‹ Le testament de M. ChauvelinChapitre 3 sur 9 · LB L£V£R DU SOI · texte numérisé non relu

LB L£V£R DU SOI

Le roi, abandonné à lui-même, ne chercha point à interrompre Tobstiné docteur, dont le sommeil, réglé comme une horloge, dura autant qu'il l'avait annoncé.

Six heures et demie étaient sonnées. Comme le valet de chambre allait entrer, Lamartinière se leva et passa dans un cabinet voisin, tandis que Ton enlevait son lit.

Là, il écrivit une ordonnance pour les médecins du petit service, et disparut.

Le roi donna ordre que l'on fit entrer son service d'abord, puis les grandes entrées.

Il salua silencieusement, puis donna les jambes aux valets de chambre, qui lui passèrent ses bas, attachèrent ses jarretières, et le revêtirent de sa robe de toilette.

Ensuite il s'agenouilla devant son prie-dieu, soupirant plusieurs fois au milieu du silence général.

Chacun s'était agenouillé comme le roi et priait comme lui avec force distractions.

Le roi se retournait de temps en temps vers la balustrade où se pressaient d'ordinaire les plus familiers et les plus chéris de ses courtisans.

— Que cherche donc le roi? se demandèrent tout bas le duc de Richelieu et le duc d'Ayen.

— Ce n'est pas nous, car il nous trouverait, dit le duc d'Ayen ; mais tenez, le roi se lève I

En effet, Louis XV avait achevé sa prière, ou plutôt avait été si distrait qu'il ne l'avait pas dite.

— Je ne vois pas monsieur le maître de la garde-robe, dit Louis XV en regardant autour de lui.

— Monsieur de Ghauvelin ? demanda le duc de Richelieu.

— OuL

— Mais, sire, il est ici.

— Où donc?

— Là, fit le duc en se retournant.

Puis soudain, tout surpris:

— Ah I ah! fit-il.

-^ Quoi donc? demanda le roi.

— Monsieur de Ghauvelin prie encore I

En effet, le marquis de Ghauvelin, cet agréable païen, ce joyeux compagnon des petits sacrilèges royaux, ce spirituel ennemi des dieux en général et de Dieu en parliculier, le marquis était resté agenouillé, non-seulement contre son habitude, mais encore contre l'étiquette, alors même que le roi avait fini sa prière.

— Eh bien! marquis, demanda le roi en souriant, est-ce que vous dormez?

Le marquis se leva lentement, fit un signe de croix, et salua Louis XV avec un profond respect.

Chacun était habitué à riie quand monsieur do Chauve-

Un voulait rire; on crat qu^l ptaisantail et on en rit d'habitude, le roi comme les autres.

Mais presque aussitôt reprenant 90n sérieux :

— Allons! allons, marquis, dit Louis XV, vous savez que je n'aime pas qu'on plaisante avec les choses sacrées. Cependant, comme vous voulez m*égayer un peu, à ce que je présume, soyez pardonné en ftiveur de Tintentionl; je vous préviens seulement que vous avez fort à faire, iyouta-i<-il avec un soupir, car je suis triste comme la matU

— Vous triste, sireî demanda le duc d'Ayen, et quelle chose peut donc attrister Votre Majesté?

— Ma santé, duc! ma santé qui s'en va! le fais coucher Lamartinière dans ma chambre pour qu'il me rassure ; mais cet enragé-là prend au contraire à tâche de me faire peur. Heureusement qu'ici l'on semble disposé à rire. N'est-ce pas, GhauvelinT

Mais les provocations du roi demeurèrent sans résultat. Le marquis de Chauvelin lui-même, dont la physionomie fine et railleuse reflétait si volontiers l'enjouement du maître ; le marquis, si parfait courtisan que jamais il n^était resté en arrière d'un désir du foi ; le marquis, cette fois, au lieu de répondre à ce besoin exprimé par Louis XV, d'une distraction même légère, resta moine, sévère, et tout à fait absorbé dans une gravité inexplicable.

Quelques-uns, tant cette tristesse était hors des habitudes de monsieur de Chauvelin, quelques-uns, disons-nous, crurent que le marquis continuait la plaisanterie et que celte gravité aboutirait à un resplendissant artifice d'hilarité ; mais le roi, ce matin4è, n'avait pas la patience d'at-

tendre ; il commença donc à battre en brèche la tristesse de son favoris

— Mais que diable ave»-vons donc, Chauvelin î demanda Louis XV ; est-ce que vous continuez mon rêve de cette nuit? Est-ce que vous voulez aussi vous faire enterrer, vousT

— Oh I... Votre M«^jesté aurait songé de ces vilaines choses? demanda Richelieu.

» Oui, un cauchemar, duc. Mais, en vérité, ce que je supporte en dormant, j'aimerais assez à ne pas le retrouver éveillé. Eh bien I voyons, Chauvelin, qu'avez-vousî

Le marquis s'inclina sans répondre.

— Parlez, qiais parlez donc, je le veux I s'écria le roi.

— Sire, répondit le marquis, je réfléchis.

— A quoi ? demanda Louis XV étonné.

— A Dieu ! sire.

