TESTAMENT DE L'ILLUSTRE BR1ZAC1ER
poème wa^s*-
(Suite.)
Comme ceci peut advenir Que demain , la paupière close, Tout roide on me fasse tenir Dans le cercukl froid et morose , Je me recueille et me dispose Mon testament qu'on ouvrira Le beau jour où ce quelque chose Que j'appelle ^îoi pourrira.
Pensons tout d'abord à mon âme.
Pourquoi? je m'inquiète peu De connaître qui la réclame Lorsque j'aurai fini le jeu De respirer sous le ciel bleu.
Que le diable d'enfer m'emporte, -.
Je n'y crois guère plus qu'en Dieu, S'il existe ou non, peu m'importe!
in. /
Revivrai-je* - je i\crois p^s : lj
Lorsque vous êtes mort, tous l'êtes. /
Je doute qu'après mon îrépas
Avec mes voisins. les squelettes ,
Je fasse encore des .emplettes
De papier blanc et de journaux,
Cependant que les violettes
Prendront racine dans mes os.
Donc, je désire qu'on m'enterre Sans prêtres chantant du latin , Sans cloches et sans psaume austère Se lamentant sur mon destin , Mais que Von m'enterre un matin De soleil, pour que nul n'essuie, v ,
Suivant mon cortège incertain , ^j
De vent , de bourrasque ou de pluie i
Car n'ayant 'jamais fait de mal A quiconque ici , je désire Quand mon cadavre sépulcral Aura la pâleur de la cire, Ne pas, en m'en allant, occire
Des suites d'un rhume fâcheux
Quelque pauvre dévoué.sire
Qui suivra mon corps de faucheux'
Il faut bien qu'un ami me reste t
Quand je serai je ne sais où/ fjj
Faisant mon éternelle sieste , '
Pour dire : j'ai conrfU ce fou Dont la cervelle avait un trou , Lucarne à tous lesrvents ouverte/" // Et qui n'eut jamais plus le sou '
Qu'un oiseau dans la foret verte.
Qui mènera le deuil ? Margot, ; L'amante des jeunes années, Experte à marier l'argot Avec les phrases surannées Par feu Dorât enrubannées , Ou Léontine, ou Rosita?
Laquelle de ces haquenées Que jadis mon désir monta?
Ah peut-être déjà sont-elles Dans le cimetière où je vais , Ces amoureuses de dentelles Aux genoux de qui je rêvais, Ces compagnes des jours mauvais, Insoucieuses et charmantes , Légères comme les duvets Pour qui les brises sont tourmentes !
Peut-être elles m'ont précédé Dans le sommeil lourd et sans trêve Où l'on est sûr d'être gardé A jamais de tout mauvais rêve !
Peùt-êlre leur chanson s'achève En quelque hoquet douloureux, Leurs beaux yeux aux éclairs de glaive Sont déjà deux trous noirs et creux !
Je vieillis, — la chose est certaine, J'entends tinter, lugubre glas!
Les coups pesants de la trentaine.
Comme en hiver sur le verglas Je glisse sur la pente, hélas î De l'abîme béant et sombre, Et vais bientôt, sans être las, M'étendre sur le lit de l'ombre.
Dans mes veines s'éteint le feu Joyeux de l'ardente jeunesse, Adieu soleil ! gaîtés adieu !
A quoi servent rase et finesse î Il faut que je le reconnaisse ; De l'âge, j'ai subi l'affront; Pelé comme une vieille ânesse, Vers le sol je courbe le front !
Il est passé le temps dos jeûnes « Que nous supportons si gaîment. '^ I Alors que lestes, frais et jeunes «La vie est un enchantement.
L'estomac devient alarmant, 11 gH*jt, il grogne, il nous tiraille, Il est-vainqueur présentementj Bafoué jadis il nous raille i
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J'évoque les jours envolés, Jours de clair soleil et d'orage Où tous contrastes sont mêlés :
Heur, malheur, bon port et naufrage.
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Oh ! les beaux châteaux que ta rage De la tempête a mis à bas!
Le cœur fault et se décourage Au penser de tant de Tcombats.
Enfant, j'aimai la libre vie
De ceux-là qui s'en vont joyeux
Après la cbimèro suivie
Sous la tente vaste des cieux.
l'aimais ces diux insoucieux
Qui, devant les palais de toile»
Récitent des vers précieux:
Frnefese, fatfin «t V&bitB. ew à&toâj'nsal
Et comme le bon Re§otùL t****"**6*! Appelant l'espoir à mon aide»
J'écoutai la voix du lutin Invisible qui nous obsède.
Les drames de la Galprcnede Tourbillonnaient dans mon cerwauV »/ Etroit comme ta corde raidef . /
le suivis le chemin nouveau ^ j
0 oôcon venue éclatante !
Q r^ves ! quoi ! c'était cela
Cette vision miroitante De fard, de blanc, de falbala, D'acteurs en habits de gala ?
Aujourd'hui, contristé. malade.
Au tréteau qui m'ensorcela, Je viens léguer cette ballade :