HO
do ceux qui les font, et qu'il y en ait encore beaucoup moins qui soient capables ou, qui soient à portée de bien examiner et de bien remarquer toutes les circonstances parliculicros des miracles qui se font, Dieu ne laisse pas néanmoins que de faire, par ce moien. suffisamment connoitre ses volontés aux hommes, parceque ce peu de gens d'esprit et de probité, qui voient laue les miracles et qui connoissenl la sainteté de ceux qui les font, rendent ensuite un suffisant té* moignage de vérité de ce quils ont vû et de ce qu% ont connu à ceux qui n en oiU rien vù, m non ( onnu, de sorte que ceux-ci, étant pour lors suffisamment informés de la vérité, ils sont, dira-t'-on, dans Tobbgation d'y ajouter foi et de croire fermement tout ce que ces premiers temunis leur en disent, ceux-ci se trouvant sufiisamment instruits et persuadés de ce ' qu'ils croient devoir foire ou devoir croire sur le témoi i^niage (le ces premiers, ils en instruisent euxmêmes d'autres qui n'en a voient rien vû, ni rien connu, non plus qu'eux, ces derniers-là en instruisent encore d'autres, comme ils ont été instruits eux-mêmes; et de cette sorte, dira-t -on, ta connoissance des ventés et des volontés divines se communiquent bientôt à un grand nombre de persmines, . qui la font passer en divers endroits, de pais en f^aïs et de roïaume en roïaume, jusqu a ce qu'entin elle se trouve répandue presque dans toutes les parties du monde. Et comme elle se communique et qu'elle se Iranspoile de pro-* vince en provmce, de roïaume eu roïaume, île même aussi elle passe comme de main en main, d*un siècle à un autre, et ainsi elle passe de siècles en siècles
daua toutes les générations des hommes, et c'est ainsi, diseot DOS Cbrisiicolesi que Dieu fait suflisamment oonnoitre ses volontés aux hommes^ ensorte que ceux qui ne voudroienl [»;is s'y rendre, ne seroieiit millement excusables d en prendre cause d'ignoraace, puisqu'ils en sont suffisamment instruits dans tous les tems et dans tous les lieux.
Mais quelle illusion n est-ce pas-là, de prétendre que tous les hommes doivent être suffisamment instruits et informés des volontés d'un Dieu, sous prétexte que certaines gens leur diront que Dieu les leur aura révélé^ ou qu'ils auront ouï dire, qu'il les a révélé ainsi à. des saints Prophètes» qui étoient spécialement envolés de Dieu et qui faisoient quantité de miracles et de prodiges, pour confirmer la vérité de tout ce qu'ils disent;, quelle illusion^ dis-je, n'est-ce pas U de s'imaginer telles choses. Qu'est-ce que Ton ne feroit pas accroire aux hommes, sou^ un si vain prétexte, qui celui-là, s'il éloit tant soit peu recevable? Il n*y a certainement point d'imposteurs, qui ne feroient facilement accroire aux hommes tout ce qu'ils voudroient, sous un tel prétexte^ s ils vouloient les écouter. Useroit facile , à un chacun et particulièrement à des gens qui Tiennent de loin, d'alléguer des révélations divines et de forger des miracles, pour ajmit r tous les mensonges qu'ils voudroient débiter^ et s'il ne tenoit qu'à raconter ces prétendus miracles et ces prétendués révéla*» lions, pour que ceux à qui on les raconteroit, soient obligés de les croire, où en seroient-iU? ils seroient donc obligés de croire tous ces conteurs de miracles et tous ces conteurs de révélations, et par conséquent
— Hï —
obligés de cioiro mie infinité (]'inij)Oslures cl de mensonges^ qui se débiteront tous les jours^ comme si c'étbient des vérités les plus certaines et les plus importantes.