— ADieuT

— Oui, sire. Dieu... c'est le commencement de la sa-

Ce préambuble si froid et si monacal fit tressaillir le roi, qui, attachant sur le marquis un regard plus attentif, découvrit dans ses traits fatigués, vieillis, la cause probable de cette tristesse inaccoutumée.

— Le commencement de la sagesse? dit-il. Ahl vraiment, je ne m*étonne plus si ce commencement n'a jamais de suite ; il est trop ennuyeux. Hais vous ne réfléchissez pas à Dieu tout seul. A quoi réfléchissez-vous encore?

— A ma femme et à mes enfans, que je n'ai pas vus depuis longtemps, sire.

— Tiens, c'est vrai, Chauvelin, vous êtes marié7 vous

avez des enfans, je Pavais oublié ; et vous aussi, >ce me semble, car depuis quinze ans que nous nous voyons tous les jours, c'est la première fois que vous m'en parlez. Eh bien ! s'il vous prend une rage de pot au feu, faites-les venir, je ne m'y oppose pas, votre logement au château est assez grand ce me semble.

— Sire, répondit le marquis, madame de Chauvelin vit fort retirée du monde, dans une haute dévotion, et...

— Et elle se scandaliserait, n'est-ce pas, du train de Versailles? Je C/Omprends. C'est comme ma fille Louise, que je ne peux pas tirer de Saint-Denis. Alors je n'y vois pas de remède, mon cher marquis.

— Je demande pardon au roi ; il y en a un.

— Lequel?

— Mon quartier va finir ce soir ; si le roi me permettait d'aller à Grosbois passer quelques jours avec ma famille...

— Vous plaisantez, marquis : me quitter 1

— Je reviendrai, sire ; mais je ne voudrais pas mourir sans avoir pris quelques dispositions testamentaires.

— Mourir! la peistede l'homme! Mourir! comme il vous dit cela I Quel âge avez-vous donc, marquis?

— Sire, dix ans de moins que Votre Majesté, bien que je paraisse avoir dix ans de plus.

Le roi tourna le dos à cet humoriste ; et s'adressant au duc de Goigny, placé tout auprès de son estrade :

— Ah ! vous voilà, monsieur le duc, dit-il; vous arrivez à merveille ; on parlait l'autre soir de vous à souper. Est-il vrai que vous ayez donné l'hospitalité, dans mon,château de Clioisy, à ce pauvre Gentil-Bernard? Ce serait une bonne

action dont je vous louerais. Cependant, si tous les gouverneurs de mes châteaux faisaient de njylme et recueillaient les poëtes devenus fous, il ne me resterait plus d'autre ressource, à moi, que d'aller habiter Bicêtre. Comment va-t-il, ce malheureux?

— Toujours assez mal, sire.

— Et comment donc cela lui est-il venut

— Sire, pour s'être un peu trop amusé autrefois, et surtout pour avoir tout récemment voulu faire le jeune homme.

— Oui, oui, je comprends. Dame! il est bien vieux.

— J'en demande pardon au roi, sire, mais il n'a qu'un an de plus que Sa Majesté.

— En vérité, cela est insoutenable, dit le roi en tournant le dos au duc de Coigny; non-seulement ils sont tristes aujourd'hui comme des catafalques, mais encore ils sont bêtes comme des oies.

Le duc d'Ayen, un des hommes les plus spirituels de cette époque si spirituelle, comprit la mauvaise humeur croissante du roi, il en craignit les éclaboussures, et, déterminé à la faire cesser le plus tôt possible, il ût deux pas en avant pour se mettre en évidence. Il portait sur sa veste, sur ses jarretières et autour de son habit des broderiesr d'or, larges et brillantes, qui ne pouvaient manquer d'attirer les yeux. Le monarque le vit en effet.

— Par ma foi 1 duc d'Ayen, s'écria-t-il, vous voilà resplendissant comme un soleil. Avez-vous donc volé un Cochet Je croyais tous les brodeurs de Paris ruinés depuis le mariage du comte de Provence, où aucun courtisan ne les a payés, et où messieurs les princes n'ont pas jugé à

propos de venir, faute d'argent, ou de crédit, sans doute, -^ Aussi le sont-ils bien, ruinés, sire.

— Qui donc, fes princes, les brodeurs ou lee oourtisanst

— Mais tous un peu, je crois ; pourtant les brodeun sont plus habiles, ils s'en tireront,

— Comment?

— Par la nouvelle invention que void ; et il montrait ses broderies.

— Je ne comprends pas.

— Oui, sire! ces habits brodés aiusi $e nomment à la chancelière,

— Je comprends encore moins.

— 11 y aurait bien un moyen de faire comprendre cette énigme à Sa Majesté ; ce serait de citer les vers que ces badauds de Parisiens ont faits, mais je n'ose pas.

— Vous n'osez pas, vous, duc, dit le roi en souriant.

— Ma foi I non, sire, j'attends l'ordre du roi*

— Je vous le donne.

— Le roi se rappellera au moins que je ne fais qu*obéiri Voici donc les vers :

On fait certains galons de nouvelle matière;

Mais ils ne sont que pour jours de galas.

