‹ Le Testament de la comtesseChapitre 7 sur 8 · SOI · texte numérisé non relu

SOI

— Oui.

— Thierry de Montenay et son (ils Raoul sont invités à se présenter devant l’assemblée de famille réunie en cette salle, afin de faire reconnaître leurs titres et droits à l’héritage de madame la comtesse Bérengère de Malleroy, répéta encore la voix solennelle du notaire.

— Thierry de Montenay est mort, dit Novère enselevanttoutàcoup, mais voici son fils Raoul.

En même temps il prenait par la main le jeune homme dont nous avons parlé et l’amenait devant le notaire.

C’était un assez beau garçon, dont la figure annonçait une médiocre intelligence, et dont les traits, un peu communs, offraient ces traces de fatigue particulière aux gens qui ont été lancés trop jeunes dans une vie de débauche, de veilles et d’orgies.

Quoique velu avec autant de richesse que d’élégance, il manquait complètement de ce grand air si remarquable chez le pupille du chevalier de Kervarec.

LL TESTAMENT

Son regard indécis et embarrassé se portait de droite et de gauche pour revenir à chaque instant consulter celui de M. de Novère. On voyait que ce jeune homme était sous la domination absolue de ce dernier.

De même que Novère un instant auparavant, madame de Canisy fit un mouvement pour se lever, afin sans doute de protester contre le nom que prenait le protégé du comte de Novcre; mais une réflexion qui lui vint la décida à se rasseoir.

Pressentant quelque complot ourdi contre le vrai Raoul, elle pensa qu’il valait mieux laisser ses adversaires démasquer leur jeu.

— Quelles preuves apportez-vous à l’appui de celte affirmation, monsieur le comte? demanda maître Miriaud, qui connaissait trop bien le comte pour se fier à lui.

— Ma parole d'abord.... reprit le comte.

Le notaire s’inclina d’un air respectueux, mais il sembla attendre la suite.

— Puis, reprit Novère, les papiers, que voici,

trouvés sur le jeune homme alors qu’il fut enlevé tout enfant de ehez la femme à qui son père l’avait confié.

Ainsi qu’on l’a sans doute deviné, ces papiers n’étaient autres que ceux qui étaient contenus dans le petit sachet que Thierry avait attaché au cou de son lils en le remettant à la femme Cauchois. On se rappelle comment , par suite d’un caprice d’enfant, le sachet s’était trouvé une nuit passé au cou d’Antoine Cauchois, le lils de la nourrice.

Cette erreur avait causé l’enlèvement d’Antoine.

Plus rusé que ses complices, Novère avait trouvé moyen de confisquer le sachet à son profit. La lecture des papiers qu’il contenait, jointe à ce que Novère savait déjà, avait mis le comte à peu près au courant de la situation des Malleroy. Afin d’exploiter plus facilement scs cousins (de notre temps on aurait dit : Afin de faire chanter ses cousins), il s’était opposé à ce qu’on tuât celui qu'il croyait cire Kaoul de

Montenay , el l’avait fait élever en province.

Initié aux secrets de Richard et connaissant, sinon tous ses crimes, du moins une partie, il le menaçait toujours de Raoul comme d’un épouvantail pour l’avenir, et rançonnait ainsi impitoyablement son cousin depuis plusieurs années.

La caisse du comte de Mallerov était la source de l’or que Novère dépensait si fastueusement, au grand étonnement des gens qui connaissaient sa véritable situation.

Bien des circonstances, qu’il serait trop long de rapporter ici, avaient inspiré des doutes à M. de Malleroy sur l’identité du jeune homme que M. de Novère, désabusé lui-même, n’avait eu garde de montrer avant le moment décisif.

L’arrivée du vrai Raoul à l'hôtel du Cheval Blanc , les allées et venues de Gilbert, la lettre de la baronne de Canisy, et, enlin, les papiers de Raoul qu’ Adèle s’élàit empressée de montrer à son beau-frère , tout cela avait prouvé ù

■ M. de Malleroy que Novère lui tendait un piège.