Quoi! sous prétexte, par exeiupie, qu'il y auroil eu autrefois, dans la Judée, un homme qui se disoit être le Fils de Dieu, qui faisoît de^ miracles et des prodiges, non seulement tous ceux qui 1 auioient vu, mais aussi tous ceux qui ne 1 auroient pas vu, ou qui auroieni même été dans les pais les plus éloignés, auroient été obligés, aussi bien que ceux qui Tauroient vû, de croire tout ce que quelques personnes inconnues leur en auroient été dire, plusieurs années et même plusieurs centaines d'années après, et maintenanl iju'il y a plusieurs milliers d innées que les choses se sont passées à plusieurs milliers de lieuës, de quantité de peuples, tous les hommes de la terce seroient encore obligés de croire tout ce que des inconnus leur en iroient dire, sous le spécieux prétexte de religion, de zèle du salut de leurs âmes; et ils seroient condamnés à être malheureux à tout jamais dans \rs flammes lioi i ibles d'un Enfer, s'ils ne croïoient pas aveuglément tout ce que ces inconnus leur en auroient été dire ? Vous êtes fols, Christicoles, d'avoir de telles pensées, et pour vous faire d'autant mieux connoitre votre folie, suposons qu'il vienne en ce païsci quelques hommes inconnus dies paîs étrangers, comme par exemple des Docteurs et des Bonzes de la Chine ou du Japon, qui sont à 2 ou o mille lieués d'ici ; si ces bons Prêtres étrangers vous disoient sérieusement, quils ne sont venus de si loin, que par un zèle qu'ils
auroient du salut de vos âmes et pour vous instruire en âes mistéres et cérémonies de leur prétendue sainte religion^ et que sur cela ils commençassent à vous dire des merveilles de leur grand législateur Confucius^ et à, vouloir vous persuader d'abandonner votre religion pour embrasser la leur, vous séries d'abord tout étonnés d'une telle nouveauté; niais si dans la suite de leur discours vous remarquiez, qu'ils voulussent vous persuader de croire des mistéres ridicules et absurdes, vous faire observer des cérémonies vaines et superstitieuses, et vuus laire adorer et révérer quelques idoles de leurs fausses Divinités, ne ririezvous pas de leurs sotises, et ne diriez-vous pas que CCS gens-là seiuicnt des l'ois oL des insensés, de venir de si loin, el avec tant de peine et de fatigue, pour vous dire de telles sotises? Vous auriez véritablement raison de le dire: car ce seroit véritablement une folie à eux de venir de si loin, pour se faire moquer d'eux et de leurs prétendus mistéres, et ce seroit pareillement une folie à vous de penser, que vous fussiez obligé de les croire, sur ce qu'ils pom oient vous dire des préleuduès merveilles de leur Dieu et de leur prétendue sainte religion; el je crois aussi, que vous ne seriez pas si sots de croire devoir y ajouter aucune loi.
Mais reconnoissez donc aussi, «|ue c'est une erreur à vous de croire, que vous soîei obligés d'ajouter foi à tout ce que vos prêtres vous disent, comme venant de la part de Dieu, et c'est erreur à vous de croire, que tous les peuples de la terre soient obligés de croire vos prêtres, sur ce quHls leur en diroient sous
prétexte, iju'ils leur feroient par-là siittisamment con- • noilre les volontés de Dieu. El si ce seroil une ioiie à des prêtres Mahométans^ ou à des prêtres Chinois 00 Japonoîs^ de venir dans ce pais-ci pour nouspef'suader, qu il faut nécessarreraenl, pour être sauvé, cf oiio à leur grand prophète Mahomet ou à leur législateur Confucius^ et qu'il faut nécessairement observer les préceptes et les cérémonies de leur sainte religion, ce n'est certainemeul pas une moindre ioiie à nos prêtres et à nos missionaires d'aller^ comme il^ font^ao péril de leur vie dans des pais si éloignés, pour persuader à des hommes des choses aussi ridicules et absurdes que celles^ qu'ils leur font dire.
