‹ Le testament de Jean MeslierChapitre 4 sur 23 · tt 144: SO. H Psalm · texte numérisé non relu

tt 144: SO. H Psalm

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il perdra, diuil, lotts les péciieurs, amnes peccatores iUperdei.

Ne craignez point, disoil Dieu lui-même à Abia- ' faam, * ne craignez point, car je suis votre protecteur et je serai moi-même votre récompense et une réco[i)[)ense très-grande. Si vous écoutez ma parole, dit ce« même Dieu par la bouche de Moiso^ (car le^ Dieux ne parlent jamais autrement que par la bouche des hommes) si vous écoutez ma parole, dit-il, et si vous observez fidèleiueiitce tpie je vous commande aujour <l liui, toutes ces bénédictions-ci, dit-il, viendront sur vousf, vous aères bénits en la yille et au champ, le Seigneur répandra sur vous le trésor de ses bénédictions, il vous donnera toutes soi tes de biens eu abondance* Et au contraire il menace les pécheurs de toutes sortes de punitions et de cbâtimens. Il dit, § qu'il répandrâ sa colèic cl sa fureur sur eux. Que si vous ne vouiez [tas écouter ma voix, dit-il aux méchans, et ne voulez faire ce que je vous commande, vous serez maudits dans la ville et dans les cfiainps. VûUi> serez aiiligés de famine, de |)este, de guerre et

vous serez accablés de toutes sortes de maux

Et quantité d'autres semblables témoignages, qui se ' voient dans les dites prétendues suintes et diviiios Elcritures, qui confirment partout ce que je viens de dire touchant la protection el la récompense des justes et touchant la punition des méchons. Il est donc constant^ par la raison que je viens de dire, et confirmé par tous les témoignages que je viens de ra-

. • Gen. 16: 1. f Deut. 28: 2, 12. f Sojih. 3: 8.

Dcut. 28: 16. ft 28: 22.

porter^ qu'il seroit de la justice d'un être tout-puissant et infiniment parfait de punir tous les coupables et

tous l(»s inéch.ms, il'em{iéc)ier Texécution de tous leurs mauvais desseins.

Or ii est évident^ que ni ces belles promesses de pmtection faites aux justes^ ni ces terribles menaces de punition faites aux méchans ne s'accomplissent point; car il est évident aussi^ qu'il s'en faut beaucoup ' que les méchans soient toujours punis comme ils le mérilciiL: bien loin de là, on voit tous los jours une iniinilé de justes et d'inooceas misérableaieut oprimés^ qui périssent dans leur innocence, sans avoir reçu aucune récompense de leur vertu; et d'un autre côté on vuil luus It's jours une inûnité de médians impies, qui triomphent dans leur malice et qui meurent paisiblement, sans aucun châtiment de leurs crimes et de leurs méchancetés et jiar con^cquent il n'y a aucun être inlini(nent parfait, qui puisse récompenser les justes et punir les méchans, comme ils mériteroient de Tétre. Car s'il y avoit un tel être, il ne manqueroit pas d'exécuter les* susdites promesses à l'égard des uns et des autres. Seroit-il possible qu'un être toutpuissant et souverainement bon demeurât toujours in- • sensible aux jdainles, aux pleurs el aux gémisseuK.'iLs de tant de justes et de pauvres malheureux innocens, qui rinvoquent et qui le reclament tous les jours si dévotement, si affectueusement et si instamment dans leurs prières et qui 1 apellent si pitoiablemeut à leurs ' secours? Seroit*il possible qu'il ne voudroit se montrer favorable â aucun d'eux et qu'il voudroit les abandonner et les laisser périr, sans leur donner aucun secoiu*s?

Seroit-il possible qu'un être tout-puissant ne voudrait

pas se fiiire craindre aux méchans (;t qu'il voiidroit toujours souilrir leur orgueil^ leurs blasphèmes, leurs impiétés^ sans les punir comme ils le roériteroientp Cela n'est pas imaginable. Si Dieu esl véritablement tel que nos Déicoles et que nos Christicoies disent^ qu'il se fasse voir> qu'il prenne lui-même la défense de sa cause^ qu'il se venge lui-même de ses ennemis et de ceux qui font mc[)ns de ses loix et dç ses commandemens. Exurgat Deus et dUsipentur initiUd i$uê. Psalm 67: 1. Baal est Deus vindieei smefipsum'

Jud . G : ") 1 .

Si cet étre^ que Ton supose iuiiaiuient parfait, se montroit aux hommes dans toute sa beauté^ il n'y a personne (|ui ne l'aimât parfaitement, car la volonté se porte natureiieuieut à aimer le bien; de même s il punissoit sévèrement tous les méchans et les coupables^ il n'y a personne qui ne craindroit et qui n'aprébenderoit de mal faire, et peut-être même que personne n'auroit la hardiesse de vouloir faire aucune méchanceté ; que dis-je, s'il punissoit tous les méchans et tous les coupables, il ne seroit pas mémo • nécessaire d'en pumr taot pour rendre tous les hommes plus sages et meilleurs qu'ils ne sont. Si seulement, par exemple, le tonnerre ne tomboit jamais que sur les tètes des méchans et des coupables/ c'eu seroit assez pour faire trembler tous les pécheurs^ et personne n'auroit la hardiesse de vouloir être méchant; car on craint naturellement trop la mort et le châtiment pour vouloir s'y exposer si facilement; et il est s&r que c'est l'impunité des vices et des cnmes

qui rendent les hommes si hardis et si obstinés, qu'ils sont^ dans leurs malices et dans leurs mécbancelés:

c'est aussi ce que nos Déicoies ne sauroient nier, puisque c'est même leurs prétenduôs Ecritures saintes qui le disent. Les enfans des hommes, disent-belles, voï inl que les môchnns demeurent impunis ii[)i rs rjulls 07i( mal rait> et voiant qu'ils commettent cent et cent fois les mêmes crimes sans en recevoir aucune punition, c'est pour cela, disent-elles, qu'ils s'abandonnent sans autre crainte à toutes sortes de vices et de luéchancetés. lie^là vient, dit la même Ste Ecriture, une autre vanité, qui n'est pas moins pitoîable que détes» table et qui n'est pas moins digne de compassion que d'indignation, c'est, dit-elle, que souvent on voit des justes qui sont affligés d'un nombre infini de inisures et qui soiit traités avec autant d'indignités et d'ignominie que s'ils avoient commis les crimes des mécbans, et au contraire on voit* souvent des impies, qui vivent au milieu des délices et des honneurs, avec autant d'assurance, que s'ils avoient tout le mérite des justes^ ce qui est certaiitement une trèsgrande vanité et un abus tout-à-foit indigne de la bonté, de la sagesse et de la justice d'un Dieu tout- • puissant cl infiniment paiiuit. ifl mm, dit cette Ecriture % quia non proferlur eUé cwUra malos MitienlMt,

• absque timoré ullo filii hominum perpétrant main

Et est alia vanitas quae sit supra lerram, Sunljmti quitus mata proveniuni quasi opéra egerinf mpiorum, et surU impii qui ita securi suni quasi justorum faola

• EooL 8t 11, 14.

habeatUf 9ed hoc vanmnmm judico. Ët ce qu'il y a de pina Acbeux et de plus mauvais parmi les choses

(|ui se font sous le ciel, c^esl, dit la même St. Ecriture, que lout arrive indiiïéreuiuieiU à tout chacun: les mêmes accidens, dit-elle^ arrivent aux justes et aux médians, au bou el au nèt comme au poilu, à celui qui oilic de» sacriCces, comme à celui ({ui méprise d'eu oifrir; comme est le bon, ainsi est le mé* chant, celui qui jure comme celui qui craint de jurer. Et c'esl^ dit la même l'écriture, ce qui donne lieu aux hommes de remplir leur coeur de malice et de faire mépris de tout. * Hoc ê$t pessimum ifUer omniaquoe jinnl suh sole quia mdem cunctis eveniunl juslo el impio, bono et malo^ mundo et immundo, immola$ili vietimoê et sacrifieia eontmnenti, sicut bonus sic et peccaioi% ul pcrjnrus iia et illc qui vemm île jurai, unde et corda jUiorum hoinimm implenlur malitia et eontmtu in tiîto sua.

Les Déîcoles, ne pouvant résister à la force et à l évidcncc de cet ijrguuioul^ se sont sublileuieiit avisés de dire^ que^ si leur Dieu ne récompense pas toujours sur la terre la vertu et les bonnes oeuvres des justes, et que s'il ne [>uiiil p.is non [)lus toujours dans ce monde-ci les vices et les crimes des méchans, il ne manquera pas de le faire dans une autre vie, dans laquelle il ne manquera pas de récompenseï' pour lors abondamment les justes et ne manquera pas de punir sévèrement les méchans. Mais outre que cette prétendue autre vie n'est qu'une illusion et une puie

• Eeoi. 9: 1, s, 8.

iicUoii (le I cspril huoiain^ qui se plail à se tromper lui-même et à tromper les autres^ je dis que cette interprétation et cette réponse est manifestement contraire aux lérnoi<,niagos de leurs projii es Ecritures, que je viens do citer^ lesquelles ne parlent que d'une protection divine et visible pour les justes, et ne parlent que de cliàtimens visibles de sa justice contre les méchans. il o est pas à croire que les dites Ecritures ne parleraient que des récompenses et des chàtimens d^une autre vie: car ce seroit rendre entièrement vaines et frivoles toutes les promesses et toutes les menaces^ qui y sont faites touchant les récompenses des justes et les chfttimens des mécbans, puisque ces picU ndiies récompenses et châtimens lî urie autre vie ne sont que des récompenses imaginaires^ aussi bien que cette autre prétenduê vie^ dont nos Christicoles parlent tant et dont ils font semblant de faire tant, de cas. Lu vanité de ces belles prétendues promesses nous est tout clairement marquée dans leurs prétendus Livres; de sorte quMI y aurait lieu de s'éton» ner, qu'ils puissent les réf^^arder comme des livres divins et qu'ils puissent encore se flatter d'une si vaine espérance, qui est celle de vivre encore après qu'ils ne seront plus.

