n'est pas Dieu; de sorte que, si i'auU^ui', que

je ?iens de citer^ a eu raison de dire, que ces choses étoient déplacées par la malice des hommes, ou

que Dieu n'étoit pas Dieu, il auroit certainement pu dire avec beaucoup plus de raison, que, si Uieuéloit Dieu, les choses n'auroient jamais été déplacées par la malice des hommes, parceqiie la même puissance et la même bonté et la même sagesse, qui les auroit mises dans un si bel ordre et dans un état si parfait^ auroient pourvu à ce qu'elles ne fussent jamais déplacées par la malice des hommes : soit donc que Ton dise, que ces choses ont été déplacées par la malice des hommes, soit que Ton dise, qu'elles n'ont jamais été dans un meilleur état, ni jamais mieux ordonnées . qu'elles ne sont, il importe peu pour la conclusion qu'il convient présentement en tirer, parce* qu'il suffit de voir le triste, le pitoïable, rinjuste, le méchant, . le détestable et le malheureux état ou elles sont, pour conclure qu'elles n'ont jamais été faites, ni jamais été gouvernées cl conduites par un être infiniment parfait, car il n'est nullement croïable, ni même possible, qu'un être infiniment parfait auroit ?oulu faire . si mal aucune chose, qu'il auroit voulu en aucune manière laisser glisser aucun mal, aucune malice, aucune méchanceté, ni aucun désordre parmi ses créatures.

Qui diriez-vous Mrs. les Déicoles et Mrs. les Christicoles, que diriez-vous, par- exemple, d'un père de famille, qui, pouvant sans peine et sans s'incommoder bien régler et bien gouverner toute sa lamille, et qui, pouvant même iacilement donner à tous ses enfans de bonnes incUnations et toutes sortes de belles per-

tections, voudroit néanmoins tout abandonner à la conduite du hazard et laisser venir ses entans beaux ou laids comme il adresseroit^ sains ou malades, sauges ou fous^ et les laisser indifféremment faire le bien ou le mal, et même le plus souvent leur laisser faire le mal plutôt que le bien? Que diriez-vous d'un tel père? Diriez-vouz que ce seroit«là un parfaitement bon père de famille? Quand vous voudriez le dire, je suis sûr que vous ne le penseriez point? Que diriez- vous d'un berger ou d'un pasteur de brebis, qui, aîant un troupeau à garder et à conduire^, les laisseroit négligemment aller dans toutes sortes de pâturages bon ou mauvais, les laisseroit négligemment infecter et corrompre de gale, et qui^ avec tout cela, les laisseroit encore misérablement disperser et déchirer par ' la fureur enragée des chiens et des loups? Diriez* vous que ce seroit-li un parfaitement bon berger? Point du tout. Vous-diriez an contraire, que ce seroit un très-mauvais berger et qu'il âeroit tout-à- fait digne de punition. Que diriez-vous dun juge, qui, au lieu de rendre fidélemenl la justice à un chacun, favoriseroit au contraire i injustice et le crime et puniroit également et sans discernement les bons avec les méchans, et qui sVntendroit même avec les voleurs et les méchans; diriez- vous qu'un tel juge seroit [)arfaitement juste? Point du tout. Vous diriez au contraire, qu'il seroit le plus injuste du monde et quHI mériteroit lui-même d être sévèrement jugé et puni. Enfin, que diriez-vous d'un gouverneur de ville ou de province, même d'un Prince souverain, qui aurait des Etats à gouverner, si, au lieu d'établir ou de faire

observer partout de bons régtemenâ et* de bonnes

loix pour maintenir sos peuples dans la paix et dans l'abondance de tout bien, il les iaisseroit se brouiller, se persécuter, se ruiner, se désoler et se détruire misérablement les uns et les antres, pnr de continuelles divisions et par de continuelles guerres ot si c'étoit encore ce Prince-U lui-même, qui suscitât et qui fomentât ces funestes divisions et ces cruelles guerres parmi ses peuples^ diriez-vous qu'un tel Prince seroit un parfaitement bon Prince? Point du tout. Vous diriez [}Iutôt, qu'il mériteroit d^étre' dégradé et dépouillé de toute autorité, do tout liouueur, de toute dignité et de tout commandement et vous auriez raison de le dire, parce qu^une telle conduite seroit tout-àfait indigne de la buuté, de la s^it^esse et de la majesté d un Prince; et tout Prince qui nest ps bon Prince, ne mérite pas de Tétre.