C'est donc^ comme j'ai dit, une véritable illusion de prcLeadre, que les hommes doiveiiL tUrt^ sullisainment instruits des volontés d'un Dieu, du moment que des gens connus ou inconnus leur diront^ que Dieu les leur aura révélées, ou qu'ils auront oui dire, qu'il les auroil révélées à d autres, qui les en auroient instruits. C'estj dis*je^ une véritable illusion que de s'imaginer cela, parceque ce n'est pas connoître les volontés d'un Dieu, que de cruire aveuglement ce q^ue Ton en peut dire. Et comme les hommes, de quelque loi et religion qu'ils soient, ne croient sur ce sujét, que ce que les hommes menteurs et trompeurs leur en disent, et qu ils croient aveuglement ce qu'ils leur disent, il est constant et tout évident, que l'on ne peut pas dire avec vérité* que Dieu fasse, par ce moîenlà, suffisuuiUient connoilre ses volontés aux lioiuities. Et si les uns et les autres se trouvent par leur naissance, par leur éducation ou par quelque motif d'in-
térét particulier^ ou par quelque autre considération biimaine^ plus attachés à une secte ou à une religion qu'à une autre^ ce n'est pas parcequ'ils connoi^sent mieux les vuloiilts de Dieu^ mais parcequ'ils croient aveuglement ce qu'on leur en dit, et ainsi les hommes sont ordinairement Chrétiens ou Mahométans, ou Juils, ou Païens, de cela seulement qu'ils oui étt* nés ou élèves dans le Christianisme^ dans le Mahométisme, dans> le Judaisme ou dans le Paganisme; et quant à .nous autres Chrétiens, nous sommes Catholiques, Caiviuistes ou Lullieriens etc. à même titre, comme le Sr. de Montagne * dit, que nous sommes François, Es[)agnols, Italiens, Allemans*; autre naissance, mire éducation ou circonstances d'honneur ou d'intérêt, on quelques autres rencontres particulières nous auroient mis dans un autre parti, et nous auroient imprimé d'autre sentiment et autre croîance avec pa« reilles promesses de récompense et pareilles menaces de châtiment, par où il est évident qu'il n'y a aucune Divinité, qui fasse suflfoamment connoitre ses volontés aux hommes.
Et non-seuleuient il n'y a aucune Divinité, qui fasse suffisamment connoitre ses volontés aux hommes, mais il n'y en a aucune, qui se fasse suffisamment connoîlre elle-même aux liommes. C'est ce qui se j)iouve évidemment encore, contre tout ce qu'en peuvent dire nos Déicoles et nos Christicoles, qui prétendent que leur Dieu se lait non-seulement suffisamment, mais encore évidemment connoitre par tous les ouvrages
• Pag. 410.
admirables qu'il a créés^ en sorle qu'il ne iaut^ suivant leur dire^ que voir le ciel et la terre pour counottre aussîtdt^ qu'il y a un^ Dieu tout-puissant^ qui les a créés. Les cieux et la terre, disent-ils, publient manifestement la grandeur, la gloire^ la puissance et la bonté infinie de celui qui les a faits, qui n'est autre chose, qu'un Dieu toul-puissant et infiniment parfait. Cœlt, liiseiit-iis, emrrant gloriam Dei et opéra mantittfii qus antiundai firtnamentum*,
nJe ne puis ouvrir les yeux," dit Mr. l'Archevêque de Cambrai •f, ))sans admirer l'art, qui éclate dans ' «toute la nature. Le moindre coup-d'oeil suffît," ditil, »pour apercevoir la main, qui fait toul.^' JMais il est tout visible, que cette raison est entièrement vaine et fausse; car si l'étendue, si la beauté, si la variété et la multitude des choses, et tout ce qu'il y a de plus admirable dans la nature, montroit manifestement l'existence d'un Dieu tQut-[»uissanl et infiniment parfait, personne, coniuie j'ai dit, ne pouroit nier, ni révoquer en doute, Texistence de cet Etre infiniment parfait, parceque tous les hommes, qui voient assez mamiestemenl Tordre, la beauté, la grandeur et l'excellence de tout ce qu'il y a de plus beau et de plus pariait dans la nature, ils seroient incontinent persuadés de la vérité do son existence.
Cependant sans compter le nombre de ceux, qui nient ou qui révoquent en doute l'existence de cet Etre, il y a un très-grand nombre de personnes sages et éclairés, et même parmi nos Déicoles il y a un
* Psftlm 18. (19) 1. t Ëustence de Dieu, P. 1.
