‹ Le Testament de la comtesseChapitre 5 sur 8 · I.fi TESTAMENT · texte numérisé non relu

I.fi TESTAMENT

ii son hôtel, lui dit Maurepas; qu’il Ile puisse parler à son neveu ni à son domestique.

— Ils doivent êlré arrêtés maintenant, monseigneur.

— Très-bien. Qu’on fouille leurs coffres, leurs chambres, etc. Il me faut absolument les papiers dont je vous ai parlé. Il n’a pas l’air fort rusé. Laissez entrer toutes les personhesqui viendront pour leur parler, mais arrètez-les à leur sortie. Tâchez de surprendre leur conversation; vous savez de quoi il s’agit ; faites pour le mieux. ’

L’homme noir s’inclina et sortit à reculons.

— Vertudieu ! murmura le ministre en regardant sa montre, ce singe habillé en homme me payera cher son obstination. Allons, encore deux heures de perdues. Oh! si le duc de Varnage ne me rendait pas tant de services... Enfin puisque me voilà tranquille pour quelques minutes, profitons-en pour travailler.

Et le ministre secrétaire d'Élat de la marine, de la cour, etc., se remit à composer la

chanson contre son ennemie , la duchesse do Ghàleauroux.

L’hôtellerie du Cheval Ma ne était située, comme nous lavons dit, place du Châtelet. La cour et les communs ouvraient sur une rue adjacente.

Aussitôt après le départ du chevalier, Kaoul se mita la fenêtre. Son ami'avait oublié de le lui défendre, et la curiosité du jeune homme l’emporta sur la prudence.

Depuis sa rencontre delà nuit dernière, Kaoul ne cessait de rêver à la jolie grisolle. Le mystère qui entourait la jeune femme que, malgré son peu d’expérience, il était disposé à piendre pour une grande dame, ne faisait que redoubler la curiosité et le tendre intérêt de notre héros,

Tandis que, pensif, il regardait la foule d’un air distrait, il lit tout à coup un geste de surprise.

Un carrosse traversa la rue. Deux femmes l’occupaient. 11 ne put voir que celle qui était de son côté et qui venait de sc pencher à la portière pour regarder je ne sais quoi.

— C’est elle! s’écria-t-il; c’est mon inconnue du bal de Paphos. ,

Avec la vivacité inconsidérée de son âge et deson caractère, Raoul sauta bravement dans la rue au risque de se casser le cou, et se mit à courir après la voiture.

Un moment stupéfait de cette sortie imprévue du jeune homme qu’on l’avait chargé de surveiller, celui des agents de M. de Mau repas qui était en faction de ce côté de la maison, se précipita sur les traces du jeune homme qui était déjà fort loin.

Quoique les chevaux du carrosse fussent lancés au grand trot, Raoul, qui avait les jambes d’un cerf et le cœur d’un amoureux, par-

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vint à le rejoindre et ne le perdit pas de vue.

Au bout d’une demi-heure environ d’une course qui aurait mis sur les* dents tout autre que l’agile et robuste jeune homme, le carrosse s’arrêta devant la cour d’un hôtel. La porte s’ouvrit, la voilure entra, et les lourds battants de chêne se refermèrent aussitôt derrière elle.

— Diable! diable! se dit Raoul, que faire maintenant?

11 examina la maison avec attention.

En avant s’étendait une vaste cour dont les grands murs, presque aussi élevés que le bâtiment, n’en laissaient apercevoir que le toit.

Impossible d’approcher de ce côté.

— Faisons le tour, se dit-il.

11 s’aperçut bientôt que ces maudites murailles entouraient la maison de trois côtés. Du quatrième, celui qui se trouvait opposé au grand portail de la cour, les murs se prolongeaient durant une trentaine de toises en conservant la . même hauteur. A partir de ce point commençait un parc, ou un vaste jardin, enclos de murs de

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deux à trois toises de haut et eu assez mauvais état.

Après avoir fait une seconde fois le tour complet de la maison, Raoul se mit à étudier la clôture. Il s’aperçut bientôt qu’à certain endroit du jardin' les branches d’un grand tilleul passaient par-dessus lepclit mur. Raoul prit son élan et parvinlà saisir une des branches. Un instant après, il était à califourchon sur le mur, caché par les branches protectrices du bienheureux tilleul.

De là, il descendit dans le jardin et se cacha dans un massif d’arbustes touffus d’où il étudia le terrain. Il s’était dit que la jeune femme viendrait probablement faire un tour au jardin, et avec l'entêtement d’un vrai Breton qu’il était, ij s’était juré de l’attendre.

11 eut le temps de mettre sa patience à l’épreuve, car ce ne fut qu’à la tombée de la nuit . qu’il entendit enfin un bruit de voix.

Il y avait deux personnes : un homme et une femme.