Vous dites Mrs. les Déicoles et Mrs. Iss Ghristicoles, vous dites que votre Dieu est le souverain père de tous, les hommes H de toutes les créatures vivantes; vous dite^. quHI est le souverain pasteur et le souverain conducteur des hommes et particulièrement qu'il est le souverain pasteur des âmes; vous dites, qu^il est le souverain juge de tous les hommes et qu il est eiiliii le souverain .Maîlic cl Sci^ih ar de tout le monde, ou plutôt c'est lui-même^ dites-vous^ (|ui s'attribue toutes ces belles et honorables qualités de père, de pasteur, de jijge et de souverain Seigneur; comment donc pouvez-vous dire quil est up père infiniment bon et infiniment sage, puisqu'il abandonne toute sa famille, qui est le monde, à la conduite du hasard.

et qu il laisse devenir tant de ces enfans, qui sont les bomiDes^ si laids, si difformes^ si vicieux et si uiéchansj» su^ëte à tanl de mabdies et d'iofirmités^ et qu'il les laisse faire impunément et insolemment toutes sortes de méchancetés; cela, à votre avis, convienl-ii à ' un parfaitement bon et parfaitement sage père de famille? Comment pouvez*?ous dire, qu'il est parfaitement bon pasteur, puiwSqu'if laisse si négligemment infecter son troupeau dans toutes sortes d'erreur et de vices, et qu'il abandonne si universellement les bons à la malice, a la méchanceté, à la cruautc el a la perfidie des mécbans? Cela convient-il à un parfaitement bon pasteur? Comment pouvez-vous dîre^ qu'il est un parfaitement juste juge, puisqu'il ne fait point de discerneuient entre les iimoceas et les coupables^ et qu'il punit également les uns comme les autres^ lorsqu'ils' se trouvent malheureusement dans les oc- . casions; cela convient-il à un parfaitement juste juge? b^niln comment pouvez-vous dire, qu'il est un parfiutement bon Prince et Sipigneur souverain du

monde, puisqu'il ne lait point luanifeslcment connoitre aux bommes ses intentions et ses volontés et qu'il les laisse se dépouiller^ se persécuter, se ruiner^ se désoler et se massacrer continuellement les uns les autres par de continuelles divisions et par de continuelles guerres, cela convient-il à un parfaitement bon et sage Prince et souverain Seigneur du Monde! Vous bitumeriez et vous condamneriez tous les jours une telle conduite dans des hommes, qui seroient éttiblis pour conduire et pour gouverner les autres, par quelle principe de raibjii pouvez-vous donc.

Messieurs^ laprouver dans un être que vous diles souverainement et infiniment parfait?' Ferez- vous des vm*tus adorables et infiniment parfaites dans votre Dieu

de, ce qui seroit dans des boninies des vices trés-blàmables et très-punissables? Il n y a point d'homme, qui ne seroit blâmable et punissable, si, particulièrement en chose de conséquence et de d'importance, il ne faisoit pas tout le bien qu'il pouroit l'aire, et s'il n'empéchoit pas tout le mal qu'il pouroit empêcher.