Aussi aurait-il énergiquement refusé de reconnaitre le protégé de Novère pour Thierry, si le codicille du testament de la comtesse Bérengère n’était venu l’obliger de choisir entre le vrai Uaoul et celui de M. de Novère.

Les papiers que ce dernier remit au notaire se composaient de : 1° la moitié de la lettre de la comtesse Bérengère. à Thierry, lettre dont, on se le rappelle , Thierry avait conservé l’autre moitié que Kervarec avait reçue de lui et remise à Raoul; 2- la moitié des actes constatant la naissance de Thierry; 3" enfin, une lettre de Thierry, la plus importante de toutes dans le débat actuel , car M. de Montenav y disait qu’il l’écrivait pour qu’clle restât toujours en la possession de son fils, et qu’elle servit plus tard à celui-ci pour prouver son identité.

Questionné par M. de Murielle, M. de Novère répondit que, durant son séjour dans l’Inde, il avait un jour aperçu un enfant qui se débattait

au milieu des eaux rapides du Gange, où venaient de le jeter deux Indous qui avaient aussitôt pris la fuite. Il avait volé au secours de cet enfant qu’il avait eu le bonheur de sauver.

Redoutant pour lui la haine des ennemis qui avaient poursuivi son père, il l’avait fait élever secrètement en province sans lui révéler son véritable nom.

Tout cela paraissait être assez plausible. La possession du sachet et des papiers qu’il contenait formait d’ailleurs, en faveur 'du protégé de Novère, une preuve très-forte dans là circonstance actuelle, où l’on ne pouvait espérer d’en obtenir de plus convaincantes.

11 restait encore à savoir ce qu’étaient devenues les autres moitiés de lettres; mais leur absence n’était pas une raison suffisante pour repousser le protégé de M. de Novère.

M. Miriaud qui, avec lvs deux magistrats, jouait là dedans le rôle principal, commençait à croire qu’il serait obligé de reconnaître Pidentiié du jeune homme, qu’une sorte de pressentiment

I)E LA COMTESSE

lui faisait pourtant examiner avec défiance.

Son regard indécis et anxieux rencontra celui de madame de Canisv.

« Quelle est votre opinion, madame la baronne ? demanda-t-il.

— Ce jeune homme n’est pas le fils de Thierry de Montenav, répondit la baronne en se levant et d’une voix ferme.

— Ma sœur, interrompit Richard d’un ton hypocrite, à quoi bon lutter contre l’évidence? Ma mère s’est toujours montrée injuste envers moi ; mais je ne m’en vengerai que par mon empressement à me soumettre à ses désirs. Les papiers produits par ce jeune homme me semblent une preuve suffisante de son identité, et, pour ma part, je consens à le reconnaître pour Raoul de Montenav.

— Raoul de Montenay existe, reprit madame de Canisy sans regarder son frère. Il est ici à Paris ; mais, je le répète, ce n’est pas ce jeune homme.

— Madame la baronne aurait-elle la bonté de

nous (lire sur quoi elle appuie sa conviction ? demanda M. de Murîelle.

— J’ai vu le jeune homme dont je vous parle, et sa ressemblance avec son père est tellement frappante, qu’il est impossible d’hésiter un instant à le reconnaître. Il a avec lui, m’a r t-il dit, un ami de son père, celui qui avait assisté à la mort de Thierry de Montenay et reçu ses dernières instructions.

— Qu’est devenu ce jeune homme? où Pavezvous vu ? demanda Novère.

— Je l’ai vu il y a une heure.

— Et vous ne l’avez pas retenu ?

— J’ai été obligée de le laisser seul un instant, et, quand je suis revenue, il avait disparu. La chose me parait d’autant plus inexplicable, qu’il était prévenu de fa réunion de ce soir, et qu’il devait s’y rendre pour faire reconnaître ses droits.

— N’avez-vous aucun indice, aucun soupçon relativement à l’absence de ce jeune homme?

demanda M. Barnaud.

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