très-grand nombro, qui rcconnoissent et avouoiit ingénuemeiU^ que neu de tout ce qu'il y a de plus beau et de plus parfait dans la nature, ne prouve pas manifestement l'existence d'un Dieu infiniment parfait^ et ils ont raison de le reconnoître et de l'avouer, puisque la raison démontre, que tout ce qu'il y a de ' plus beau, de plus parfait et de plus admirable dans la nature, se peut faire par les seules loix naturelles du mouvement, et par la différente configuration des parties^ de la matière diversement rangées, unies et modifiées dans toutes les espèces d^Etre, qui font ce que nous apellons le monde^ comme j'ai dessein de le faire voir plus amplement dans la suite. Bien loin donc de vouloir diminuer en aucune manière la beauté, rexcellence et l'ordre admirable, que Ton remarque dans toutes les choses naturelles du monde, et que nos Déicoles affectent quelquefois d'exalter par de grands et pompeux discours, pour prouver la toutepuissance et la sagesse infinie de leur Dieu, qui les a lait, quoiqu'ils semblent d'autrefois, qu'ils lui fassent injure en regardant tous ces mêmes ouvrages, comme des choses vaines et frivoles, disant, comme ils font, que tout est vanité et que tout n'est que vanité *. Vmitas vanUatum et amnia vanitas. Car certainement ce n'est pas faire honneur à un si bon ouvrier, que de dire, que tout ce qu'il auroit fait, ne seroit que vanité; il n'y a point de bon ouvrier, qui ne se sentît offensé, s'il voîoit mépriser ces ouvrages, et ce seroit lui iaire injure, que d'en parler avec mé-
* EeclÀ. 1: 8 et 13: 8. (10)
pris, et c^est cependant Tinjure, que nos Christicoles ne laissent pns que de faire eux-mêmes, sans y penser^ à leur bon Dieu^ lorsqu'ils disent, comme ils font souYont^ que tout est vanité et que tout n'est que vanité. Je dis ceci seulement en passant pour marquer, que tout ce que disent nos Déicoles ne s'accorde pas toujours avec leurs propres principes et leurs propres sentimens.
Je reviens , donc à mon sujet^ et je dis que bien loin de vouloir diminuer la beauté^ l'excellence et Tordre 8dmirai)le, que Ton remarque dans toutes les choses de la nature^ je vomlrois plutôt rc.Kalter si je pouvais et iaire admirer ces choses^ autant qu elles méritent de rétre, puisque je les admire moi-même |*eut-étre autant, que sauroit faire aucun de nos Déicoles. Je les admire, dis*je, en tant qu elles sont les ouvrages de la nature; mais non en tant quelles soient les ouvrages d'un Dieu tout-puissant. Car sous celte dernière considération je cessiiiois incontinent de les admirer, parceque, toutes admirables qu'elles sont en elies-mémês, je ne les trouverois pas assez parfaites pour être sorties de la main d'un Dieu tout-puissant, infiniment bon et iniiniment sage, vu les défauts et les imperfections et même les vices, qui se trouvent manifestement dans la plupart des choses et les acctdens làclieux, auxquels elles sont sujètes.
Que nos Déicoles exaltent «loue, tant qu'ils voudront.
el qu'ils amplifleot» tant quMI leor-plaira, la beauté,
Texcelience, l'ordre el l'artifice, qui se trouvent dans toutes les choses visibles de ce inonde, j'y consens^ mais il faut aussi qu'ils reconnoissent et qu'ils avouent d'un autr<: cùté^ qu'elles sont bien fragiles et bien déicclueuses, et que toutes ceile^^ qui ont vie, sont sujèles à bien des misères et à bien des soufGrances. Or je dis, que tout ce qu'il y a 9e plus beau et de plus admirable dans la nature, ne démontre pas tant Texistence d'un Dieu tout-puissant et infiniment bon, comme le moindre mal démontre qu'il n'y en a point; et la rnisun cvidente de cela esl^ comme j'ai déjà dit, parccque (ont ce qu'il y a de plus beau et de plus admirable dans la nature, se peut faire par les ioix et par les forces de la nature même, et que d'ailleurs il n'est pas croïable, qu'il y auroit aucun vice, ni aucun défaut dans aucune créature, ni qu'elle soufl'ri-* roil aucun mal, si elle sortoit, comme disent nos Déi<coles, de la inaiu toute-puissante cruii Dieu iuiinjincnt bon et iniiniment sage. Ainsi la mort, les maladies, les infirmités, les langueurs, et à plus forte raison encore les vices et les méchancetés, et généralement tout ce qu il y a de capable de rendre aucune créature vicieuse, défectueuse ou malheureuse, démontrent, qu'il n*y a point de Divinité capable d'empêcher tous ces maux, el fjuand il n'y auroit même que le mal, que Ton soufire des mouches, des araignées ou des vers de terre, que l'on écrase, cela sulSroit pour démontrer, qu'elles ne sont point les ouvrages d'un Dieu tout-puissant, infiniment bon et iuliuimenl sage; car si elles étoient ses ouvrages, il veilleroit indubitable-