On les nomme à la diancelièie.

Pourquoi ? Cest qu'ils sont faux ei ne rougissent pas*

Les courtisans se regardèrent, étonnés de tant d'audace, et tous se retournèrent en même temps vers Louis XY, aiin de modeler leurs physionomies sur la sienne. Le chancelier Maupeou, alors dans toute sa faveur, soutenu par la favorite, était un trop haut personnage pour qu'on osflt se

permettre d'écouter les épigrammes qui se succédaient sans cesse contre lui. Le monarqlie sourit, dès lors toutes les lèvres touHrent. il ne répondit rien, personne ne dit mot.

Louis XV arail une singulière disposition, il craignait horriblemehl la mort, il ne voulait pas qu'on lui parlât de la sienne. Mais, à tout propos, il se faisait une espèce de joie de se moquer du faible qu'ont presque tous les homfties de cacher leur âge, leur vieillesse, ou leurs infirmités. 11 disait volontiers h un courtisan :

— Vous êtes vieux, vous avez mauvaise mine, vous inôunfez bientôt.

Il y mettait de la philosophie, et, ce jour-là même oîi deux fois il avait Ireçu des atteintes cruelles, il s'exposa à en recevoir une troisième.

Pour reprendre la conversation rompue avec le duc d'Ayen, il lui dit assez brusquement :

— Comment va le chevalier de Noailles T est-il vrai qu'il sott malade î

— Sire, nous avons eu le malheur de le perdre hier.

— Ah I je le lui avais bien annoncé.

Puis, envisageant le cercle des courtisans, augmenté des petites enlréeis, il aperçut l'abbé de Broglio, homme hargneux et brusque. Il l'apostropha en ces termes :

— A votre tour, l'abbé. Vous aviez juste deux jours de moins que lui.

— Sire, répliqua monsieur de Broglio tout blanc de colère, Voire Majesté a été hier à la chasse. Il est venu un orage. Le roi a été mouillé comme les autres.

Et, se faisant faire place, il sortit furieux.

Le roi lo regarda aller d'un œil assez triste et ajouta :

— Voilà comme il est, cet abbé de Broglio, il se fâche toujours.

Puis, avisant à la porte son médecin Bonnard, et avec lui Bordeu, protégé de madame Du Barrj et aspirant à le remplacer, il les appela tous les deux.

— Venez, messieurs; on ne parle que de mort id, ce matin, c'est votre affaire. Lequel de vous nous trouvera la fontaine de Jouvence? Ce serait là une belle merveille, et je lui garantis sa fortune assurée. Serait-ce vous, Bordeu ? Vous, Esculape auprès de Vénus, je comprends, vous n'avez pas encore songé à ces raccommodages.

— Je demande pardon au roi, j'ai, au contraire, un système qui doit nous ramener à ce bon temps de l'histoire.

— De la fable, interrompit Bonnard avec une mine pincée.

— Vous croyez, poursuivit le roi, vous croyez, mon pauvre Bonnard ? Le fait est que, sous votre direction, ma jeunesse n'est plus qu'une fable bien amère, et celui qui me rajeunirait maintenant serait d'emblée historiographe de France; car il aurait tracé les plus belles pages de mon règne. Faites cela, Bordeu, une cure digne d'arriver à une grande célébrité. En attendant, tâtez le pouls à monsieur de Ghauvelin, que voilà tout pâle et tout triste. Donnezmoi votre avis sur cette santé, très précieuse à nos plaisirs... et à mon cœur, ajouta-t-il très vite.

Ghauvelin sourit amèrement en présentant son bras au docteur.

— Auquel de vous deut, messieurs? demanda*t-il«

— A tous les deux, répliqua Louis XV en riant, mais pas à Lamartinière; il serait homme à vous prédire une apoplexie comme à moi.

— Soit, à vous, monsieur Bonnard : le passé avant Ta^ venir. Quel est votre avis ?

— Monsieur le marquis est fort malade; il y a plénitude, engorgement des fibres du cerveau : il ferait bien de se faire saigner, et cela très promptement.

— Et vous, monsieur Bordeu ?

— J'adresse mes excuses à mon savant confrère ; mais je ne puis être du même avis que son expérience. Monsieur le marquis a le pouls nerveux. Si je parlais à une jolie femme, je dirais qu'elle a des vapeurs. Il lui faut de la gatté, du repos, point de tourmens, point d'affaires, une satisfaction complète ; enfin tout ce qu'il trouve près de l'auguste monarque dont il a l'honneur d'être l'ami. Je prescris la continuation du même régime.

— Que voilà deux consultations admirables, et que monsieur de Chauvelin doit être éclairé, après cela ! Mon pauvre marquis, si vous venez à mourir, Bordeu est un homme déshonoré.

•— Non pas, sire, les vapeurs tuent quand on ne les soigne pas.

— Sire, si je meurs, répondit monsieur de Chauvelin, je demande à Dieu que ce soit à vos pieds.