Voici comme ces prétendus S^» Livres parlent sur ce sujét. Quel avantage, disent-ils, Thomme sage peutil espérer avoir plus que celui qui est insensé, c'està-dire quel avantage riioinme de bien peut- il avoir plus que celui qui est méchant? Sera-ce de passer dans une meilleure vie après celle-ci? ilvautmieux^ disent ces livres, voir ce que Ton aime, et tenir ce

que Ton a, que de désirer ce qu'on ne connoit pas^ parcequc c'est ane vanité et une présamtion de Fesprit de vouloir s'atlaclicr à ce quo l'on no connoit point *. Quid habei ampUus sapiens a siulto et quid pauper nisi ut pergat iUue ubi est vUat Melius e$l videre quod cHpias qttam desiderare quod nescias; sed et hoc vanilas et proesumtio spiritus. C'est déjà donc, suivant la doctrine de ces prétendus saints livres^ une vanité et une présomtion trompeuses de s'attendre à une autre vie, et jiar conséquent poiiiuie lécuiupeu.so, si ce n'est dans celle vie présente. Poursuivons; il y a des justes et des sages^ disent ces mêmes livres^ il y a des . justes et des sages qui vivent religieusement dans la vertu et dans la prati([ne de toutes séries de bonnes oeuvres^ cependant, disent cei^ mêmes livres, personne ne sait s'il est digne d'amour ou de haine, parce que tout demeure dans l'incertitude d'un lems avenir. On ne voit poiiil qu'il y ait de diûéreuce entre le juste et l'impie, entre le bon et le méchant, entre le pur et l'impur, ni entre celui qui offre pieusement des sacrifices et celui qui méprise d'en offrir; car les mêmes événemens bons ou mauvais arrivent aux uns comme aux autres, aux bons comme aux médians, aux pîn jijios comme à ceux qui disent toujours vérité; ce q^ii est, disent ces mêmes livres, une chose trés-fàcheuse et très mauvaise: car les hommes, voîant que toutes choses arrivent indifféremment aux bons et aux meciians, ils négligent la vertu et se laissent facilement aller à toutes sortes de vices et de méchan-

• Eccles 6; 0.

cetés^ après quoi ils s'en vont au tombeau. 11 n'y a personne, disent ces mêmes livres, qui puisse toujours vivre, ni même qui ait espérance de pouvoir toujours. Un chien vivant, commo ils disf^nt, vaut m'mix qu'un lion mort. C'est-à-dire que le plus vil et le plus misérable animal qui soit, s'il est vivant,* il vaut mieux que le plus grand et le plus puissant Seigneur de la terre, lorsqu^il est mort. Et la raison qu'ils en donnent, c^est, disent ces mêmes livres, parceque les vivans savent au moins qu'ils mourront, ils savent qu'ils doivent mourir, mais les morts no connoissent plus rien et n'attendent plus aucune récompense, parce qu'ils sont entièrement dans l'oubli de toutes choses, ils n'ont plus même aucun sentiment de haine, ni d amour, ni d'envie, tout est lini pour eux cl lis n'ont plus de part à ce qui se lait dans la vie Melior esl cûni$ vivus leone mortm^ vivenîes mim sciunt se esse moriturosy mortui verô nihil noveruni umplius nec habcnl

uUra mercedem amor quoque et odium et invidÛB

smul perierunt, née kabent partem in hoc sae(mlo. Va donc, disent ces mêmes livics à leur lecteur, va donc boire et manger paisiblement te fruit de les travaux avec tes amis, va jouir des plaisirs et des contentemens de la vie avec celle que tu aimes, car c'est là ta part, c'est tout ce que lu peux espérer de bien dans la vie: car dans le tombeau où tu vas, il n^y a plus de connoissance ni de sentiment pour toi Vadc ergô cl comcde in loclilia panem tutm cl bibe cum gaudio vimm luum, Perfruere vUa cum

• Eooles 9: 4, 6, $. t IWd, VB. 7. 9, 10. '

uxare qwm âiligis Hoecesienimparsiminviià

el 4n Mwre tuo quo laboras «ub sole, quia née &pu8 nec ratio )wc sapienlia, nec scienlia erunl apud in fer os quo tu properas.

Voilà un des plus clairs et des plus convaincans témoignages, ^jue Ton puisse désirer, de l'erreur où sont nos supeistilicux Oeicoles et nos superstilieux Cbristicoles touchant les prétendus chétiniens d'une autre vie, dont ils entretiennent faussement les peuples ignorans; car puisque^ suivant la doc tri n(i même du plus sage d'entr'eux^ que je viens de raporter, les • morts n*attendent plus aucune récompense^ qu'ils n*ont plus de connoissance^ ni de sentimens et que le meilleur partage des vivans est de boire et de manger paisiblement les fruits de leurs travaux et de jouir paisiblement des plaisirs et des contentemens de la vie, avec celle que l'on aime, el (jue c'est toute la part qu'ils peuvent espérer des biens de la vie^ c'est une prouve manifeste, qu'il n'y a point d'autre vie que celle-ci el qu'il n'en croïoit point d'autre et par conséquent^ qu il n y a point de récompense a espérer, ni de cbâtimens â craindre dans une autre vie. Comme donc il arrive très-souvent, que les justes meurent sans avoir reçu aucune récompense de leur vertu, ni de leurs bonnes oeuvres et que les médians meurent très-souvent aussi sans recevoir les chàtiinens, qu'ils ont mérité par leurs crimes et par leurs méchancetés, il. s'ensuit qu'il n'y a point de souveraine justice pour les UDS ni pour les autres et par conséquent, qu'il n*y a point d'être infiniment parfait Car s^il y avoit véritablemoQl un tel être qui l'ut infiniuicnl parfait^

il i>eroit pariiulemenl juste et étant parfaiteineiil iusle^ il récompenseroit les bons et puniroit les méchans: et comme on voit manifestement que les bons ne sont

pas toujours l écompeiisés et que les méchans ne sont pas toujours punis, c'est une preuve manifeste, qu'il n'y a point de Dieu, ni d'être infiniment parfait, pour

récompenser les uns et pour punir les autres. Voici un autre raisouneuicnt.

Lxxva

S'il y avoit véritablement quelque Divinité ou quel* qu'être infiniment parfait, qui voulut se faire adorer

et se faire aiiuei- des hommes, il seroil de la raison et de la justice et même du devoir de ce prétendu être infiniment parfait > de se faire manifestement ou du moins suffisamment connoitre de tous ceux, dont il voudroit être aimé, adoré et servi. Pareillement il seroit de la raison, de la justice et du devoir de ce même être infiniment parfait de leur faire manifestement ou du moins suflisamment connoitre ses intentions et sa volonté: car il seroit ridicule à tout être doué d'entendement et de raison, de vouloir se faire aimer sans vouloir au moins se faire connoitre suflisamineut. Pareillement il seroit iidicule et tout-à-lait injuste à un Maitre ou à un Seigneur de vouloir se firire servir et obéir sans faire au moins connoitre ses iuleiitions et ses volontés; car s'il y avoit aucun

Maitre ou Seigneur^ qui lui capable d'ex i^^oi telle chose de ses serviteurs ou sujèts, sans se faire suffisamment connoitre à eux et sans leur faire suffisamment connoilre ses in len lions et ses volontés^ il est sûr qu^il ne roanqueroit pas de passer pour un 'fou et pour un insensé. Et si ce Maître ou ce Seigneur passoit jusqu'à un tel excès do lolie, que de vouloir |)iniir ou faire puiur sévèrement quelqu'un de ses serviteurs ou sujéts^ qui n'auroient pas fait ce qu'il ne leur auroit pas suÛisamment fait connoitre qu'il vouloit qu'ils tissent^ il pusseroil encore pour le plus injuste et pour le plus brutal et le plus cruel qui soit au monde. Il seroit assez difficile d'imaginer qu'aucun homme puisse jamais venir jusqu'à un tel excès de folie ou d'inhumanité que de vouloir faire telle chose; à plus forte raison seroit-il indigne de penser qu'un Dieu ou qu'un être infiniment parfait puisse être capable de le vouloir faire. Cela éianl il s^ensuit évidemment, que s'il y avoit véritablement^ comme j'ai dit, quelque Divinité ou quelqu'étre infiniment parfait, qui vouloit se faire aimer et adorer des hommes, il seroit de la raison, de la justice et même du devoir de cet être inOniment parfait de se faire au moins suffisamment connoitre des hommes et de leur faire suflisanmient connoitie ses intentions et ses volontés. Toutes ces propositions-là sont claires et évidentes comme un beau jour dans son plein midi.