ment à leur conservation et les préserveroit indubitablement de tout mal. Penseroit'on qo^l voudroit
prendre [)laisir a iormer ces viles petites bêtes, pour les voir souffrir et pour les faire écraser sous les piés? Cela seroît indifpie de la toute-puissance et de la bonté inlinie d'un Dioii, qui pouroil les préserver de tout mat, et qui pouroit leur procurer tous les biens convenables à leur nature. On a vû autrefois un Empereur Romain, c'est Domitîen, qui, entr'autres vices qu'il avoit, faisoit gloire de celui-ci^ qui étoit de se divertir à exercer^ et à montrer son adresse à percer des mouches avec un poinçon. On a eu bien raison de blAmer cet omperour do s'occuper à un si vain et si ridicule plaisir que ceux-là^ et on auroit raison de regarder cela comme un signe de la méchanceté et de la cruauté de son àme. Oseroit-on diro ou penser seulement^ qu'un senii)lablo plaisir seroit convenable à la souveraine Majesté, à la souveraine Toute-Puissance et à la souveraine Bonté d'un Dieu, et qu'il auroit voulu faire et foraier des mouches, des araignées et des vers de terre, pour les voir souffrir et pour les faire écraser aux piésp Point du tout, cela répugneroit entièrement à i;i souveraine perfection d'un Dieu, qui pouroit iaciieu)ciU rendre toutes ses créatures heureuses et parfaites, chacune selon leur nature et leur espèce. Il ne faut pas croire, qu'il en auroit voulu laire aucune pour les rendre malheureuses, et il n'y en auroit effectivement aucune, qui serait malfaite ou malheureuse dans son espèce, si un Dieu lout-puissan(^ inliiument bon et intiiiiment sage, s'éloil voulu mêler de les faire.
Oigitized by
C'est ce que je pourois con6nner par cette maxime
du grnnd Mirmadolm S. Augustin, qui dit expressément^ que sous un Dieu juste et tout-puissant nulle créature ne peut être misérable, si elle ne Ta mérité; c'est même aussi le soutien de toute ITiglise Romaine, qui dit^ dans une de ses oraisotis publiques pour le peaple^ que mlla ei nœdfU adversitas, si nuUa ci dominetur iniquitas, à la Messe du prémier vendredi de Carême. J'ajouterai à cela que, sons un Dieu juste et tout-puissant^ aucune créature ne mériteroit jamais d*être malheureuse^ parce que la même bonté, la nnéme sagesse et la même toute-puissance d'un Dieu, qui les auroit formées et entières et parfaites, chacune suivant leur espèce^, auroit pourvû aussi à lés conserver toujours dans le même état de perfection^ *et â empéclier qu'elles ne méritassent jamais d'être malheureuses; et si^ dans la suposition d'un Dieu inGniment bon et infiniment sage, nulle créature ne seroit malheureuse si elle ne l'a voit mérité, on peut certainement et absolument dire, que, sous un Dieu juste et tout-puissant, nulle créature ne seroit malheureuse, parce que nulle créature, dans cette snposition, ne feroit jamais rien qui la fit mériter d'être maliieureuse, d'autant que le même Dieu qui auroit pourvû à Tentiére et parfaite formation de toutes créatures, pour voiroit aussi et auroit poui vù à leur entière et parfaite conservation. De sorte que si un Dieu tout-puissant, inBniment bon et infiniment parfait, avoit jamais créé les hommes, comme disent nos Ghristicoles, dans un état de perfection quant-au corps et quaat-à i'ame, et s'il les avoit créé, comme ils disent, dans un état d'in-
nocencè et de sainteté, pour les rendre à tout jamais bienheareox sur la terre ou dans le ciel^ il ne les
auroit jamais abandonné du secours de sa divine providence et du secours de sa divine protection, et n'auroit j imais permis qu'ils tombassent dans aucun vice, ni dans aucun péché, parce qu'un Dieu toutpuissant, infiniuieol bon et intiniment sage n'abandonneroit jamais ceux qu'il auroit si parfaitement aimé et si particulièrement favorisé de ses grâces et de son amitié, c^est ce que disent nos Chnsticoics eux-mêmes dans une de leurs oraisons publiques: numquam suâ guhemaiione destituU quos in soMUatê suas Jiketio^ nis instituit. Orat. Don». 8^» post Pcni. Et par conséquent les hommes, ni aucunes créatures, n auroient jamais été malheureuses sous la conduite et direction d'un Dieu tout-puissant, infiniment bon et infiniment sage.
