‹ Le testament de l'illustre Brizacier, publié en son entier pour la première fois. Préf. de M. Ernest d'Hervilly. Notice et documents de M. Robert de La Villehervé. CorrigésChapitre 3 sur 8 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

A Charles MON8ELET

Pourquoi ai-je choisi « parmi tant de iléros », l'illustre Brizacier, cet Achille d'un nouveau roman comique, entrevu par la poétique fantaisie de Gérard de Nerval î Il est inutile de te le dire. Tu connais deouis longtemps ma sympathie et mon amour pour ces personnages aventureux, moitié réels , moitié chimériques. Je les ai suivis toujours sur .les grands chemins, Jes épiant, tâchant de raemêîèr â eux. $Ue ",ai pu- approcher ces-' doux héros, je me suis transporté dans les pays où la; fantaisie des portes les fait passer. Au Mans, j'ai évoqué la blanche apparition deMlIe de l'Etoile ;.j'ai suivi pieusement l'itinéraire du baron de Sigognac, de Mont-de- Marsa*n à Paris; je suis' resté en extase devant une grange abandonnée où ies comédiens d'autrefois avaient peut-être joué le Venceslas , de Rotrou , ou la farce du Médecin Volant*

' « J'étais noble et puissant, n'est-ce pas, sous de casque doré aux crins de pourpre , sous la cuirasse étincelante, etr drapé d'un manteau d'azur !» Oh ! pauvre Brizacier ! Ce rnanteau "d'azur et cette cuirasse étinoelante , tu ne les a poçtés que dans tes rêves. Tu as joué V Honneur et V Argent , tu as joué les Noces de Mer-

luchet, et voilà tout. Quelquefois, lorsque tu arrivais l| premier à la répétition du matin , seul , entre les portants où frissonnait l'horreur de la toile peinte, tu t'i-

maginais la salle obscure soudainement illuminée, et; dans les loges, les amusants gentilshommes campagnards aux habits chamarrés. Alors tu étais pour un instant, le Don Lope àù/eint Astrologue , ou le jeune Andronic, j^ jusqu'au moment où le brutal éclat de rire de tes camarades ,vesait te rappeler à la réalité de la Valse de Gisellc et de la Robe et les BottesJ

Ce comédien dont l'histoire n'a pas été écrite, je l'aime entre tous-; c'est pourquoi je lui ai emprunté son nom pour le mettre à la première page de ce livre. Quant t, t à la forme de ce poème , j'ai trouvé tout préparé l'admi- &/ rabîe moule de Villon et m'en suis servie Je ne sais pourquoi on a laissé oublier ce rhythme sonore et musical.Ces huitains où la même rime revenant quatre fois carillonne si bien à l'oreille, et ces ballades aux tours si charmants. Un pareil cadre est on ne peut mieux propre à contenir les chimères éparpillées , s'échappant à . § droite ©^ à gauche. La précision de la forme est indis- ^y pensable dans un recueil forcément diffus , qui est tout ce qu'on veut, un po£me ou une suite de songes dont on se souvient et que l'on cherche àiîxer.

Accepte ce petit livre , mon bon Charles. Sa sincérité te séduira, et quant au reste, je sais'que tu trouves encore du plaisir en l'agencement d'une strophe, et que les * y poètes obscurs sont tes amis. /

Albert Giatigny. '

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