— Garde-t'en bien, tu me ferais une peur effroyable. Mais n*est41 pas l'heure de la messe? Il me semble que voici monsieur l'évêque de Senez et monsieur le curé de Saint-Louis, notre paroisse. Cette fois on va donc un peu me contenter. Bonjour, monsieur le curé, comment vont

«a LE TESTAMENT DE M. DE CHAUVELIN.

VOS ouailles? Y a-t-il beaucoup de malades, de pauvres?

— Hélas 1 sire, il y en a beaucoup.

— Mais les aumônes ne sont-elles pas abondantes? Le pain est-il renchéri? Le nombre des malheureux est-il augmenté?

-«- Àh I oui» sire*

^ Gomment cela se faiHl ? D'où viennent-ils ?

— Sire, c'est qu'il y a jusqu'au! vaiets de pied de votre maison qui me deiçandeAt la charités

— le le crois bien, on ne les paie pas. Entendez-vous, monsieur de Richelieu? Etnepeut-K)n mettre ordre à cela? Que diable i vous êtes premier gentilhomme de la chambre en année.

— Sire, les valets de pied ne sont pas de mon ressort ; cela regarde le service de l'intendance générale.

— Et l'intendance les renverra à un autre. Pauvres gens! dit le roi, ému pour un Instant; mais enfm je ne puis pas tout faire. Nous suivez-vous à la messe, monsieur l'évoque? ajouta-t-il en se tournant vers l'abbé de Beauvais, évêque de Senez, qui prêchait le carême devant la cour.

— Je suis aux ordres de Sa Majesté, répondit l'évéque en s'inclinant; mais j'ai entendu ici des paroles bien graves. On parle de la mort*, et personne n'y songe; personne ne songe qu'elle arrive à son heure, lorsqu'on ne l'attend pas; qu'elle nous surprend au milieu des plaisirs, qu'elle frappe les grands et les petits de sa faulx inexorable. Per* sonne ne songe qu'il vient un âge ob le repentir et la pénitence sont autant une nécessité qu'un devoir, où les feux

de la concupiscence doivent s'éteindre deyant la grande pensée du salut.

— Richelieu, interrompit I9 roi en souriant, il me semble que monsieur l'évoque jette bien des pierres dans votre jardin.

— Oui, sire, et il les y jette n fortement qu'il en rejaillit jusque dans le parc de Versailles.

» Ah I bien répondu, monsieur le duc; vous êtes totg'ours à la riposte, vous, comme à vingt ans. Monsieur l'évêque, ce discours commence bien, nous le reprendrons dimanche dans la chapelle; je vous promets de l'écouter* Ghauvelin, pour vous égayer, nous vous dispensons de nous suivre. Allez m'attendre chez la comtesse, ajouta-t-il tout bas. Elle a reçu son fameux miroir d'or» le chef-d'œuvre de Rotiers. U faut voir cela.

— Sire, je préfère me rendre à Grosbois.

— Encore 1 vous radotez, mon cher ; allez chez la comtesse, elle vous désensorcellera. Messieurs, à la messe I à la messe I Voilà une journée qui conunence bien mal. Ce que c'est que de vieUlirl

Oà « LE TESTAMENT DE M. DE CHAUVELIN.

Lfi MIROIR DE MADAMB DU BARRT.

Le marquis, pour obéir au roi, et malgré la répugnance qu'il éprouvait à obéir, se rendit chez la favorite.

La favorite était dans une joie extrême; elle dansait Cbmme un enfant, et dès qu'on lui annonça monsieur le marquis de Chauvelin,.elle courut à lui, et sans lui donner le temps de dire un seul mot :

— Ohl mon cher marquis, mon cher marquis, s'écria-telle, vous arrivez à merveille I je suis aujourd'hui la plus heureuse personne du monde! j'ai eu le plus charmant réveil que Ton puisse avoir! D'abord Rotiers m'a envoyé mon miroir; c'est lui que vous venez voir sans doute, mais il faut attendre le roi. Et puis, comme plusieurs bonheurs viennent toujours ensemble, le fameux carrosse est arrivé, vous savez, le carrosse que me donne monsieur d'Aiguillon. /

— Ah! oui, dit le marquis, le vis-à-vis dont on parle partout ; il vous devait bien cela, madame.

— Ohl je sais bien qu'on en parle, mon Dieu! je sais môme ce que l'on en dit.

— Vraiment, vous savez tout!

— Oui, à peu près ; mais, vous comprenez, je m'en mo-

LE TE^TAMIiNT DE M. DE CIIAUVIXIN. 05

que! Tenez, voici des vers que j*ai trouvés ce matin môme dans les poches du vis-à-vis. Je pouvais faire arrêter le pauvresellier, mais bah I ces choses-là, c'était bon pour madame de Pompadour ; je suis trop contente pour me venger, moi. D'ailleurs, les vers ne sont pas mauvais, ce me semble, et si Ton me traitait toujours ainsi, parole d'honneur 1 je ne me plaindrais pas.

Et elle présenta les vers à monsieur de Ghauvelin* Monsieui de Ghauvelin les prit et les lut :

Pourquoi ce brillant vis-à-vis V Est-ce le char d'une déesse Ou de quelque jeune princesse î S'écriait un badaud surpris.