C'est ce que je pourois encore confirmer par le témoignage même des prétendues Ecritures saintes de
nos Christicoles, qui marquent expressément que leur Dieu fera une nouvelle alliance avec les hommes, avec les bétes des champs, avec les oiseaux du ciel et avec les reptiles de la terre, c'est-à-dire avec toutes les créatures vivantes, par laquelle prétendue alliance il promet de mettre fin à tous leurs. ma ux/ et à toutes leurs peines, leur promettant aussi de les faire vivre toutes dans un doux icpos et dans une douce félicité *. Percutiam enim cum eis foedus in die tUa eum be$iia agri et cum voluere coeli et cum rq^tiU
• Osé S: 18.
terrae^ et arcum et gladittm et belhm canieram de
krrâ ci dormire eos faciam fiducîalitcr. C'est pour cela qu'il est marqué dans ces mémos livres^ que Dieu étera toute iniquité de son peuple et qu'il en?oiera la justice pour régner éternellement sur la terre % que nulle crénturo ne nuira à une autre, que les enfans se joueront avec les bétes féroces^ que les loups et les agneaux^ les lions et les boeufs^ les serpens cl les oisons vivront paisiblement ensemble et qu'ils prendront paisiblement leurs pâturages, les uns avec les autres; et marquent les susdits livres, f qu'il n'y aura plus d'iniquité, mais que tous les hommes seront sauvrs et justes. Il est même lUiiKjuù dans les susdits prétendus saints livres que les bétcs sauvages glorifieront le Seigneur et lui rendront tous hommages § glorificabit me Bestia agriy Dracones et Siructiones, Et conformément à cela, il est marqué dans un autre endroit de ces mêmes livres, que Dieu demeurera pour lors visiblement avec les hommes, qu'il essuiera pour lors toutes les larmes de leurs yeux et qu'il n'y aura plus de mort, plus de gémissemens, plus de pleurs, ni de.douleurs aucunes, parce que tous ces maux-là seront passés et que Dieu fera toutes choses nouvelles, tant pour sa gloire que pour le bien de ses créatures **. '
Suivant donc tous ces témoignages il est clair et visible, que suus 1 aulonlé et sous la puissance d'un Dieu tout-puissant et infiniment bon et juste il ne
♦ Dan. 9: 24. f Isaïc 11: 6 et 65: 26.
§ Isaïe 43: 20. Apoo. 21: 3, 4.
devroit y avoir aucun mal au monde^ et que nulle créature ne devroit y être malheureuse^ ni vicieuse^ ni défectueuse en aucune manière, parce qu'elles vieiidroient toutes de la main toute-puissante d'un Dieu souverainement parfait, qui les auroit faites et qui n'auroit jamais voulu rien faire de mal, ni de défectueux. Mais ce qu'il y a de parliculicr à remarquer sur les témoignages des prétenduès Ecritures de nos Christicoles, que je viens de citer, est, que dès-là-même qu'ils marquent que Dieu fera toutes cboses nouvelles et qu'il les mettra toutes dans un meilleur état quelles ne sont, en leur étant tout ce qu'elles ont maintenant de vicieux ou de défectueux, et en banissnnt même la mort, les douleurs et tout ce qui seroit capable de nuire à ses créatures, on de leur faire aucun mal, c'est reconnoitre qu'elles auroienl dù avoir été mieux faites ou mieux réglées, et qu elles n'ont pas été assez bien faites, ni assez bien réglées: car si elles eussent été d'abord assez bien faites et assez bien réglées, elles n'auroient certainomenl point eu de besoin de celte belle prétendue réformaiion^ dont les susdits prophètes parlent, et dont nos Christicoles se flattent bien vainement, parce qu'un Dieu tout-puissant, infiniment bon et infiniment sage, les auroit mises d'abord dans toutes les perfections et dans tout le bon ordre qu'elles auroient dû avoir. Car il ' ne faut point penser qu'un être infiniment parfait puisse être plus sage, plus adroit ou plus avisé en un tems qu'en un autre, ni qu'il seroit pour mieux ftire les choses à une se** conde fois qua la première.