Or il est évident que cette prétendue Divinité ne se fait pas suûisamment connoitre des hommes et qu'elle ne leur fait pas non plus suffisamment con-< noitre ses intentigns et ses volontés; car s'il se laisoit •

suflisaniiiieiil connoilre à eux, il est sûr que personne ne rignorei'oit, que personne ne le nicroii el que personne ne revoqueroit en doute son existence, et il n'y anroit point tant de dispute, qu'il y en a parmi les hommes, au sujèl de sa prétendue existence. Puis done qu'il y en a tant qui Tignorent, tant qui le nient, tant qui révoquent son existence en doute, tant qui voiidioient le connoitre et (jui ne le peuvent iïonnoiUe el tant entin qui rattachent et qui Tattribuent soit à des hommes mortels, soit à de sales et

* de vils animaux, soit à des êtres inanimés, soit à des idoles muettes, qui n'ont ni mouvement ni sentiment, et que ceux-^là-mémes qui s'imaginent qu'elle est, la croient sans la voir et sans la connoitre, c'est une preuve manilcsle qu elle ne se fait nullemeiil connoitre aux hommes. Pareillement aussi -elle (cette pré«* tenduê Divinité) ne leur fait pas Suffisamment con* noilre ses intentions et ses volontés, car si elle les leur faisoit sufiisanunent connoitre, ils seroient tous

' certains et assurés de ce qu'ils devroient faire pour lui |)laire, ils s'accorderoient tous dans la croïance des mêmes *vérités et dans la conformité d'un même culte, et ainsi il n'y auroit point entr*eux tant de dispute et tant de diversité d'opinions qn'il y en a au sujet des préceptes, des nnsteies et des cérémonies de leurs prétendués saintes et divines loix, et ils n'auroient que faire de se haïr, ni de se persécuter à fen el à sang, comme ils font tous les jouis pour le mamtieu et pour la défense de tant de fausses opinions, qui sont contraires les unes aux autres. Comme donc on voit manifestement el que I on voit

Qiéiiio depuis plusieurs milliers d aunées, que les hommes ne sauroient s'accorder dans une même croïance des principaux points de leur Religion, ni dans la coniuiiuilé d'un même euh- pi qu'ils ne cessent point de se haïr et de se persécuter cruellement les uns les autres, pour maintenir chacun d'eux les mistères» les préceptes et les cérémonies de leurs prétendues loix divines et qu ils ciuienl même chacun d eux, qu'en faisant cela, ils rendent à leurs Dieux le plus grand service qu'ils sauroient lui rendre, c'est une preuve manifeste qu'il n'y a aucune Divinité qui fasse véritablement et sulfisaroment connoitre ses intentions et ses volontés aux hommes. Car s'il y en avoit aucune qui fut capable de leur faire véritablement connoitre 5es volontés^ il n'est pas croïable qu'elle voudroit toujours laisser les hommes dans un si misérable et malheureux état d'ignorance et d'erreur touchant sesvolontés, puisqu'ils prétoiidenl tous comhattre poui son honneur et pour sa gloire, et qu'ils croient tous bien faire en suivant et en soutenant chacun d'eux aux dépends et aux périls de leurs biens et de leurs vies les ordonnances et les cérémonies de leur Religion.

Si par exemple des peuples, qui seroient affectionnés pour la gloire et pour le service de leur Prince, toiiiljoieul en diiïérends et en dissenlions entr*eux, touchant l'interprétation des volontés de leur Prince « et touchant l'éxécution de ses ordonnances, les uns disant: c'est ainsi que le Roi l'ordonne elle prétend et les autres disant : non, ce n est pas ainsi qu'il le veut et l'entend, et que sur ces différends ces pea*ples vinssent à prendre les armes les uns contre les

autres, à se battre, à se tuer, à s égorger et à se brûler les uos les autres,, sous prétexte de vouloir prendre les intérêts de leur Prince, et de vouloir faire [)Oiicluelleiiient cxuculer ses ordonnances, comme ils croiroient le devoir faire, que leroit le Roi ou le Prince dans une telle conjoncture? Si c'étoit un bon et sage Prince, du moment qu*il seroît averti d'une telle (iivisioa parmi ses peuples et du sujet qui Pauioit suscitée, il ne manquerait certainement pas d'interpréter clairement ses ordonnances et de leur faire clairement enl* iidre ses intentions et ses volontés; et par ce moieu il feroit incontinent cesser tous troubles et toutes divisions et rétabliroit comme en un moment la paix et la bonne union entre ses sujéts. Mais s*it étoit un i'ul, uu moqueur et un mécUant Prince, qui voulut prendre plaisir à les voir se battre et se décl^irer les uns les autres pour l'amour de lui, il les laisseroit faire, il ne iliroit mot et ne [nendroit pas seulement la peine de leur déclarer, ni de leur faire déclarer expressément quelles seroient ses volontés.

Voilà tous les hommes qui se trouvent malheureuseuieiit dans une conjoncture pareille à celle de ces peuples dont je viens de parler; ils sont en différend et en discussion entr'eux touchant les loix et les ordonnances de leur Dieu, ils prélendent tous adorer et servir le véritable Dieu. Ils prétendent même tous Tadorer et le servir suivant ses véritables intentions • et suivant ses véritables volontés; les uns disent qu'il veut être adoré et servi d'une telle manière, d'autres disent qu'il le veut être d'une autre telle et telle manière: d'autres soutiennent que tous ceux-ci se

irompenl el que c'est d'une aulre manière qu'il veut

être adoré et servi, d'aulres sont encore dans divers sentimens, enOn tous les bomines sont partagés m mille el peut être en plus de mille sortes de différens sentimens louchant les loix et les cérémonies de leur Religion. Ceux-la mêmes (|ui iont profession d'une même religion ne sauroient ioujours s'accorder sur tous les principaux points de leur doctrine: ce qui fait, encore naitre entr'eux une nmltitude ridicule de diverses sortes de sujets; il y a plusieurs iiuiliers d'années qu'ils se font la guerre et qu'ils se persécutent les uns les autres â* feu et à sang^ pour l'amour et pour la gloire de leur Dieu, et sous ce beau prétexte de défendre et de maintenir religieusement ses loix et ses ordonnances. Cependant on ne voit point de Dieu qui fasse cesser ces ("unesles divisions el ces iiorribios troubles, ni qui se mette en devoir de mettre la paix entre les hommes en se faisant manifestement connoitre, ni en leur déclarant manifestement ses intentions et ses volontés^ comme il le pouroit très-facilement faire, s'il étoit vrai, comme disent nos Déicoles, qu'il y a une Divinité qui veut être religieusement servie et adorée des homnies.

Que peut-on juger donc et conclure d'un tel silence de la part de cette prétendue divinité dans une occasion el dans une conjoncture si pressante que celleci, si ce n'est de dire qui! n'y a véritabh'menl aucune divinité, ou que, s'il y en a quelqu'une, il faut néces-* sairement que ce soit une Divinité qui méprise les adorations des hoiumes, qui se moque d'eux et qui se plait davantage à les entretenir dans la division

IIL 6

el dans le trouble^ qu'à leur procurer la paix ei à leur faire aucun véritable bien. Dire qu'il y ait effeeti*

vemenl une telle Divinité, je n'y vois aucune aparence de véi'ilê. Keste donc à conclure el à dire, qu'il n y en a véritablement aucune; c'est une conclusion qui se lire évidommenl de toutes les raisons que je viens de (liro el que je dirai encore dans la suite.

Nos t^éicoles répondent ordinairement a ceci, que leur Dieu se fait manifestement connottre assez par les ouvrages admirables qu'il a fait. Les cieux et la terre, comme ils disent, publient manifestement la grandeur, la gloire, la puissance; la bonté et la sagesse infinie de celui qui les a fait, et qui n'esl auUe qu'un Dieu tout-puissant, iniiaiment bon et infiniment sage. De-là vient que leur grand Mirmadolin St. Paul * dit, que Dieu a mis en évidence aux yrux des lioimuos, ce qui peut être connu de sa grandeur, par la manifestation et par la considération des choses qu^il a fait dans la création du monde, leur aîanl, par ce moïen, rendu visible ce qui étoit invisible en lui, siivoir sa puissance éternelle et sa divinité même, en sorte, dit-il, que les hommes sont sans excuse, si, aîant connu par-là Texislence d*un Dieu, ils ne le glonlienl pas et ne lui rendent pas grâce de ses bienfaits. Ët à Tégard de ses volontés ils disent [)areillement, qu'il les a l'ait luaiiit'estcment conuoîUe aux lioiunu^s par les loix et les ordonnances qu'il a établi, et qu'il a commandé d'observer par ses plus fidèles serviteurs» • qui , sont les Anges el les Prophètes, qu'il leur a plu«

* Bom. I: tO.