L’homme, qui pouvait avoir une quarantaine

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d’années, mais dont la ligure fatiguée annonçait davantage, était inconnu à Raoul. Quant à la femme, il n’eut besoin que d’un coup d’œil pour la reconnaître. C’était la grisette du bal de Paphos.

Elle causait d'un ton animé avec son interlocuteur, qui n’était autre que le comte Richard de Malleroy, son beau-père.

Tous deux parlaient de l’entrevue d’Adèle de Malleroy avec le secrétaire d’Élat. Malheureusement pour Raoul, devant lequel ils repassaient à chaque tour d’allée, il ne put entendre leurs paroles.

— Alors, dit le comte, vous croyez, Adèle, que M. de Maurepas est réellement disposé à vous servir?

— Certainement.

— C’est l’homme le plus aimable, mais scs promesses ne valent pas beaucoup, dit-on.

— Je le sais; aussi je ne compte que sur l'intérêt qu’il a à ménager mon honoré père, le duc de Varnage.

— Vous avez raison ! Pendant que vous aviez Son Excellence sous la main, que ne l’avez-vous priée de trouver quelque moyen de nous debarrasser de notre maudit cousin de Novère ?

— Ce serait difficile et imprudent. Il est un des favoris delà duchesse de Chàteauroux, qui le soutiendrait certainement, ne fùt-ce que pour contrarier M. de Maurepas.

— C’est encore vrai, répondit le comte. Mais il faut espérer que l’empire de cette maudite femme ne sera pas éternel.

En parlant ainsi, il fixa sur sa belle-fille un regard dont celle-ci comprit parfaitement la signification.

Elle sourit à demi. Ces deux êtres, aussi vicieux l’un que l’autre dans un genre différent, s’entendaient à merveille.

— En tous cas, reprit Adèle, quoi que nous puissions obtenir contre Novère, cela arriverait toujours trop tard, puisque c’est ce soir que tout doit être décidé.... Pour mon compte, je vous avoue que c’est ce maudit homme que je redoute

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le plus.- J’ai la conviction qu'il nous prépare quelque embarras.

— Je le crains aussi, mais que faire ?

— Traiter avec lui.

— Il est trop exigeant.

— Que veut-il donc ?

— Toujours la même chose : deux cent mille livres et la main de ma nièce, Marie de O.anisy.

— Quand il s’agit de plusieurs millions....

— Passe encore pour les deux cent mille francs, parce que plus tard on verrait à lui faire rendre gorge ; mais jamais ma sœur Camille ne consentira à lui accorder la main de sa fille.

— N’èles-vous pas le tuteur de Marie et son maître absolu, par conséquent, puisque le baron est toujours fou.

— Maître, oui ; absolu, non. Puis, croyez-moi, Adèle, il serait dangereux de pousser Camille à bout. Son mariage avec Canisyaété conclu à peu près de la même façon, et je crois qu’elle ne

souffrirait pas qu’on donnât sa fille à un homme comme Novère.

— Il est né, de haute mine, et bien en cour, n’est-ce pas quelque chose ?

— Camille connaît aussi bien que nous quelle est sa réputation par ailleurs.

— Si pourtant ce qu’il nous a fait entendre se trouvait vrai.

— Alors nous aviserions.... mais j'espère encore que sa menace n’est qu’un prétexte pour nous effrayer et nous extorquer de l’argent.

— Je croirais volontiers comme vous, monsieur le comte; mais cependant, au milieu de celte fourberie même, je crains qu’il n’y ait quelque chose de vrai. Songez donc quel terrible coup ce serait pour vous !

— Et pour vous, ma chère. Savez-vous que si cet enfant maudit se retrouvait et si l’on produisait une copie de l’acte de mariage de ma femme Suzanne avec Thierry de Monlenay , votre mari Albert ne serait plus qu’un bâtard et perdrait tous ses droits à la succession de sa mère?

— En vérité, dit-elle, vous me parlez de cela avec un sang-froid inouï, et sans paraître songer que j’ai le droit devons haïr mortellement pour m’avoir indignement trompée en me faisant épouser votre fils.

— J'ai .jugé votre caractère , vqlre cœur.

Belle, spirituelle et ambitieuse, vous étiez bien la bru qu’il me fallait. Une fois le mariage accompli, j’ai pensé que ce que j’avaisde mieux à faire c’était de vous avouer franchement la situation.

— Oui, mais cet élan de franchise ne vous est venu que lorsque vous avez eu besoin de moi pour parler à M. de Maurepas.

— Ne nous querellons pas sur tous ces détails, reprit le comte avec un calme imperturbable. Il n’y a pas à revenir sur le passé et nous sommes, vous et moi, trop intelligents pour songer à autre chose qu’«à tirer le meilleur parti possible du présent.

— Chut! interrompit Adèle. Voici Albert.

— 11 a l’air bien soucieux.

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