Eu mèuie tems que Ion reconnoit, que les choses
visibles de ce nioiiile oui besoin d'une meilleure réformalion^ qu elles sont vicieuses et délectueuses^ que c'est uu malheur pour celles qui sont Ti?antes, d'être, comme elles sont^ sous la nécessité de mourir et de souiirir les douleurs^ les m^^ladies et toutes les autres misères de la vie, et que l'on se flatte^ quoique vainement, qu'elles seront quelques jours dans un état plus heureux et plus partait, où elles seroiit exemtes de tous vices, de tous défauts et de toutes imperlectiens, et où elles seront exemtes de toutes douleurs et de toutes alllictions, il faut nécessairement reconnoitre aussi^ qu'elles n'ont pas été d'abord faites par la main toute-puissante d'un Dieu infiniment parfait, qui n^auroit pas manqué de les mettre d'abord dans Tétat de perfection qui leur étoit convenable, et qui n'auroit pas manqué non plus de les y conserver toujours après les y avoir mises.
Et comme ou n'a jamais vû et qu'on ne voit pas encore maintenant, quaucune Uivuiité se mette en devoir d*accomplîr une si belle promesse, que celle de faire une si désirable et si avantageuse ré formation, ou réparation^ dans les choses visibles de ce monde, quoiqu'il y ait déjà plusieurs milliers d'années que cette belle prétendue promesse a été faite et qu'elle auroît dû avoir son accoiiiplissement^ c'est encore une preuve manifeste, quelle ne vient point de la part d'aucune Divinité, comme le prétendent nos Ghristicoles; mais qu'elle vient seulement de îa [lart de quelques imposteurs, qui, pour abuser les hommes^ se mêlent témérairement et insolemment de contrefaire la voix et les promesses d^un Dieu tout-puissant, ou
de la part de quelques insensés visionalies ou fanatiques, qui prennent leurs imaginations, ieur^ songes et leurs rè?eries pour des ré?élalioos divines, d'où je tire cette conséquence, qui est qu'il n'y auroit cer* tainement aucune vice, ni aucun défaut dans les choses visible3 de ce monde, et que celles qui ont vie ne soufiriroient jamais aucun mal, ni aucune douleur, si elles avoienl été fiiites et ordonnées par la toiile-()uissante main d^un Dieu souverainement parfait. Comme donc on ?oit manifestement que les choses visibles de ce monde sont viciences ou défectueuses, et que celles qui ont vie sont dans une malheureuse nécessité de mourir et de souHrir plusieurs maladies, plusieurs douleurs et plusieurs misères, et qu'il faut enOn qu'elles soulTrent la mort avec doulcur, c'est une preuve manifeste, qu elles u oiU pas été faites ainsi par la main toute-puissante d'un Dieu souverainement parfait, et partant j'ai eu raison de tlire, que tout ce qu'il y a de plus beau et de plus admirable dans les choses visibles de ce monde, ne démontre pas tant l'existence d'un Dieu tout-puissant, comme le moindre mal déliionlre qu'il n'y en a point. Car enfin on sait, que le hazard peut quelquefois faire quelque chose de bien et de parfait; on sait qu'il peut quelquefois faire quelque chose de beau et de bon; mais un Dieu toutpuissant et infiniment pariuit ne soullru a jamais aucun mal, ni aucun défaut.