Non... de la foule curieuse Lui répond un caustique, non, C'est le char de la blanchisseuse De cet infâme d'Aiguillon!

Et l'insouciante courtisane se mit à rire aux éclats. Puis, elle reprit :

— De cet infâme éTÀiguillon^ vous entendez, êa hlanehisteuse. Âh, ma foi! Tautour a raison, et ce n'est pas trop dire; sans moi, en vérité, le pauvre duc, malgré la farine dont il s'est a|}|vert à la bataille de... je ne sais jamais les noms de bmtille, sans moi le pauvre duc restait d'un noir effroyable. Mais bah! qu'importe, comme disait mon prédécesseur, monsieur de Mazarin, Us cantent, th pagheront; et mon vis-à-vis vaut mieux dans un seul de ses panneaux que toutes les épigrammes qu'on a faites

fiù LE TESTAMENT DE M. DE CHADVELIN.

contre moi depuis quatre ans. Je vais vous le montrer. Venez, marquis, suivez-moi.

Et la comtesse, oubliant qu'elle n'était plus Jeanne Vaubernier, et la comtesse, oubliant l'âge du marqua», descendit en chantant les marches d'un escalier dérobé conduisant à une petite cour où se trouvaient ses remises.

— Voyez, dit-elle au marquis tout essoufflé, est-ce assez présentable pour une voiture de blanchisseuse?

Le marquis resta stupéfait. Rien de plus magnifique et de plus élégant tout à la fois n'avait frappé ses regards. Sur les quatre panneaux principaux on voyait les armes des Du Barry avec le fameux cri de guerre : Bouté en avant. Sur chacun des panneaux de côté, on voyait répétée une corbeille garnie d'un lit de roses sur lequel deux colombes se becquetaient tendrement; le tout en vernis Martin dont le secret est perdu maintenant.

Le carrosse coûtait cinquanto^x mille livrei .

— Le roi a-t-il vu ce superbe présent, madame la comtesse? demanda le marquis de Ghauvelin.

— Pas encore, mais je suis sûre d'une chose.

— De quelle chose êtes-voua sûre? voyons,

— Cest qu'il en sera charmé.

— Euh! euhl...

— Comment, euhl euhl

— Oui, j'en doute.

— Vous en doutez ?

— Je gage môme qu'il ne vous permettra point do l'accepter.

— Et pourquoi ?

— Parce que vous ne pourriez pas vous en servir^

LE TESTAMENT DE M. DE CHADVELIN. (Tt

— Bahl vraiment, reprit-elle avec inmie. Ah! vous vous étonnez pour si peu.

— Oui.

— Vous verrez bien autre chose alors, et le miroir d'or, donc, et ceci, <youta-t-elle en tirant un papier de sa poche ; mais, pour ceci, vous ne le verrez pas.

— Comme il vous plaira, madame, répondit le marquis en s*inclinant.

—Pourtant, vous êtes, après ce vieux singe de Richelieu, le plus ancien ami du roi ; vous le connaissez bien; il vous écoute ; vous pourriez m'a ijto^ si vous le vouliez, et alors... Remontons dans mon csMHraoQiarquis.

— A vos ordres, madamlT"

— Vous êtes bien maussade aujourd'hui. Qu'avez-vous donc?

— Je suis triste, madame.

— Ail! tant pis. C'est bête!

Bt madame Du Barry, servant de guide au marquis, reprit d'un pas plus grave cet escalier dérobé qu'elle venait de descendre légère et chantant comme un oiseau.

Elle rentra dans son cabinet, monsieur de Ghauvelin la suivant toujours ; puis elle en ferma la porte, et se retournant vivement vers le marquis, elle lui dit :

— Voyons, m'aimez-vous, Cha^elin?

— Vous ne pouvez pas douter de mon respect et dé mon dévouement, madame.

— Vous me serviriez envers et contre tous?

— Excepté contre le roi.

— Dans tous les cas, si vous n'approuvez pas ce que vous «liiez apprendre, vous resterez neutre.

— Je m'y engage, si vous l'exigez.

— Votre parole.

— Foi de Chauvelin !

— Lisez alors.

Et la comtesse lui remit la pièce la plus singulière, la plus hardie, la plus bouffonne qui jamais ait frappé les yeux d'un gentilhomme. Le marquis n'en comprit point d'abord toute la portée.

C'était une demande adressée au pape pour la cassation de son mariage avec le comte Du Barry, sous prétexte qu'ayant été la maîtresse de son frère, et les canons défendant toute alliance en paôltfi cas, ce mariage se trouvait nul de toute nécessité; eÙé ajoutait que, prévenue, aussitôt la bénédiction nuptiale, du sacrilège qu'elle allait commettre, et dont elle ne s'était pas doutée jusque-là, elle avait été saisie de crainte, et que le mariage n'avait point été consommé.

Le marquis relut deux fois cette supplique, et, la rendant à la favorite, il lui demanda ce qu'elle en comptait faire.

— Mais l'envoyer, apparemment, répondit celle-ci avec son effronterie ordinaire.

— A qui î

— À son adresse.

— Au pape?

— Au pape.

— Après?

— Vous ne devinez pas?