Si un Médecin, par exemple, pouroit facilement guérir toutes sortes de maladies^ et même préserver les hommes de toutes maladies, et les empêcher même de mourir et de soulTiir aucun mal, et qu'il ne voulut pas néanmoins les guérir de leurs maladies, ni les préserver d'aucun mal^ et qu'il voulut les laisser mourir, et qu'il voulut les laisser mourir dans lèurs maux et dans leurs infirmité.^, ne seroit-il pas tout-a-fait ♦ blâmable et punissable? Si un Père de famille pouvoit rendre tous ses enfans beaux, sages, vertueux, parlai Is et leur procurer toutes sortes de biens en abondance et qu'il ne voulut cependant point leur procurer ces biens-là, mais qu'il voulut les laisser devenir vicieux et nféchans, les faire laids et difformes et les laisser misérablement dans la disette et dans toutes les misères de la pauvreté, ne seroit-il pas tout-à-fait blâmable?. Enfin pour abréger, si un Pi'ince pouroit rendre tous ses peuples heureux et contens et les préserver de tous malheurs, de tous dommages et de tous accidens fâcheux et qu'il ne voulut pas néanmoins les rendre heureux, mais les

laisser voloQUiremeut exposés aux courses et aux ravages de ses ennemis et les laisser misérables et malheureux, ne seroit-il pas lout-à-fait blâmable? Oui certninement. Vous dites^ Messieurs les Oéicoles et Mrs* les Ghristicoles, tous dîtes et vous voulez^ qae Ton croie, que votre Dieu peut faire toutes sortes de biens aux hon]nM\s, (ju'il peut les préserver, ou les tirer heureusement de tous dangers et de tous maux, qu'il peut les rendre tous parfaitement heureux et coiUcns, et qu'il peut aussi les rendre tous parfaitement bons, parfaite riH nt sages et vertueux; cependant vous voîez bien, et cbacun voit bien avec vous, qu'il s'en faut beaucoup^ qu'il leur fasse ces sortes de biens et qu'il les garantisse de toutes sortes de luaux : comment donc pouvez-?ous dire et comment pouriez-vous nous faire croire, qu'il est tout-puissant et quil est iiiliunnorit bon et inlimiiient sage, puisque les elîéts nous dcmuntient manifestement le contraire*

Ne savez-vous pas que plus un être est bon et parfait, plus parfaitement aussi et plus sagement doitil agir *, de sorte que si votre Dieu étoit, connue vous dites, inliniment bon, infiniment sage et toutpuissant, il auroit certainement très-sagement et trèsparfaitement faii et ordonné toutes choses: il y a un

* Oo sait, dit l'auteor des entretiens Ecolés : qne Diea, étant rempli d'une sainteté et d*ane sagesse infinies, il ne pouvoit manquer de donner à toutes ses oeuvres la perfection qu'elles demandoient, pûur être pleines et acomplics. Un Dieu ne fait rien à demi nt il ne peut avoir de vuide dans ses oeuvres, elles oiiL nccessairement toutes les perfections et j n [nuide de sainteté et de mérite, qu'elles sont capables d'avoir. Au 12-^^ Entretien pour le 2* Dimanche après la Pentecôte. Tom. ^, pag. 408.

axiome en Philosophie^ qni dit : qwidquii redfitur ad modum recipiemU redpUur, 'Si cet axiome est vrai,

il n'est pas moins vrai de dire : quidquid fabricatur ad modum fabricantis fabriaUur, de sorte que si c^eut été un être et un ouvrier tout-puissant et in* finiment parfait, qui oui laiL toutes clioses, il les auroit infaiiiiblement fait toutes parfaites et par conséquent sans aucun vice et sans aucun défaut: mais bien loin de voir que toutes choses soient danà ce noble et désirable état de perfection, on voit au contraire qu'elles sont toutes dans le dérèglement, dans le désordre et dans la confusion et dans un triste etAcheuxétat de misères et d'infirmités. Ouf*!!*^ aparence y auiuitil doue, qu elles aient été faites et qu'elles soient gouvernées ainsi par un être tout-puissant, infiniment bon et infiniment sage? \\ n'y a certainement aucune aparence.