sieurs fois envoyé poar les instruire de ses divines

voloiUes. C'est pourquoi ce ^^rand Mirniaiiulm St. Paul dit, qu'au iems passé Dieu s'est fait connoftre aux hommes en leur parlant en plusieurs manières par ses Prophètes, et qu'enfin il leur a parlé dans ces derniers lenis par son Fils bien^aimé, * qu'il a dit et établi héritier de tous ses biens et par lequel il a mémo créé les siècles, étant lui-même la splendeur de sa gloire el la vive impression de sa personne^ qui soutient, dit-il, toutes choses par sa parole toutepuissante et qui^ après avoir purifié tous les péchés^ est assis a la droite de la souveraine Majesté de Dieu dans le ciel; et ce même prétendu fils de Dieu, parlant de lui-même au peuple, disoit, f qu'il étoit envoié * de Dieu^ .^oti Père, el f|ii(' les ocuvi os .idniirables, qu'il faisoit parmi eux, reudoieul témoignage qu'il étoit véritablement envolé de la part de Dieu, son Père. § C'est pourquoi il ajoutoit, que s'il n'éloit pas venu à eux et qu'il n'eut fias fait parmi eux les oeuvres miraeuleuses, qu'il avoit fait, qu'ils n'auroient point . eu de péchés, et qu'ils auroient été excusables de ne pas croire en lui, ** mais, qu'étant venu [lanni eux, comme il avoit fait et qu'aîant fait, tant de miracles, qu^il en avoit fait parmi eux, ils n'étoient plus excusables de ne pas croire en hu cL de ne pas faire ce qu'il leur disoit, et plusieurs autres seiiiblables témoignages, qu'il seroit trop long de rapm*ter etc.; mais il est facile de réfuter celte réponse et de faire voir la

• Hebr. I: 1. S. f Joan. IV : S4. { Joan. VIII: 48. Joan. XV î «2, S4.

vanih^ <M la lausselé de tous ces prétendus témoignag(^s de divinité;

Car 1^. Pour ce qui est de la prétendue connoîssancc lies volontés d u» Dieu, que nos superstitieux Déicoles prélendei»t nous être assez manifestement et assez suffisamment connues par les loix et les ordonnancos qu'il a établies, el iju'il coiiiiiiande aux hommes d obscrVf l'y c'est une pure illusion ; cur^ de boone foi, quelles sont ces loix et ces ordonnances, que Ton puisse manifestement ou suffisamment connoître venir de la part d'un Dieu? Seront-ce celles des l*aïei»s, ()ui recomioissent et qui adorent plusieurs sortes de Divinités, qui sont rejettées par tous ceux qui ne reconnoissent qu'un seul DIpu? Seroiil-ce celles des Juifs, qui iraduieiU qu'un Dieu, mais dont les préleudues loix et ordonnances n'ont jamais été observées que dans un petit coin de la terre, encore n'étoient elles observées que par un peuple qui a toujours été regardé comme le plus vil, comnte le plus méprisable et le plus misé- . rable de toute la terre? Seronl-ce celles des Chré* liens, qui tirent leur source et leur origine de celles de ce vil el méprisable peuple, dont je viens de parler, qui condamnent maintenant celles du Judaïsme même et celles du Paganisme, quoique la Religion Chrélienne ne soit, elle-même, qu un ridicule mélange de Judaïsme et de Paganisme? Seront-ce celles des Habométans, que les Chrétiens regardent comme aîant été la (les par un imposteur et par un faux prophète? Seront-ce celles des iudtens, des Ciuauis et des Japonois qui ne sont nullement connues parmi nous? Ou enfin seront-ce quelques autres semblables loix et

ordonnances^ dont nous n'aurons peut-être oncore

jamais oui parler? Non corlainemont, si l<'s hoiunies reconnoissent manifestement ou suffisamment^ que Tune ou Tautre de ces diflerentes sortes de lois et de religion viennent véritablement do la part d'un Dieu, que n'en conviennent-ils paisiblement, que ne Tembrassent ils volontiers tous^ cette prétendue loi divine qui leur seroit suflSsamment connue, que ne% suivent-ils et que ne Tobservent-ils tous d un commun consentement, sans vouloir s'opiniàtrer mal à propos dans aucune erreur, sans tant disputer les uns contre les autres pour li différence de ces loix et sans se persécuter si cruellement comme ils font les uns les autres pour ce même sujétp il est certain que la prudence devrait les oblî|çer à pi endre ce parti, si Tune ou 1 autre de toutes ces diflerentes religions étoit manifestement ou assez suffisamment connue venir do la ' part de Dieu.

Mais comme on voit que les hommes n'ont jaiuais pù convenir tous d'une seule et mcmc religion, et que même dans cliaque religion il y a plusieurs sortes de sectes différentes, qui se blftment et qui se condamnent les unes les autres, et dont les partisans de différentes sectes se persécutent à Jeu et a sang, les unes les autres, au sujet de la diversité et contrariété d^of)inions el de senlim«Mis, fpi'ils onl sur leurs dill'crentes loix et sur Texplicalion de leurs préteiidues loix divines, c*est une preuve manifeste, que les volontés et que les intentions de leur Dicn hp leur sont pouiL manifestement, ni sul'lisamuient connues, car, si elles leur étoient manifestement ou suflisammenl connues.

il leur seroil facile de s'accorder ensemble et ils ii'auroienl que faire, comme j^ai dit, de disputer avec tant de chaleur» ni de se persécuter, comme ils ibnt, les uns les autres avec tnnt d'animositc. Et si les loix cl les volontés de leur Dieu ne leur sont pas suflisamment connues, c'est unfe preuve manifeste, que ce Dieu ne le leur fait pas suffisamment connoître, c'est une preuve évidente qu'il n'y a point de Divinité, qui veuille se faire adorer des hommes, parce qu'il seroit, comme j'ai dit, contre la bonté et contre la sagesse et contre la justice de Dieu inliiiiuient [Kiilail, de vouloir se faire aimer, adorer et servir sous quelque culte que ce soit, sans se faire manifestement ou suffisamment connoîire des hommes, et sans leur faire manifestement et >uiiisamu)ent coiuioitre ses inlenUons, ses loix et ses volontés.

Comme il n*y a aucun Dôicolos, de quelque sorte de loix ou de Religion qu'ils soieni, qui ne s'imaginent et prétendent, que leur loi est la seule véritable loi de Dieu, que tous les hommes doivent suivre, il n'y a ausî^i aucun d'eux qui ne préleudeiiî, que leur Heligioii vienne de Dieu même, et qu'il leur eu ait fait suffisamment connoitre ses intentions ef ses volontés, soit pai lui-même, soit pai le uiinibleio de

ses Auges^ ou par celui de ses Prophètes^ et qu'en suite de cela tous les hommes sont obligés de s'en tenir au léinoignaji^c de ces Auges ot ilo ces I^'ophéles^ en croîanl tout ce qu'ils ont dit et eu observant religieusement tout ne quils ordonnent de faire de la part de Dieu qui les a inspiré et qui les a envolé pour déclarer ses voluuU's aux hoiiiuies: mais cVst bien ,eu vain qu'ils prétendent que Dieu lasse par- là suffisamment connoitre ses volontés aux hommes. Car r dès-là même qu'ils sont lous dans cette croïancc, que leur foi est divine et qu'ils croient tous être dans la bonne-foi, quoiqu'ils soient néanmoins tous contraires, les uns aux autres, dans leurs dogmes et dans leurs cultes, c'est une preuve manifeste, qu'ils sont au moins pour la plupart d'eux dans l'erreur, et que Dieu ne fait pas suffisamment connottre ses volontés à ceux qui y sont, puisqu'ils croient bien l'aire en faisant ce qu'ils l'ont^ et en croïant ce qu'Us croïciit, comme on le doit suposer. 2^ Quelle connaissance et quelle certitude ' suffisante peuvent-ils avoir, que ces préleudus Auges on t^ue ces iirélcndns prophètes, dont ils parient, aient été véritablement envoies ou inspirés de Dieu, pour leur faire connottre ses inientions et ses vobjutés? Ils ne peuvent en avoir aucune certitude suliisante; car, suposé même qu'il y ait des Auges, comme ils prétendent, ce que je ne veux pas examiner ici, il est constant que ceux, (|ui admettent de ces Anges, disent, qu'il y en a de bons, qu'ils apellent des Anges de lumières, et qu'il y en a de mcchans, qu'ils apellent des Anges de lénébrcs, et ils disent que souvent les Auges de léuèbres se transfigurent

en Anges de limiiére, pour tromper et pour séduir les hommes. C'est pour cela que le grand Mirmadolin de nos Christicoles, je voux dire le e^rand St. Paul défendoit expresscnieul ù ses sectateurs de croire autre chose que ce qu'il leur a voit enseigné^ quand même ce seroity leur disoitHl^ * un Ange du ciel^ qui viendroit pour leur enseigner quelqu/iulre chose. S'il est vrai qu'il y ait de mauvais Anges, il n'est pas moins vrai qu'il y a de faux prophètes, je dis plus, il n'est pas certain qu*il y ait aucun véritable prophète^ comme on renlcnti ici, on peut assurer même qu'il n'y en n ancun, mais il est certain qu'il y en a quantité de • faux, lesquels néanmoins se donnent tous la qualité de vrais prophètes et cjni. sous ce beau r\ spécieux [hôtexte, débilcnt ieuis lueusonges el leurs impostures avec autant d'assurance, que s'ils étoient effectivement de vrais prophètes, spécialement et expressément envoies de Dieu, pour faire connottre ses volontés aux hommes. C'est ce que nos Déicoles ne sauroient nier, puisque l*on voit, que de toutes les religions qui sont dans le monde, il n'y en a f»as une, qui ne prcteude être fondée sur l'autorité et sur le témoignage de quelques-uns de ces prétendus Prophètes, qui se disent être spécialement envoies el inspirés de Dieu; c'est particulièrement ce que nos Christicoles ne sauroient nier, puisqu'ils ont vû dans leur Religion, toute sainte et divine qu'ils la croîent/ quantité de ces faux prophètes et qu'ils y ont paru mêm<' des le commencement de son institution. C'est de quoi se plaignoit