— Non.

— Mon Dieu I que vous avez la tête dure aujourd'hui!

— C'est possible; mais le fait est que je ne devine pas.

— Vous avez donc cru que je favorisais sans but madame de Montesson? Vous avez donc oublié le grand Dauphin et mademoiselle Choin, Louis XÏV et madame de Maintenon ? On crie toute la journée au roi d'imiter son illustre aïeul. On n'aura donc rien à dire. Je vaux bien la veuve Scarron, ce me semble; et je n'ai pas soixante ans par-dessus le marché.

— - Oh ! madame, madame, que viens-je d'entendre! dit ' monsieur de Ghauvelin en pâlissant et en faisant un pas en arrière.

En ce moment» la porte s'ouvrit, et Zamore annonça :

— Le roi.

— Le roi! s'écria madame Du Barry en saisissant la main de monsieur de Ghauvelin; le roi! pas un mot. Nous reprendrons ce sujet une autre fois.

Le roi entra. »

Ses regards se portèrent sur madame Du Barry d'^ord, et cependant ce fut au marquis le premier qu'il adressa la parole.

— Ah ! Ghauvelin, Ghauvelin I s'écria le roi, ftrappé de l'altération des traits du marquis, estrce donc pour tout de bon que vous voulez mourir? En vérité, voiw avez l'air d'un spectre, mon ami.

— Mourir 1 monsieur de Ghauvelin, mourir ! s'écria la folle jeune femme en riant : ahl bien oui, je le lui défends. Vous oubliez donc, sire, l'horoscope qu'on lui a tiré, il y a cinq ans, à la. foire des Loges de Saint-Germain?

— Quel horoscope ? demanda lé roit

- Faut-il le répéter t - Sans doute.

— Vous ne croyez pas aux tioroscopés, j'espère, sire.

— Non, et puis quand j'y croirais, dites toujours.

— Eh bieni on a prédit à n^onsieur de Chauvelin qu'il mourrait deux mois avant Voire M^ijesté.

— Et quel est le sot qui lui a prédit celât demanda le roi avec une certaine inquiétude*

— Mais un sorcier fort habile, le même qui m'a prédit à moi...

— Sottises que tout cela, interrompit le roi, avec un mouvement d'impatience bien marquée ; voyons le miroir.

-^ Alors, sire, il faut passer dans la chambre à côté, •— Passons-y.

— Montrez-nous le chemin, sire; vous le connaissez; c'est celui de la chambre à coucher de votre très humble servaÉEe.

Le roi connaissait effectivement le chemin, et passa le premier.

Le miroir était placé sur la toilette, couvert d'un voile épais qui tiaiaba à l'ordre du roi, et l'on put admirer un véritable chef-d'œuvre digne de Benvenuto Cellini. Ce miroir, dont le cadre était en or massif, était surmonté de deux amours en ronde bosse, soutenant une couronne royale au-dessous de laquelle se trouvait placée naturellement la tôte de la personne qui se regardait dans la glace.

— Âhl voilà qui est magnifique ! s'écria le roi. En vérité, Roliers s'est surpassé. Je lui en ferai mon compii-

ment. Comtesse, c'est moi qui vous donne ceci, bien entendu.

— Vous me donnez toutt

— Sans doute, je vous donne tout.

— Glace et cadre t

— Glace et cadre.

— Même celai ajouta la comtesse avec un sourire de sirène qui fit chanceler le marquis, surtout après ce qu*il venait de lire.

La comtesse montrait la couronne royale.

— Ce joujou ? répondit le roi.

La comtesse fit un petit signe de t^te.

— Oh! vous pouvez vous en amuser tant qu'il vous plaira, comtesse; seulement, jç vous en préviens, c'est lourd. Ah çà mais! Chauvelin, vous ne vous dériderez donc pas, même en présence de madame, et en présence de son miroir, ce qui est une double faveur qu'elle vous accorde, puisque vous la voyez deux foisî

Le madrigal royal fut récompensé par un baiser de la comtesse.

Le marquis ne sourdlla point.

— Que pensez-vous de ce mîioîr, marquîst Dites-nous donc votre avis, voyons.

— Pourquoi faire, sireî demanda le marquis.

— Mais parce que vous êtes homme de bon goût, pardieu I

— J'eusse mieux aimé ne pas le voir.

— Bon ! et à quel propos?

— Parce qu'au moins j'eusse pu en nier l'existence.

— Qu'est-ce à direî

72 LE Tn:STAMENT DE M. DE CHAUVELIN.

— Sire, la couronne royale est mal placée aux mains des amours, répondit le marquis en s'inclinant profondément.

Madame Du Barry devint pourpre décolère.

Le roi, embarrassé, eut Tair de ne pas comprendre.

— Comment donc, au contraire, ces amours sont délicieux, reprit Louis XV ; ils tiennent cette couronne avec une grâce non pareille. Voyez leurs petits bras, comme ils s^arrondissent; ne dirait-on pas qu'ils portent une guirlande de fleurs? .

— C'est là leur véritable emploi, sire; les amours ne sont bons qu'à cela.