Il est sur qu'il seroit de la bonté et de la sagesse et même de la gloire d'un être infiniment parfait, de se laire partaitement connoitre et aimer d'un chacun, car le propre du bien, suivant la maxime reçue, est de se communiquer, hmwn est m diffédimm, plus une bonté est grande, plus elle doit se conuiiuniquer et s'étendre, plus elle doit se faire sentir et se faire aimer, et par conséquent une bonté et une sagesse, qui seroienl inlinifiictit parfaites, ne mauqueroiout pas de se coniniuniquer pariailemeut en se faisaut parfaitement éonnoitre et aimer. En effet, que seroit-ce d'un bien qui ne se coromuniqueroit en nulle façon, c'està-dire qui ne se feroit point sentir, ni connoitre en aucune manière. Ce seroit un bien qui demeureroit

enliérement inutile, c'est ce qui nous est marqué

dans nos prétendus S^* Livres. Quelle utilité^ dit FEcclésiasliquc, y-a-t'-il dans une sagesse^ ou dans uu trésor, qui demeurent cachés? Il n'y a, dit-il, aucune utilité dans l'un ni dans l'autre Sapieniia abscoth' dita et theanunis invism qum niilitas ntrisqne? Celui dit*il, qui cache ses déiàuls et ses imperfections, vaut mieux que celui qui cache sa sagesse et ses* vertus "J*, tnelior est qm celai insipientiam suam, quam honw qui abscondit suinenUam suam. C^est pour cela aussi qu'il est dit, dans un de leurs prétendus pro-* phètes, que la gloire du Seigneur Dieu paroitra partout et que toute clian ^niteiidrii la parole du Sei^i^neur § Revelabiinr gloria Domini et videbit omnis caro quod os Domini looutum est Dans' un autre prophète il est dit, que la gloire du Seigneur sera tellement visible et manifeste partout^ que personne n'aura plus besoin d'instruction pour aprendre à le connoitre. Je mettrai ma loi, dit Dieu, dans leurs entrailles^ je l'écrirai dans leurs coeurs. Daho Icgem mcam in viscenbus eorum et in corde eoruin scnbam eam. Personne, ditil^ n'aura plus besoin d*enseigner son firére, ni son voisin, pour aprendre à me connoitre, parce que tous me connoitront, depuis le plus petit jusqu au plus grand^*"" non docMt uUrà vir proximum smm et vir fratrem suum dicens cognosee dominum: onmes enim coynoaceni me a minimo eorum, ui>quc ad maximum. Et non seulement, dit-il, qu'il se fera connoitre ainsi de tous les hommes, mais il dit même qu'il se fera

* Vkx\6s. 41 1 7. t 41: IS. | Isaïe 40: 6. ♦* Jeremie Si: 34.

connoitre et qu'il se fera mcme louer et gloniier aussi par les bétes sauvages; les bétes des champs, dit-il, les dragons, les serpens et les autruches me glorifieront *. - Glorilicubit me bestia agriy drueones et structûmes* Car je vais, dit-il, faire toutes choses nouvelles. Ecce ego fado nova.

Sdoii donc le dire de ces piojjhètes, Dieu s'attribue lui-niénie cette gloire de se faire ainsi connoitre et glorifier, il se l'attribue privativement à toute autre, il dit qu'il est jaloux de sa gloire et qu'il ne la communiquera à personne. Je suis le Seigneur, dil-il, je suis un Dieu fort et puissant et qui est jaloux de sa gloire. J'empêcherai, dit-il^ que mon nom ne soit blasphémé; je renipèclierai, dit-il, pour Taniour de moi-même, et je ne duiinerai ma gloire a personne Ego sum Deus, Deus tm$ fortis, zelam, tfisikim im" quiiaîem pairtm in film in iertiam et quartam ge^ nci aliomm eorum qui oderunt tm propler me §. Propler me fadam ut noti blasphémer et gloriam meam alteri non dabo. C'est ce qu'il confirmeroit encore lui-même par serment et par jurement, comme pour plusgiaiide assurance de la vérité de ses paroles. J'ai juré par moi'^même, dit-il, j'ai juré vérité et justice, ma parolc s'accomplira, tout génouil fléchira sous moi et chacun me glorifiera ** in me metipso juravi egredwlur de ore meo justitiœ verbum et non revertetur , quia miki curvabitur omne gem et jurahit rnnnis lingua. Il est donc clair et visibk»;, par les raisons et par les témoiguages que je viens de citer, qu'il seroii de la