♦ Gai. 1:8.

leur S. Paul dans son tems^ en parlani de ces faux prophète^; ; il les apelle de faux apAtres et des ouvriers

tioinpeurs, qui se translunnonf , disoit-il, en Apôtres âf* Jésus-Chnsl. F]t ii ne \:\nl pas s'en étonner, di* * soil-il puisque Satan lui-même se transfigure bien en Ange de lumière. Dans un autre endroit ils sont apeliés: faux docteufi»^ 2 Petr. 2: i, des séducteurs, 2 Joan. 1, des hommes trompeurs et moqueurs, iude. 18 et enfin des Antechrists et des impies, qui se Irouvoient déjà en grand nombre dès le confiinencemcntduChristinnisme. 1 Joan. 2: 18. El leur Christ même se doutoit bien, qu'il y en viendroient plusieurs semblables à lui et qu'ils en séiliiiroient plusieurs; c'est pourquoi aussi il avortissoil soigne useuieul ses disciples^ de s'en donner de garde et de ne point ajouter foi à ce ((u'ils leur diroient "f.

Cela élant, quel le assurance peut-an prudemiiient avoir sur ce que disent des hommes trompeurs, des moqueurs, des visionnaires, des fanatiques ou des imposleuis, (|ui se contredisent et se condamnent les una ivs adirés; car il est tout visible que ceux, qui se mêlent de faire ce beau métier de prophétiser et de contrefaire les confidens et les messagers de Dieu, ne sont (jue des iiiq)U(lens menteurs, des insensés, des visionaires, des fanatiques, de méchans imposteurs, des moqueurs, § ou de fins et rusés politiques trom- |>eurs^ qui ne se servent du noai et de raulorUû de

• s Cor. U: \.). 14. f Matli. 24; 11. 24.

f Mais ce eoDt véritablement des impoatettrs, des moquears, comme dit un prophète même, et des impoatearB, qui suivent leurs passtooa et qui dierchent à aaiiiCaire lenn mauvais dénia. laaie 88 s 14.

Dieu, que pour inioux jouer leur pet s<>niia«^e, en trompant ainsi les hoiumes. Ytri Ulusores atnbulanles se" eunékm desideria siêù in impietatibus. Jud. 18. — Isaie ti8: 14. El quand même on voudroil suposcr, qu'il y auroU eu quelque véritable liiupliete, il seioit moraleroeoi impossible^ dans une si grande confusion d'erreurs et d'impostures, de discerner ces prétendus véritables pioj)liétes d'avec les faux, vii que les aparences extérieures ne sont pas plus pour les uns que pour les autres^ de sorte qu'il n'y a pas même de prudence d'ajouter foi à ce que disent tous ces impudens trompeurs. Ainsi on ne peut pas dire, el j'estiine même que ce seroit folie de dire, que Dieu fasse manifestement et suflSsamment connottre ses volontés aux hn[iijn(»s pnr (ios témoignages si vains, si suspects et si trompeurs^ que sont ceux-là, il n'y a |)a8 même d'aparence de croire, qu'un Dieu infiniment bon et infiniment sage voudroit jamais se servir de tels témoignages pour faire connoilre ses volontés aux hommes.

Quoi! Vous croiriez qu'il voudroit révéler en secret les plus sains mistères à des fous, à des fanatiques, et qu'il ne voudroit [)as les découvrir munifeslement à une infinité de personnes sages, qui désireroient en être instruites? Vous croiriez qu*il voudroit seolenient découvrir en secret et en cachette ses volontés à quelques personnes particulières, et qu'il ne voudroit pas les déclarer manifestement à des peuples entiers et à toutes les nations de la terre, qui l'aimeroient, qui radoreroienl, qui le serviroient el qui le béniroient de tous leurs coeurs et de toutes leurs aflections, s'il se faisott manifestement et suffisamment connoitre à

eux? Vous croiriei que ce serait un Dieu^ qui anroil révélé à des insensés fanatiques les ridioules et absurdes mistércs, qu ii» veulent vous faire croire et vous foire adorer? Vous croiriez que ce seroit un Dieu^ qui leur auroît donné ces belles loix et ces belles ordonnances, qu'ils veulent vous faire observer sur le seul témoignage de leurs paroles? Et vous croiriez^ qu^aprés qu'il auroit parlé ainsi en secret et en cachette, et même pendant la nuit et en rêvant, à un tel ou tel prétendu prophète, il auroil inaïufestement ou suffisamment fait connoitre aux hommes ses intentions et ses volontés et qu'il voudroit les obliger de faire loul ce qu'il leur conunanderoit de sa [)ai t, et cela sous peine aux boinmes d'encourir son ludignation et la damnation éternelle^ s'ils viennent à y manquer en aucune chose? Cela est certainement trop éloigné de loule a[)arence de vérité et trop indigne de la souveraine bonté et de la souveraine sagesse d^m Dieu, qui seroit toul-puissant; et ainsi cela ne peut nullement être.

Nos pieux et dévotieux Christicoies ue manqueront pas de dire ici tout bonnement, que leur Dieu veut principalement se faire connaître, adorer et servir par les lumières lénébreuses de la Foi el par un motif d'amour et de charité conçu par la foi, et non pas par les claires lumières de la Raison humaine» afin, comme ils disent, * d'humilier res[»iiL de l'homme et de confondre son orgueil, et alin de donner par ce même moien occasion à tous les hommes d'exercer

• s Cor. 10: 6.

d'aulant mieux leur vertu et d*on avoir d'autant plus de mérite, en captivant ainsi leur esprit sous lobéïs*

sance de la Foi. Mais 1". qui osl-co qui no rifoil d'une telle réponse, et qui est-ce qui n'en vorroil pas la vanité et Tincptie si on y faisoit tant soit peu do réflexion? Car il est visible, qu'il leur seroil aussi iacile d'alléguer une telle raison, pour :»uutcnir cl apuier le mensonge, comme pour soutenir une vérité, parce qu^il n'y a point d'imposteur, qui ne pouroit s en servir, comme Je prétexte, pour couvrir ses erreurs, ses illusions et ses impostures. Cette seule raison sulii* roit pour faire voir la vanité et Tineptie de cette réponse.

D'ailleurs on ne voit pas pour cela que les iiumuies en deviennent plus humbles, ni que leur Dieu se fasse mieux servir et adorer des hommes par cette crolance aveugle, qu'ils ont tnnt par la foi de ses divines volontés, que par une claire et entière conuoissance, qu'il leur donneroit de ses divins mistéres et de ses divins coninKindemens; on ne voit, dis-je, pas cela: au contraire il est certain que si un Dieu tout-puissant et infiniment parfait donnoit aux hommes une claire et entière, ou parfaite connoissance de ses divins commandemens, ils Taimeroient et le ser'viroient beaucoup plus parfaitement qu'ils ne font, et ils seroient tous ravis de ses beautés et de ses aimables perfections, et ils en deviendroient IxMiiicoiip plus sages et plus vertueux y qu'ils ae sont. C'est donc une illusion à nos D^icoles, de vouloir, sous prétexte de dévotion, interpréter si vainement les dessins et les intentions de leur Dieu, et c'est même une sotisc à

eux de vouloir couvrir sa foiblesstî et son impuissance sous un si vain prétexte que celuij qu'ils allèguent ditijs celte occasion-ci.

Mais voici oncoie une autre raison^ qui ne tait pas moins voir la foiblesse et la vanité de la dite réponse; c'est qu'il n'est nullenieiU croïable qu'un Dieu infini* oient bon et infintnieut sage vuudruit jamais se servir d'une voie pleine d'erreurs, d'illusions et d'impostures pour se faire adorer et servir; il n'est pas croïable, qu'il voudroit établir et (loiniei un principe d'erreurs et d'impostures pour loadement de ses divines vérités et pour régie de ses divins commandemens. Or la foi étant une croîance aveugle^ elle n'est, comme j'ai dit ci-devant, qu'un principe d'erreurs, d'illusions et d'impostures; car sous ce prétexte de faire croire et observer aveuglement tout ce qui auroit été saintement révélé par quelque prétendue Divinité, il seroit aussi ' facile de laire croire et observer tout, ce qui n'auroit été inventé que par des imposteurs et par des insensés visionnaires ou fanatiques, qui s'imaginent ridiculement que toutes leurs imaginations sont de véritables révélations divines, et qui voudroient le faire croire aux auti'es. On ne peut donc pas dire que ce soit p.u ces prélendués révélations secrètes, ni par cette voie aveugle, que Dieu, voudroit faire couuoitre ses volontés aux hommes, puisque ce sont-là des voies si pleines d'erreurs, d'illusions et d'impostures; car des voies qui sont si pleines d'erreurs, d'illusions et d'im- [Kistures ne sont pas des voies convenables a un Dieu, pour faire connoftre aucune vérité.