Nos Ghristicoles tâchent de se parer de la force de cet argument, en disant que ce n'est point dans ce monde, ni maintenant, que Dieu veut accomplir les promesses avantageuses qu'il a fait, touchant la répa-
ruLioli générale de ses créatures, mais que ce sera^ ^ulenicnt à la fin des siècles et dans ie ciel qu'il accomplira heareusement toutes ses di?ioes promesses, et à Tégard de ceux qui l'aui ont fidèlement servi dans cette vie. Mais outre gixa cette interprétation est manifestemenl contraire au véritable sens des susdites Ecritures, qui marquent clairement et expressément que ces promesses doivent s'accomplir dans ce mondeci-méme, et dans un tems qui ne devoit pas même tarder longtems à venir^ comme il est facile de le voir par la lecture des livres qui en parlent, je dis que c'est se moquer^ de vouloir remettre ainsi Taccomplissement des promesses d'un Dieu dans une vie qui n'est qu'imaginaire, dans un tems qui ne viendra jamais et dans un endroit où il n'y a personne qui puisse aller pour en aprendre^ ni pour en raporter, des nouvelles, c'est une erreur et une illusion ridicule de vouloir remettre dans un tel tems, ou dans une telle vie l'accomplissement des promesses expresses d'un Dieu, suposant qu'elles soient véritablement d^un Dieu* Qui est le menteur, qui est Timposteur, ou le moqueur qui n'en poura pas dire autant en sa faveur? Qui est rimposteur ou le moqueur qui ne pouroit pas faire de telles promesses? 11 n'; en a certainement point qui n'en pouroit dire et qui n'en pouroit promettre autaut; et cela suflit pour faire maniieâlement voir la vanité . des dites promesses, l'ineptie de ceux qui y donnent une si vaine interprétation et la sotise de ceux qui y mettent si vainement leur espérance. Tout cela montre évidemment quil n'y a aucune Divinité^ et que tout ce que Ton en dit^ n'est que menapDge,
illusion et imposture. Bien loin donc de dire, que Inexistence invisible de Dieu se fasse manifestement • connoitre par les choses visibles de ce monde-ci, comme les Déicoles le prétendent^ il faut au contraire piutol diie^ que ces mcnjjBs choses visibles foiU ma* nifestement voir qu'il n'est point, puisqu'elles ne pouroient être si vicieuses et défectueuses et si mal ordonnées qu'elles sont, si elles étoienl véritablement les ouvrages d'un Dieu tout*puissaut et inliuîiueni bon.
C'est ce qui se confirme encore tout clairement par le défaut général de providence, qu'on voit manifestement dans toutes les choses qui dépendent de la fortune: car il est manifeste que ce n'est point une in* telligence parfaite qui les conduit et qui les gouverne, parce que nous voions tous les jours qu'elles v mt et viennent partout sans aucune aparence de raison, sans règle, sans distinction de bien ou de mal et siuis aucun discernement de méiiL(\ m de justice et d'équité naturelle. Oui nous le voious tous les jours, personne ne le saurait nier, et on ne sauroit même nier, que cela ne soit un trés-grand sujét de scandale aux bouiiues, qui prennent tous les jours dc«là occasion d'en être plus vicieux et plus méchans, témoin ce qui est écrit, dans le3 prétendus saints livres de nos Cliristicoles^ qm ikhis in;ii (juent expressément cette vérité. Tout avieul indillcreumieul à tous, dit i Au- • teur d'un de ces prétendus saints livres, même accident^ dit-il, arrive au juste et au méchant, au bon et au vicieux, à celui, qui olTre des sacrifices, comme à celui, qui méprise d'en ofirir* Comme est le bon, dit-il, ainsi est le pécheur, celui qui jure, comme
celui qui craint de jurer, et C'est une cliose liùsiâclieuse, continue-t*-il, que ces mêmes accidens ar-
- rivent à tous; car c'est, dit*il, ce qui fait que le cœur des boulines est plein de malices et de méchancetés. Je me suis tourné ailleurs, liit-il encore, et j'ai vu sous le ciel, que le prix de la course n'est point pour ceux, qui courent le mieux, ni la victoire pour ceux, qui courent les plus forts, ni les richesses [ioui ceux, qui sont les plus sages, ni la grâce et Tbonneur pour ceux, qui sont les plus sa vans; mais que le tems et le hacard disposent de tout *. Si c^étoit on être intelligent el souverainement parfait, qui voulut se mêler de conduire ou de gouverner les choses naturelles et humaines, il ne les laisseroit pas aller ainsi au hazard, cûnime elles vont; mais il les rèiofleroit avec justice et sagesse. Puis donc qu'il ne paroil aucune justice et sagesse, ni aucune justice dans la conduite
. de ces sortes d'événemens, et qu^ils ne se font tous que par hazard, c'est une preuve certaine et évidente, que ces sortes de choses ne sont point conduites par une intelligence souverainement parfaite.
Mais on dnn jK uUétre, que tous ces eflets-là, iiitaie que Ton attribue au hazard et que Ion croit venir seulement par hazard^ ne sont véritablement que des efiets de la divine Providence, qui conduit le hasard même, et qui fait IomiIk r le sort comme il lui plait. Mais c'est sans fondement, que l'on diroit telle chose. Car 1^. puisque le hazard ne suit point de règle, et* qu'il va toujours aveuglément son train, sans discer-
* Eocia 9: S. 11.