* Isaïe 43: 20. f Isaïe 48: 11. § Ëxod. 20: S.

laaie 45; 23.

bonté et de la sagesse et même de la gloire d^un Dieu^ cVst^à-dire d*un être inGniment parfait^ de se

faire parfaitement connoitre et aimer d'un chacun. Or il est évident^ qu'il n'y a point d'être infiniment parfait qui se fasse parfaitement connoitre et aimer d^un chacun, car s'il se fnisoit parfaitement connoitre et aimer^ personne ne voudroit^ ni ne pouroii le nier^ ni douter même de son existence, comme il y en a tant qui font, et nos Deicoles mêmes ne seroient pas, comme ils sont^ si en peine de prouver son existeuce^ et ils n'auroient pas besoin de tant de prêcheurs pour tâcher de le faire connoitre à leurs peuples. Comme donc il y a une infinité de gens qui ne le connoissçnl pas, qui nient son existence, ou qui la révoquent en doute, et que les plus sélés mêmes Me nos Déicoles ne sauroient la dcinonlrer, ni par Ici raison, ni par le sentiment, c'est une preuve évidente, qu'il n'y a point de tel être, et par conséquent point de Dieu.

Il est [lareilleiiieut clair et constant, (ju'il seroit de la bonté et de ia sagesse d'un être tout-puissant, infiniment bon et infiniment sage, et il seroit de sa gloire, aussi bien que de sa bonté et de sa sagesse^ de faire parfaitement bien tout ce qu'il fait, et par conséquent de n'y laisser aucun défaut, ni même aucune imperfection, et, pour la même raison, il seroit de la bonté, de la gloire et de la sagesse inliines d'un tel être, de maintenir et de conserver toujours ses ouvrages dans un état entier et parfait, et s'il ne le fait pas, c'est sans doute parce qu'il ne le peut ou parcequ'il ne le veut: Si c'est parcequ'il ne le veut, il n'est assurément pas infiniment bon, puisqu'il ne

vo4idroit pas faire tout le bien qu'il pouroit faire, et si c'est parcequUI oe le peut, il n'est donc certainement pas tout-puissant, puisqu'il ne peut faire tout le bien qu'il voudroit bien faire: et ainsi, soil qu'il manque de bunté, soit qu'il manque de puissance pour bien faire parfaitement toutes choses, il s^en suit évidemment qu'il n'est pas infiniment parfait et, par conséquent^ qu'il ne seroit pas Dieu^ comme nos Christi* coles ^entendent.

Seroit-il possible qu'un Etre inliiiiinoiil bon et infiniment sage ne voudroit rias faire tout le bien, qu il pouroit faire et qu'il lui seroit convenable de faire pour sa gloire même? Seroit-il possible qu'il ne voudroit pas empècber tout le mal qu'il pouioit empêcher et qu'il lui seroit convenable pour sa gloire même d^empécherp Seroit-il possible qu'un Dieu infinimrnl bon cl iiifiiiinient sage, qui pouroit «ins peine et sans diiliculté faire toutes ses créatures parfaites et heureuses à tout jamais, voudroit néanmoins les laisser toujours vicieuses et déluclueuscs, tbibles et imparfaites, pour les voir et les laisser ensuite toujours malheureusement souffi*ir toutes sortes de maux et de misères dans la vie. Seroil-il possible qu'un Dieu iuiinimenl bon et infiniineiiL sage se plairoiL à voir le mal, le désordre, le vice et la confusion dans ses créatures? Se plairoit-il, par exemple, à les voir estropiées, et mai laites de corps ou (fesprit; se plairoit-il à les voir languir et mourir de fain et de misère; se plairoit-il a les voir se haïr, se persécuter, se déchirer, se détruire et se niangcM* cruellement, comme elles lont les unes les autres? Cela n'est