Nos Déicoles diront peut-être que des révéla lions

seules, qni se foni secrètement à quelques personnes particttliéi-es, ne serment véritablement pas suffisantes

fidiu l'aire siiKisiminienl connohre ;uix liomines les volontés d'un Dieu, et que par cette raison des Prophètes et des Anges-méme, qui n'auroient que des révélations à produire, ne mërileroienl pas d'être cruîi sur leurs paroles; mais que s ils taisoieiil voir par quelque plus clair et plus assuré témoignage', qu*iU sont véritablement envoîés et inspirés de Dieu, cemme, par exemple, s'ils le faisoient voir {>ar des miracles et par des prodiges, qui surpasseroieiU toutes les l'orces de la nature, et qui ne pouroient se faire que par une puissance toute divine, pour lors ce seroit un suffisant témoignage, qu'ils dii oient vérité et qu ils seroient véritablement envolés de Dieu, pour faire connotire ses Tolontés aux hommes, parce qu^il ne seroit pas croïable, qu'un Dieu infiniment bon et inliimncnl sage voudroit faire aucun miracle pour favoriser des imposteurs, ni pour conlirmer aucun mensonge ou aucune erreur.

Mais quoique celle réponse soit un peu plus vraisemblable i{ne la précédente, il n*y a cependant pas plus de solidité dans Tune que dans Tautré, parceque ces prélciiilus miracles dont on fait tant de cas, et dont le renom et le bruit fait tant d'impression dans Tesprit des peuples ignorans, ne sont pas moins suspects (Ml ou\-inémes, ni moins sujets à l'erreur, à l'illusion et à l'imposture, que ne le sont les prétcnduès révélations mêmes. Et la preuve évidente de tout cela est, qu'il n'y a point de Religion, qui ne prétende avoir ses miracles et ses révélations, aussi bien

que la Religion chrétienne. Les Religions païenaes sont pteioesy. si on veut les croire, de semblables mi» ' racles et de semblables ré?éiatibns divines. Celle des

Juiis, si on veul la croire, en a ijuuiililé, celle du Christ ou du Messie, suivie par les Chrétiens n'en a pas moins, celle de Mahomet, qui est suivie par les Turcs el les Harhares, n'en manque |joiiil. Il n'en faut pas inoins penser de celle de Confucius, suivie par les Chinois et par les Japonois et ainsi de toutes les antres Religions, qui |)i'étendent se fonder sur ces sortes de témoignages do Divinité; de ^orte que c^est avec beaucoup de raison (|ue notre judicieux François le Sr. do Monla>>iie * dit dans son livre, que toutes les aparonces sont communes à toutes les Ueligions, espérance, confiance, événement, cérémonie, poeni<* trace, martir; sous le nom d'événemens sont compris les miracles, qui sont des événemens prétendus miraculeux. El dans un autre endroit il dit que l'empereur Auguste eut plus de temples que Jupiter, et qu'il fut servi avec autant de religion et croiance de miracles. Dans un tujlre endroit d dit, que la Divinité prend et reçoit en bonne part Thonneur el révérence que les humains lui rendent, sons quelque visage, sous quelque nom et en quelle manière, que ce fut. Il ajoute que ce zèle des liomuies a été universellement vu du ciel de bon oeil, que toutes les polices ont tiré fruit de leur dévotion ; les hommes, les actions impies ont eu partout, dit-il, des événemens sorLa-» blcâ. Les histoires païenaes, continue-t-il, recon*

* Eb8. de Montagne, pag. 406. f 4^8.

noisseni la dignité^ ordre, justice des prodiges et des oracles empioîés a leur profit et instruction en leur

Religion nibuloiisc *, cVst-ce tjue les plus scrupuleux même d'entre nos Clmsticoles ne sauroienl nier, puisque leur Christ dit expressément a ses Disciples^ qu*il s'éléveroit plusieurs faux Christs et plusieurs faux Prophètes^ qui i'cioionl de si grands prodiges^ cpie ses Ëlus-méme se trpuveroient en danger d'être séduits f .

Cela ét iiiL il clair el évident, que loulcs ces prétendues H^vélations et que tous ces prélendus miracles^ dont on voudroit tant faire valoir l'autorité en matière de Religion, ne sont véritablement d'aucun poids et ne sont nullement suitisans pour prouver aucune vérité; car^ puisqu'ils se font indifféremment dans toutes sortes de Religions^ c*est une rooKjue as* surée (ju ilb ne viennent point de la Tonte-Puissance d'un Uieu^ et par conséquent qu'ils ne sont point de sufiisans témoignages de vérité; car il n'est pas à croire qu'un Dieu infiniment bon et infiniment sage voudroit communiquer sa puissance à des imposteurs et faire aucuns miracles pour confirmer ou pour favoriser Terreur et le mensonge^ qui se trouvent dans toutes les fausses Religions; ou si on prélenti qu'il ne seroit pas contre la bonté^ ni contre la sagesse d'un Dieu infiniment parfait de communiquer sa puis^ sauce à des imposteurs, ni de faire des miracles en faveur de Terrem* et du mensonge^ comme les prétendues Ecritures saintes de nos,Christicoles semblent

le témoigner, lorsqu'elles diseot que Dieu avoit donné un esprit de mensonge dans h bouche de tous les

Prophètes d'Achab, qui éloierit jusqu'au noinhre de 400 ^« Ëi qu'il est dit ailleurs^ que Dieu euvoiera à certaines gens un esprit d'erreur, qui, par de puissantes impostures, leur persuadera le mensonge, en faisant toutes sortes de prodiges, de signes et de miracles trompeurs, par la puissance de Satan Si, dis-je, on prétend que cela ne seroit pas contraire à la bonté et à la sagesse d'un Dieu, de faire ainsi des iitiracles et des prodiges en faveur de l'erreur et du mensonge, je tire encore a?ec autant de certitude cette conclusion, qui est que les miracles et les prodif^es et les prétendues révélatiuns ne seront donc pas de sufiisans témoignages de vérité, puisque l'on veut qu'ils se fessent ausri bien en faveur du mensonge qu'en faveur de la vérité; et s'ils ne sont point de suffisans témoignages de vérité, on ne peut donc pas dire que . Dieu fesse suffisamment connoitre par-là ses volontés aux hommes, et s'il ne los leur l'ait pas suffisamment connoitre par cette voîç, non plus que par aucune autre voie certaine, c'est une preuve assurée qu'il n'y a aucune Divinité qui veuille se feire adorer et servir par les homuics, ijarce qu'il seroit, comme j'ai dit, entièrement contraire à la bonté et à la sagesse infinie d^un Dieu, de vouloir se faire adorer et servir par les hoiniues, sans se laii sulVisamment connoîtr(ï à eux et sans leur faire suffisamment et certainement connoitre ses intentions et ses volontés.

• s Parai. XVUI: %%. f 2 Theas. II: II. UL

Nos D(MColes se sentent pressés \m cet argument, et, ne . pouvant nier qu'il n'y ait quantité de faux prophètes et quantité de faux miracles, se Irouveut né^ ccssairement obligés de dire ici^ que ce n'est point par les faux Prophètes, ni par les faux miracles que Dieu fait coonoitrc ses volontés aux hommes, mais que c'est seulement par les vrais Prophètes et par les vrais miracles qu'il les leur fait coiinoiue. Mais il est facile encore de iaire voir la foiblesse et la vanité de cette réponse. 1^. Parceque c*est une illusion de vou-» loir suposer, comme ils font, qu'il y ail de plus vrais Propiieles et de plus vrais miracles, les uns que les autres, dans le sens que nos Déicoles Tentendent; puisque Ton soutient qu'il n'y a aucun Prophète qui soit vérilabiement envoie ou inspiré de Dieu et qu'il n'y a aucun miracle qui se fasse par une puissance surnaturelle et divine, il n'est pas à croire, ni à présumer, qu'il y en ait jamais eu de tels, vu le grand et prodigieux nombre d'impostures que l'on a vues dans le monde et le prodigieux nombre de mensonges, d'erreurs, d'illusions et d'impostures qu'il y a dans tous ces prétendus miracles et duris les récils que Ton en fait; de sorte qu'il y a tout sujèt de regarder tous ces prétendus Prophètes comme des imposteurs et comme des fanatiques, du inuaieuL qu'ils se disent être envoies ou inspirés de Dieu, et on peut assurer qu'il n'y a rien de surnaturel et de divin dans tous ces prétendus miracles que l'on dit avoir vûs. Ce n'est pas pour cela que je veuille nier absolument tout ce que l'on dit de certains événemens et de certains prodiges extraordinaires, que l'on a vâs autrefois

parotlre avec étoonemeol el que Ton pouroit bien encore voir dan» la suite da temay ni que je veuille