•— Les amours sont bons à tout, monsieur de Chauvelin, dit la comtesse; vous n'en doutiez pas autrefois; mais, à votre âge, on ne se rappelle plus ces choses-là.

— Sans doute, et c'est aux jeunes gens de mon espèce qu'il convient de s'en souvenir, dit le roi en riant. Enfin, soit, le miroir ne vous plaît pas?

— Ce n'est pas le miroir^ sire.

— Mais quoi donc alors? serait-ce le charmant visage qui s'y reflète? Diable! vous êtes difficile, marquis.

— Personne ne rend au contraire un hommage plus réel à la beauté de madame.

— Mais, demanda madame Du Barry impatientée, si ce n'est ni le miroir, ni le visage qu'il reflète, qu'est-ce donc alors? dites.

— C'est la place qu'il occupe.

— Ne fait-il pas au contraire à merveille sur cette toilette qui, comme lui, est un cadeau de Sa Majesté?

•" Il serait mieux ailleurs.

LE TESI'AMËNT DE M^ DE GEA^YEUN. 7S

— - Mais où donc celât car enûn vous m'imi^tienlez avec cet air qu'on ne votis a jamais vu.

-— Chez madame la Dauphine, madame?

— Comment !

— Oui, la couronne fieuidelisée ne peut être {K>rtée q«e par œlle qui a été, qui est ou qui sera reine de France,

Les yeux de madame Du fiairj ianeèrent dâs éclairs. Le roi fit une moue terrible.

Puis il se leva en disant :

— Vous avez raison, marquis de Chauvelin^ voire esprit est malade; allez vous-en vous reposer àOrosbois, puisque vous vous trouvez si mal parmi nous; allez, marquis, allez.

Monsieur de Chauv^in fit mi profond salut pour toul» r^nse, sotiii du cabiset à reculons, ainsi quUl eût fait dans les grands appartwnens de Versailles, et, observant strictement l'étiquette qui défend do saluer personne devant le roi, il disparut sans môme avoir regardé la corn-

La comtesse se mordait les ongles de fureur; le roi voulut la calmer.

— Ce pauvre Chauvelin, dit^U il aura eu un songe comme j'en ai eu un. En vérité, tous ces esprits forts succombent au {»remier coup quand l'ange noir les touche de s(m aile. Chauvelin a dix ans de moins que mxÀf et j'ai Picore la prétention de valoir mieux que lui.

— Oh ! oui, sire, vous valez mieux que tout le monda. Vous êtes plus spirituel que vos ministres et plus jeune que vos enfans.

Le roi s'épanouit à ce dernier compliment» qu'il ^flb»^ ûfi mériter, malgré Tavis de Lamartiniève^

n LE TESTAMENT DE M. DE CHAUVBLIH,

tÉ moiNi^ tm McttrteeR, t*tl^tmbkirt.

Le leMefhalh dti Jour dk !é toi Avait p&tmïs ft monsieur êe Chauvelin de se retirer dans àes terre*, ki marquise, femme de ce dernier, se pt-ort^ènait dans le parie de Grosbois avec ses enfans et leur gouverneur.

Sainte et noble ffemttie, onbltée à Pombre de ces grands cbêiies par la corruption qui dévorait depuis cinquante ans la France, madame de Chauvelin avait conservé pour elfe Dieu qui la bénissait, ses enfans qui l'aimaient, ses vass^ qui la vénéraient.

Elle ne rendait à Weli que ses prtères, à »és enftins que leur amour, à son prochain que la charité.

Toujours occupée de œ qui occupait son mari, elle le sâivait de la pensée sut \é théâtre othgetx de la tour, comme la femme du marin suit avec le cœur le pauvre mrtrigateur petdu ^ans leè brumes et dans la fempdte.

Le marquis avait ôîmé tendrement sa femme. Devenu ooùr^sau et préféré, jamais il n'avait engagé, dans cette pawie que gagnent toujours les rws contre les favoris, son dernier enjeu : le bonheur de la vie domestique, pure et deltilère âietmme h laquette il souriait de loin. Ce navigateur dont nous partions tout à VfietA^ regardait cet amour

LE TESTAMENÎ DE M. DE CiHAuVELIN. le

^ la famille comme le naufragé regai^le le phaie. U espé^ rait se réchauffer après la bourrasque au fojcer toujours asdent, toujours joyeux de sa maisQU«

C'était une vertu h moiiâîeur (Siauv^la de savoir jamais faroé la mftrquise à venir habite Versailles.

La pieuse femme eût obéi : elle se fût sacrifiée.

Mais le marquis n'«a avait jasuûs parlé qu'use fois.

Au premier regret qw se peignit dans les yeux de m ÂHnme, il y reBonça* Ce n'était p«s e&BBoaB les méehaBS l'èltoâent disant, que monsieur de CSiauvelin eût peur des semons de sa femme; tout débauché» tout courtisaû ram* pant dev«At ia eimcubiae ou devant le mànarque, trouve assez de bravoure pour dominer sa femme et m<;Hrigéner ses eo^Mis.

Non» monsieur de Ghauvelin avait aband^nmé la mar^ qiuisc à ses saintes spéculatio&s.