certainement pas croîable: jo ne saurois me persuader qu'un être infiniment parfait^ inCniment bon et infiniment sage soit capable de faire telle cbose^ parce que cela est enlièremenl contraire à la nature d'ua étie iniiniment bon et iniiniiuent sage; c'est détruire une bonté et une sagesse infinie^ que de penser qu'elle fut capable de vouloir faire ou de vouloir souffrir, qu'il y ait laut de maux et tant de méchancetés dans ses créatures. C'est une chose si belle, si louable et si honorable que de bien faire toutes choses^ c'est une chose si doucc^ 6i aimable et si digne de la [)eilectioo et de la grandeur d'un coeui* noble et généreux de se rendre partout bieniaisantf qu'il n'est pas imaginable qu'un étre^ qui seroit infiniment parfait^ voudroit échaper ou négliger aucune occasion de bien faire* et comme des hommes, qui nauroient pas Tâmeet le coeur bienfaisant et qui, dans des occasions pressantes, ne voudroient pas l'aiic de Lkmi à leurs seniliiaijh's, ne seroient pas dignes d'avoir du bien, et mériteroient au contraire d'être eux-mêmes et misérables et malheureux, de même aussi jW dire, que s'il y avoit des Dieux qui lussent capables de faire toutes sortes de biens et capables d'empêcher toutes sortes de maux, et qu'ils ne voulussent pas néanmoins faire tout le bien qu ils pouroRiit laiie, ni empêcher tout le* mal. qu'ils pouroient empêcher^ ne mériteroient certainement pas d'être Dieux^ ni de recevoir aucun honneur divin, j'ose même dire qu'ils mériteroient plutôt dètie iouettés que d'être servis et adorés comme des Dieux.

Quoi! ce sont les Dieux eux-mêmes, disent les

DéicoieSj c'est Dieu lui-même, disent nos Ghristicoles, c'est Dieu lui-même ou ce sont les Dieux eux-mêmes

qui recomniaiideut et qui ordonnent aux hommes de faire tout le bien qu'ils peuvent et d'empêcher le mal autant qu'il leur, est possible, et Dieu lui-même ou les Dieux eux-mêmes ne voudioienl pas faire tout le bien qu'ils pouroient faire^ ni empêcher le mal autant qu'ils pouroient Fempêcher? Ils se rendroient en cela mille fois plus blâmables que les hommes. Si les hommes ne font pas tout le bien qu'ils pouroient faire, et s'ils n'empêchent pas toujours tout le mal qu'ils pouroient empêcher, c'est souvent parcequ'il leur cùuteroit de la peine, du travail et du soin, qu'ils ne voudroient pas se donner; c est sou- Vent aussi parcequ'ils ne peuvent faire- du bien aux autres^ sans souili ir quelque diminution du leur; mais ^e ne seroit pas de même de Dieu, ni des Dieux, s'ils êtoïent véritablement Dieux. Car s'ils étoient véritablement Dieux tout-puissaiis, ils pouroient facilement faire toute^i sortes de bien aux hommes et empêcher toutes sortes de maux, sans se donner pour cela aucune peine, ni aucune inquiétude et pouroient de même faire toutes sortes de bien, sans craindre aucune diminution du leur, car ils n'auroient seulement qu'à vouloir et tout se feroit selon le bon plaisir de leurs voloiilés, il no coûte rien quand il ne tient qu'à vouloir» Puis donc que l'on voit manifestement, qu'ils ne font point tout ce bien, qu'il leur seroit convenable de faire, et qu'ils n'empéclicnl pas tout le mal, (\u i\ leur seroit convenable d'empêcher partout, c'est une preuve évidente, qu'ils ne sont pas évidemment bons

ou qu'ils ne sont pas tout-puîssans et par conséquent qu'ils ne sont pas Dieux.