absolument nier ce que roii dit de certains personnages extraordinairea, qui ont reçu quelque laveur particulière de la nature, ou qui ont pareillement fait des choses toutes extraordinaires et surprenantes, je veux croire qu'il en est quelque chose; mais je veux aeulemenr dire que tous ces prodiges, que tous ces prétendus miracles et que tout ce que ces certains personnages on fait de plus merveilleux' et de plus surprenant, ne sont véritablement que des efiéts na* turels, produits par des causes purement naturelles et humaines, niais qui paroissent néanmoins être surna* turels, et miraculeux, parcequ'ils ne se ioutquedaoa quelques rencontres extraordinaires de plusieurs causes et par quelque effet extraordinaire de la nature, qui beuïble quelquefois se surpasser elle-même, ou enfin par rindustrie, subtililé, adresse et artifice de quel** qoes personnes, qui ont quelques coonoissances particulières (les secrets de la natuie, (lui savent pioGter adroitement du tenis. et des occasions et qui savent bire sutitiiement tout ce qu'ils entreprennent de faire: en eftèl on ne peut douter que la nature, qui est une excellente ouvrière et qui iail tous les jours de si admirables ouvrages, ne soit capable de (aire aussi quelque fois des prodiges extraordinaires et il ne faut point douter non plus que des pei'sonnes, qui auroient redresse de s'en servir à pnopos dans les occasions, ne seroient capables de bire des choses extraordinaires. Il en faut dire de même de ces prodiges et de ces elièls extraordinaires et surpreoami que Ton a

— iOO —

coutume d'attibuer à une magie noire et diabolique. La plupart des choses étonnantes^ que Ton en dit^ ne

sont dans le fond que des mensonges, des illusions et deb iujposlures^ aussi bien que ces faux miracles dont je vient de parler: car ce seroit grande sotise de vouloir ajouter foi à tout ce que Von dit de la puissance de ces prétendus magiciens; c'est seulement pour se faire craindre^ ou pour se faire admirer des sots et des ignorans^ qu'ils se vantent d'avoir unes! grande puissance^ et à Pégard de ce qu'ils sont véritablement capables de faire, s'il y a quelque chose de merveilleux et de surprenant dans ce qu'ils font, ce ne sont certainement que des eflèts naturels^ qui procédant de quelques secrètes vertus naturelles, ou qui se font par l'industrie, par l'adresse ou paf la subtilité de ceux qui s'en mêlent.

Il est de cette prétendue magie noire et diabolique comme de la prétendue magie saiute et divine; elles sont aussi vaines et aussi fausses Tune que l'autre: et c'est pour cela que j'ai dit, qu'il n'y a voit point de plus vrais |>iophètes, ni de plus vrais miracles, les uns que les autres. Mais quand on suposeroit comme le prétendent nos Déicoles, qu'il y auroit quelques plus vrais piophétes et quelques plus vrais miracles, les uns que les auiies, a quelle marque et à quelle enseigne les connoitra-t'H)n, ces prétendus vrais prophètes et ces prétendus vrais miracles, puisque les vrais et les faux prophètes |ia rient tous ce njcine langage, qu ils se disent également tous être envoîés et inspirés de Dieu et qu'ils prétendent tous en donner des preuves convaincantes par leurs prétendus vrais

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miracles? Il est constant que nos Déicoles eux-nnêmes ne sauroieal les disiiii^Mjer les uob des autres; et poar preuve évidente de cela est^ que depuis plusieurs inillters d'années que ces prétendus prophètes ont couitueucé à paroître dans le iiiunde, ils n'ont pû encore convenir ensemble d'en reconnoitre aucun pour ▼éritable d'un commun consentement: c'est ce qui les a obligés .en tout tenis de se diviser, comme nous les voions^ en divers partis^ qui sont tous oposés les uns aux autres et qui ne reconnoissent aucun d'eux pour vrais prophètes, que ceux qui leur ont donné leurs lùi\ et leurs cérémonies, regardant tous les autres comme des taux prophètes et comme des im- 'posteurs.

Moïse, par exeiuj^le, ce î^r.iiid Moiso égyptien. Législateur du peuple juif, qui a fait, dit-on, de si grands prodiges dans son tems, et qui parloit, dit-il^ à Dieu, ou à qui Dieu parloit aussi familièrement qu'il auroil parie à sou ami, a été regardé du peuple juif comme un très-grand et véritable Prophète. Ses actions surprenantes^ si elles étoient telles qu'on les dit, ont été regardées par les juifs coniiiir' de véritables miracles, mais ii a toujours été rejetté de toutes les autres Nations comme un insigne imposteur, et ses prétendus miracles n'ont été régardés que comme des fables et comme des impostures. 11 n'étoit pas même de son tems si géoéralemenl reconnu des siens pour un vrai prophète, que plusieurs de sa troupe ne lui aient disputé cette gloire Témoins

• Kam. XII: 1.

les murmures de son Frère Aareii et de sa sœur Harie^

témoins missi los nmimures de tout le peuple qu'il conduisoii, cl pi incipaieiaent le soulèvement que firent contre loi Coré^ Athan et Abiron^ soutenus de 250 des principaux du peuple; car s'ils l'eussent véritablement récunnu pour un si grand prophète^ il n'est guéres probable qu'ils auroient osé se soulever^ comme ils 6renty contre lui et lui résister en face si hardi* ment qu'ils fiicnt.

Le Gallléen Jésus-Cfarist, que les Chrétiens apelleoi leur divin sauveur et qu'ils adorent comme un vrai Dieu incarné^ n'étoit regardé des Juifs et des Gentils que coBinie un insensé fanatique et comme un misérable pendart: c'est ce que les Chrétiens eux-mêmes ne sauroient nier, puisque les premiers el les plus zélés prédicateurs de leur foi avouoïent eux-mêmes, que le crucifié Jesus-Christ, qu'ils préchoient et qu'ils anonçoient au monde^ n'étoit qu'un sujét de scandale aux .luils \ et un sujét de risée aux Gentils, qui ne regardoient ce qu'on leur en iimii, que comme une folie; ce n'étoit pas pour le reconnoltre pour un vrai prophète, ni pour un vrai Dieu incamé.

L'Arabe Mahoniel, co tant renommé piophètc de louL rOrient, qui est révéré de tant de peuples, comme étant le plus grand, le plus zélé et le plus saint ser* viteur et ami de Dieu, iTest regardé des Chrétiens et des Juifs que comme un faux prophète et un insigue imposteur.

Confucius, qui est reconnu et révéré dans la Chine

• 1 Cor. I: 28.

comme un si saint législateur, n^est point reconnu pour tel dans les auires pais du uioiido, où on ignore même jusqu'à son nom. Kaia et Amida^ qui sont révérés dans le Japon^ ne sont point reconnus non phis

dans les ;iiiln\s [larlies du monde.

Un nommé AppuUonius de .la ville de Thiane en Gapadoce et un nommé Simon de la ville de Sancarie^ qui étoient tous deux de si grands faiseurs de miracles et de prodiges^ que quoique Tun acquit l'opinion de difinilé a Rome et en plusieurs autres endroits et que l'autre fut surnommé en Samarie: la grande vertu de Dieu, cependant ils n'ont passé ailleurs que pour de faux prophètes et pour des imposteurs, «le ne parle point ici d'un railliace d'autres prophètes^ qui se sont mélés^en différons îems et en différens endroits de i'airc les prophètes, tels qu'étoient par exemple ces prétendus prophètes de Judée et de Samarie^ et ces 450 prophètes de Baal^ qui ressembloient plutôt à des insensés (ju'à des personnes sages. Je ne parle pas non plus de ces prétendus prophètes qui ont fait pàrler d'eux dans ces derniers siècles^ comme ont fait par exemple un Merlin d'Angleterre, un Nostradamus de France, un Abbé Joachim de Calabrc, un Savonarole de Florence et plusieurs autres semblables^ qui n'ont fait parler d'eux que dans leurs propres paîs et qui n'y ont pas même eu toute 1 approbation qu'ils auroient souhaitée.

Par ou on voit évidemment^ que les Oéicolea et les Christicoles, tout zélés qu'ils sont \yonr la gloire et pour le culte de leur Dieu, n*ont encore pù jusqu'à présent reconnoitre d'un commun consentement aucun

de tous ces prétendus prophètes pour ?niis prophètes^

ni aucun de leurs prétendus miracles pour vrais miracles, ce que u'aïanl pû encore reconnoîUe d un commun consentement, comme je viens de le démontrer, c'est une preuve évidente et assurée que^ quand il y auroit eu ou qu*il y auroit parmi eux quelques plus véritables prophètes, ou quelques plus véritables miracles, les uns que les autres, c'est-à-dire qu'ils ne sauroienl distinguer les vrais d'avoc les faux, et s'ils ne savent les distinguer^ c'est en vain et sans ^ fondement qu'ils disent et qu'ils prétendent, que leur Dieu fasse suffisamment connoître ses volontés aux hommes par ses vrais [>roj>lietes et par les vrais miracles qu'il fait par leur raoïen : c'est, dis-je, en vain et sâns fondement qu'ils le disent et qu'ils le prétend(3iji, puisqu'ils ne sauroient connoîlre eux-mêmes, d'un commun accord, qui sont ces prétendus vrais prophètes et quels sont ces prétendus vrais miracles* Car il n'est pas possible de connoître la vérité d'une chose inconnue par une autre chose que I on ne connoit pas non plus; et on ne sauroit éclaircir une difficulté obscure par une autre difficulté plus obscure, ^ ni même une chose cerlainc pai uuc autre qui est incertaine.

