LXXXIX
HUITIÈME PE£UV£.
Premièrement pour ce qui est de la prétendue spi-
ritualité de l ànie, si elle étoit spirituelle, comme nos Christicoles reuteiideat^ elle n'auroit ni corps, ni parties> ni forme, ni ligure, ni étendue aucune et par conséquent ne seroit rien de réel, ni de substantiel. Or Tàme est quelque chose de réel et de substantiel, puisqu'elle anime le corps, et qu'elle lui donne la force et le mouvement^ qu'il a: car on ne dira pas ' i^ue ce mhI un rien ou un néanl^ qui anime le corps et qui lui donne âa ioree et son mouvement^ donc Tâme est quelque chose de réel et de substantiel, et par conséquent il faut nécessairement qu'elle soit corps et matière^ et qu'elle ait de l'étendue, puisque rien de réel et de substantiel ne peut être sans corps et sans étendue. La preuve évidente de cela est qu'il e^L iiii[>ossiljle ,se former aucune idée d'un Etre, qui seroit sans corps ou sans matière et sans étendue aucune. Penses et repensez tant que vous voudrez à ce que pouroit être un Etre prétendu, qui n'auroit ni corps, ni matière, ni étendue aucune; vous ne vous formerez jamais une idée claire et distincte de ce qu'il pouroit être; et il ne faut pas s'étonner de cela, car commenL puuroil-on se former une idée claire et distincte d'un être, que Ton voudroit dépouiller de la nature même de l'être et de toutes les propriétés de l'être. C'est comme si on vouloit se former une idée claire et distincte d un être, qui ne seroit pas être; m. 18
c'est pis que de fouloir se former Tidée d'une cbi* mère, car èn6n on peut se former une idée claire et
di^ilnicte d uire chimère, c'est-à-diro d'un monstre à cent têtes ou à cent bras^ par exemple^ ou de leilo autre chimère, que Ton voudra s'imaginer, mais on ne sauroit, quand même on le voudroit, se former aucune idée claire et distincte de ce que seroil un être, qui ne seroit point être et qui n'auroit point la nature de TEtre. Cela se contredit et se détroit nianiresleaient soi-même. Or lu nature de l Elre est d*étre corps et étendue, par conséquent ce qui n'est ni corps, ni étendue, n'est nullement étre« L'antiquité Ta toujours pensé et cru ainsi, si bien que la plupart dos iincieris Philosophes * et Théologiens n'îivoienl pas d'autre croïance, que ceiie-là. C'est pourquoi aussi ils croîoient non-seulement que les ftmes étoient cor*
' porelles et matérielles, mais ils croîoient aussi que les Auges et que Dieu lui*uiéme n'étoit pas sans corps,
* ni sans forme corporelle, tant ils étoient persuadés, qu'il n'y avoit point d^étre sans corps et sans étendue.
Ils ne s'ctoienl pas encore avisés de cette belle et subtile distinction, que nos nouveaux l^hitosoplies ont imaginé être entre le corps et l'esprit, ils ne s*étdient point encore avisés, comme eux, de prendre garde. Si une pensée de Tâme pou voit être étendue ou non, si un désir de Tâme pouvoit être rond ou quarré, ou triangulaire ou de queiqu autre figure, ni sr on pouvoit couper en doux ou en quatre quelque counoissance, ou quelque sentiment de Tàme. Et parceque
• JuiUu. martir, Theodorct, Origenc, Ixictunce, S. Uilaire. S. Am- Jbroise, S. iiusiic, b. Aug., S. Beruorii etc.
ces subtiles philosophes ont clairement reconnu qu^une
pensée de Tàme n'est pas un corps élendu, qu'un désir de l'âi»e u est pus une chose ronde^ ni quarrée^ ni triangulaire, ni d'aucune autre Ggure, et que Ton ne peut nullement couper ni fendre en deux ou en quatre aucune connoissance, ni uucun sentiment de râmoy ils ont cru trouver une différence essentielle entre le corps et l'esprit, et se sont imaginés que c*éloient réellement et subslanliellemenl deux êtres de diûérente nature, que le propre de i'un étoit d'être étendu en longueur, en largeur et en profondeur, et' que le propre de l'autre éloit seulement de penser et de sentir.
Yoici comme ils parlent sur ses sujéts. Nous n'a- YonS; dit Tauteur de la Recherche de la vérité % que deux sortes d'idées, idée d'esprit et idée de corps; et ne (le Vil ni dire (pie ce ipie nous concevons, nous ne devons raisonner que suivant ces deux idées. Ainsi^ puisque Tidée que nous avons de tous les corps, nous l'ait connoîlie, dil-il, qu'ils ne se peuvent remuer, il faut conclure, dit-il, que ce sont ie^ esprits, qui les remuent, il est évident, ajoute-t -il, que tous les corps^ grands et petits, n'ont pas la force de se remuer...»
• Tom. ». fnfc. m.