Pareillement, s'il y avoit vénLaLlemenl un Dieu et Seigneur tout-puissant, infiniuient bon et infiniment sage, il seroit de sa bonté et de sa sagesse de proléger p:ii tout Icb bous et du récoiupenser toujuuis la vertu, comoie aussi il seroit de sa justice de punir partout les méchans et d'empêcher partout l'exécution de leurs mauvais desseins. Cette proposition ne peut raisonnablement être contestée, puisqu'il n'y a rien de plus convenable à une bonté et à une sagesse infinie, que de protéger tous les bons et de récompenser toujours la vertu; cela même est essenLiel à une bonté souverainement parfaite; ce seroit lui faire injure^ et ce seroit même la détruire que de dire qu'elle ne protégeroit point les gens de bien, ou quVIle ne récompenseroit point la vertu. Pareillement il n'y a rien de plus convenable à la sagesse et à la justice d'un être tout-puissdnt et infiniment parfait, que de punir les méchans et (l'cMiiiiécher l'exéculion de leurs mauvais desseins; cela est essentiel à la sagesse et é la justice d'un être infiniment parfait;, ce seroit la détruire que de dire qu'elle ne puniroit pas les méchans et qu'elle n'empécheroit pas l'exécution de* leurs mauvais desseins. Car' ne point faire le bien, ne point empêcher le mal, ne point récompenser la vert», et ne point punir le vice, c'est ellecljveiiiont comme s'il n'y avoit point de souveraine bonté, point de souveraine sagesse et point de souveraine justice. .C'est ce que nos Déicoles ne sauroient s'empêcher eux-mêmes de reconuoilre, puisqu ils ont tant de soin

d'atlriliuor à leur Dieu la quatilé de souverain protecteur (les Justes et de souverain vengeur des crimes; c'est ce qu'ils lui atlribuent dans une infinité d^endroils de leurs [irétcnduês Ecritures saintes, où il est marqué, que Dieu promet sa protection et toutes sortes de bénédictions et de bonnes récompenses aux justes, et où il menace de perdre (>nliereinenl les pécheurs et de les punir sévèrement de leurs crimes. Je suis, dîl-il, un Dieu fort et puissant, je suis un Dieu jaloux de ma t^loiro, punissant les péchés des pères dans les eniatis, jusqu'à la troisième et quatrième génération, dans ceux qui me haïssent et qui fonl mal, * et faisant miséricorde, jusqu'à mille générations, dans von\ qui in aiment et qui font le bien. Dieu, dit le Prophète Roi David^ f est le protecteur de tous ceux qui espèrent en lui, le salut des justes, dit-il §, vient du Soigneur Dieu. Il est leur protecteur dans ^e tems de leurs afflictions, il les délivrera des mains des pécheurs et les exaucera, parce qu'ils espèrent en lui. ** Le Seigneur, dit-il, regarde toujours favorablement les justes; ses oreilles sont toujours attentives é leurs prières; il est proche de ceux qui ont le coeur affligé, il les délivrera de toutes leurs afflictions et ne soufflira pas qu aucun de leurs os soit brisé. Le Seigneur, dit-il encore, ff aime les justes^ il protège tous ceux qui Taiment et protège la veuve et Torphelin §§, il délivre ceux qui sont captifs et rend la vûé à ceux qui sont aveugles et au contraire

• Exod. SO: 5. f (iWm 17: 31.) ) Ps. 86: 39.

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