Nos idolâtres Déicoles ne manqueront pas sans doute

de dire ici, que ceux d'entre les prophètes qui vivent le plus sauUemenl cl qui font le plus de miracles doivent être regardés et tenus pour les seuls vrais prophètes et non pas les autres ; mais cette réponse

n'est pas moins vaine que les piécédenles. Pour ce qui est de la sainteté de vie, qui est-ce, qui en

sauroit repondre? Il n'y a rien de plus trompeur que cette aparence de saiotelé. Les loups, comme dit le

Christ^ se couvrent souvent de la peau de brebis, et les vices se couvrent souvent des aparences de la vertu. C'est pourquoi les hommes se déguisent tréssouvent, afin de mieux tromper les autres. Ainsi cette aparence de vertu, que l'on pouroit quelquefois voir dans quelques-uns de ces prétendus prophètes^ plus que dans aucun autre^ n'est pas pour cela une preuve, qu'ils soient plus véritablement envolés de Dieu^ ni plus véritablement inspirés de Dieu que les autres. # 2^. A l'égard des miracles qui seroient plus grands, plus fréquens ou plus admirables et plus sorprenans d'un côté que de Tautre; ce n'est certaiiieinent pas encore par-là que Ton counoîlra s'ils sont plus vrais miracles que les autres: car de même que dans toutes sortes d'arts et de sciences, il y a des ouvriers et des docteurs plus .savans, plus habiles, plus adroits et plus subtils les uns que les autres, de même aussi parmi ces prétendus faiseurs de miracles et de prodiges, qui lie sont dans le lond que des eflets naturels produits par des causes naturelles, il peut y eu avoir de plus habiles, de plus adroits et de plus subtils, les uns que les autres. De même aussi parmi ces prétendus propliétes, qui ne sont tous que des imposteurs, il peut y en avoir de plus fins et de plus rusés, les uns que les autres,* et cela étant/ comme . 0!) n'en peut douter, il ne faut pas s'étoiiiier s'il y en a qui paroisseat làue de plus grands miracles, les uns que les autres. ^ , D'ailleurs les seules circonstances naturelles des

tems^ des lieux où ce font ces sortes de prétendus

miracles^ et des personnes devant qui ils se font^ peuvent beaucuup contribuer aussi à les faire paroitre plus grands et plus admirables^ qu'ils ne seroient en d'autres circonstances de tenis, de lieux ou de [)orsoiines; cela est indubitable, ainsi ce nVst nullement par-ià que Ton sauroit véritablement distinguer les prétendus vrais prophètes d'avec les faux^ ni les prétendus vrais miracles d'avec les faux, et par conséquent on ne peut pas dire^ que Dieu iasse véritablement et suffisamment eonnoitre par-lâ ses volontés aux hommes^ et cela est si vrai que nos Cfaristicoles mêmes ne sauroieiit prudemment en disconvenir, puisque leur Christ défendoit si expressément à ses disciples, d'ajouter aucune foi à ce que ces prétendus Prophètes et faiseurs de prodiges et do miracles [jouroieot leur dire^ si grands et si iiéquens que puisscut être les miracles et les prodiges, qu'ils leur verrotent faire. Il s'élèvera^ leur disoit-ii, de faux Christs et de faux Pro[>hétes, qui séduuont plusieurs, qui feront de si grands miracles et de si grands prodiges, que les élus mêmes seront en danger d'être séduits. Je vous avertis de ces choses, leur disoil-il, * c'csl pourquoi^ s^ils vous disent «li; faire ceci ou cela, de venu* ici ou dVUer là, n'en faites rien et ne les croies pas. Suivant donc ce clair et évident témoignage du plus grand Prupbèle des Chrétiens^ qu'ils apellent même leur Dieu et leur divin sauveur, les plus grands mi- racles .ne sont point de suffisans témoignages de vé-

• Math. 84: 11 «t »4: S6.

rité, puisqu'il reconnoit ioi-méiîie, qu'ils se peufonl

laii e par de faux Prophètes et qu'il déleud d y ajouter toi. Il De iaut donc pas dire que Dieu fasse suffisatnment connoitre ses volontés aux hommes par le rooieD de ces prétendus mis miraoles; car enfin on ne se persuadera pas qu il lasse suiUsauunent connoitre ses volontés par des miracles qui se peuvent faire par des imposteurs et par des miracles auxquels il ne faut poinl ajouter lui.

Hais quand on voudroit iiièuie suposer, qu il y auroit quelque fois certains miracles qui se feroient véritablement par la tonte-puissance d'un Dieu^ ces pré* tendus miracles no seroient encore tout-au-plus des témoignages de vérité^ qu'à Tégard seulement de ceux * qui* les verraient faire et qui en seroient les témoins oculaires; encore faudroit-il qu ils connussent suffisamment Is^ probité de ceux qui les i'eroient et qu'ils connussent véritableinent toutes les circonstances particulières des faits^ que Ton voudroit suposer être vé-^ ritableineut miraculeux; car si ceux-là même qui en seroient les témoins oculaires ne connoissent passuf- ^fisamment la vertu et la probité de ceux qui les feroient^ ils iie pouroienl [)as prudemuient se lier a leurs paroles^ ni à leurs actions; et si d'ailleurs ils ne connoissoient sufiisamment pas toutes les circon*stances particulières de ces prétendus bits miraculeux, ils ne pouroient pas non plus Tassurer, ni juger prudemment qu'ils seroient véritablement et miraculeux et surnaturels: car il est certain que la véritable connoissauce d uii fait particulier dépend de la véritable counoissance dos circonstances particulières qui le re-

gardent. li ne faut^ par conséquent, qu'ajouter à un feit particulier une circonstance qui n*y est pas^ pour le faire ftin uitrc tout autre qu'il irauroit paru. Pareillement li ne faut que retrancher ou changer une circonstance d*un fait, pour le faire encore paroitre tout autre qu'il n'auroit paru. C'est pourquoi^ si on ne connoit pas véritablement toutes les circonstances particulières d'un fait, que Ton dit être miiraculeux, ou si on le regarde sous quelques circonstances qui n'y sont paS; on ne peut pas véritablement^ ni prudemment en juger, et si on veut juger on s'expose infailliblement à tomber dans Terreur et à faire un faux jugement, et il ne faut pas douter que ce ne soit pour cette raison que tant de grands personnages se sont laisser tromper à cet égard, en prenant trop facilement * , pour miraculeux et surnaturels des faits, qu'ils auroient eux-mêmes reconnus être naturels el faciles, sils en eussent bieu couuus et remarquas les circonstances, ou si, sur le raport d'autrui, ils ne les eussent pas regardés sous quelques circonstances qui n'y éloient pas.

Quand donc on voudroit suposer, qu il y auroit quelquefois de ces prétendus vrais miracles, ils ne seroienl

au plii-s des témoignages de vérité, qu'à réganl seulement de ceux qui les verroient faire et qui en seroient, . comme je viens de dire, les témoins oculaires, et non pas à Tégard des autres qui ne les verroient point el qui n'en seroient point les témoins oculaires avec une pleine et entière connoissance de toutes les circonstances qu'il faut nécessairement connoitre pour en juger prudemment, comme je viens de le remarquer.

ei, cela étante on ne peut certaioenient pas dire que Dieu fasse par ce moien-là suffisamment connoitre ses

volontés aux iioiiimes, parcequ'il y eu a si peu qui les voient faire> ces sortes de miracles^ et qui sachent bien en reconnoitre et en remarquer toutes les circonstances^ (jue ce serait une imprudence d y ajouter foi ; je dis si peu^ à l'égai d de tout ceux qui ne les voîent pas faire. Il y en a, dis-je^ si peu qui les ▼oîent faire et qui en puissent bien reconnoitre et remarquer tuuU s les circonstances, que ce n'est presque pas la peine d'en parler: et dans ce petit nombre de ceux qui les voient faire, il y en a encore si peu, ou [>our mieux dire il n'y en a peut-être pas un seul, qui puisse s'assurer de connoiiK suilisamment la vertu et la probité de ceux qui les font, ni qui puisse sassurer de connoitre véritablement toutes les circonstances particulières de ces prétendus miracles, comme il faudroit les connoitre pour en. juger prudemment. Il y en a, dis-je, encore si peu qui connoissenl véritableiuent ces sortes de choses et qui en puissent prudemment juger,«que ce seroit folie de se fier à ce qu'ils en disent et folie de s'imaginer, qu'un Dieu tout-puissant, infiniment bon et infiniment sage ferait suilis i [liment connoitre ses volontés aux hommes par des voies si obscures, si suspectes, si incertaines et si trompeuses que celles-là, ce seroit même une folie de penser, qu'un Dieu infiniment bon et infiniment sage le voudroit faire ainsi.

Mais on dira, que, quoiqu'il y ait effectivement [)eu de gens qui soient témoins des vrais miracles, peu qui connoissent parfaitement la probité et la sainteté

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