— Je gagne assez d'arpens de terrain, disait^l, ea eo^ ter : laissons cette bosne marquise me gagner quelques pouces d'azur dans te ciel»

On ne le voyait plus à Ofosbois ; sa femme lui faisait whb fête chaque année, lorsqu'il arrivait à la Saiai^André.

€'étaît une règle invaiial^ : meosiear de ChauveUn embrassait ses eo£dêB à deux heures, dkiait eo oompagniev montttt en carrosse à six hvwesy etse trouv«^au coucher du roi.

Depuis quatre ans, il n'avait pas fait autre chose. Sn quA* tre ans» il avait quaire fm appuyé ses lèvres sur la main de la marquise. Au pr^ai» de l'an, ses fila veiuM^ftt 1« vmr à Versailles avec leur gouverneur.

Monsieur de ChauveUn se fiait à la femme du aoki d'é»

lever ses cnftins. L'abbé V..., homme jeune et savant, qui n*avait pas encore reçu les ordres^ mais que, par oourtoisie cependant, on nommait l'abbé, secondait avec zèle les efforts de la marquise, et donnait tout son temps conuBoe tmit son cœur à ces jeunes enfans abandonnés par \evff père.

La vie était douce à Grosbois. La marquise partageait son t^nps entre l'administration de sa fortune, confiée à un vieil intendant nommé Bonbonne ; entre les exercices d'uae austère piété, dont un directeur habile, le père Delar, moine camaldule, diiigeait les élans; et l'éducation des deux en* fans qui promettaient de porter dignement un nom illustré par de grands services rendus à l'État.

Quelquefois, une lettre échappée au marquis,à ses heures de dégoût, venait consoler la famille, et raviver dons le cœur de la marquise une tendresse que souvent elle se ro* prêchait de ne pas donner tout entière à Dieu.

Madame de Chduvelin aimait encore son mari, et quand elle avait prié tout le jour, le père Delar, son directeur» lui faisait observer qu'elle n'avait parlé à Dieu que de son époux bien-aimé«

La marquise en était venue à ne plus attendre, k ne plus esp^er son mari sur la terre. Elle se fkttait, bonne et pieuse créature, de mériter assez bien de Dieu pour retrouver monsieur de Ghauvelin dans le séjour des j<»es étemelles.

Le camaldule boudait monsieur Bonbonne, et monsieur 'Bonbonne l'abbé Y..r, alors que les enfans tristes ou mis en pénitence paraissaient regretter leur père, que pourtant Us connmssaient si f>ea«

— Il faut avouer, disait le moine à sa pénitente, que cette vio-Ià damnera monsieur de Ghauvelin.

— Il faut avouer, disait te vieil intendant, que ce train-là ruinera la maison.

— Avouons, disait le précepteur, que ces enfans-là n'auront jamais de gloire, n'ayant pas eu d'émulation.

Et Tangélique marquise souriait à tous trois en répondant au moine, que monsieur de Chauvelin se rachèterait à temps ; à l'intendant, que les économies faites à Grosbois soulageraient les défaillances de la caisse tant saignée à Paris ; à l'instituteur, que les enfans étaient d'un bon sang et que bon sang est incapable de mentir.

Et pendant tout ce temp&-là poussaient à Grosbois les chênes séculaires et les frêles nourrissons, puisant les uns et les autres leur sève et leur vie dans le sein fécond de Dieu.

Un jour malheureux arriva ; ce jour-là, les fleurs du parc, les fruits du jardin, les eaux du bassin et les pierres de réditic© se flétrirent et devinrent amers et sombres. C'était un jour de désordre dans cette famille. L'intendant Bonbonne présenta des comptes effrayans à la marquise, et lui prédit la ruine pour ses enfans, si monsieur de Chau* velin ne se hâtait de remettre ordre à ses affaires.

— Madame, dit-il, après le déjeuner, permettez-moi de vous dire vingt paroles.

«- Faites, mon cher Bonbonne, répliqua la marquise.

— Souvenez-vous, madame, interrompit le père Delari que je vous attends à la chapelle.

— Et j'aurai l'honneur de rappeler à madame la marquise, dit l'abbé Y..., que nous avons fixé un examt^n au-

n LE TESTAMENT D£ M. DE CHAUVELIN.

^urd*huî sur les mathéfiaaUques et la grammaire; sans quoi -ces deux messieurs ne valent plus travailler.

Ces deux messieurs de Ghauvelin commençaient à s'insurger contre le latin et la science, sous prétexte que leur père se moq^ait qu'ils fussent ou non 4es savans,

La marquise comment par pi^dre le bras du moine Deiar*

— Mon père, dit'^lle, je vais commencer par vous ; ma confession sera courte, Dieu merci! La void : l'ai eu» hier, des distractions pendant Toffice divjn,

— A quel propos? ma fille.

— A propos que j'attends une lettre de monsieur de Çl^auvelin, et qu'elle n'est pas v^ue.

-^ Soyez absoute, si c'est là tout, ma fille,

— G'e^t to^t, répondit la m^^rquise avec un sourire de séraphin.

^ Le mwne ae ralîraé

.'^ A vous, môasieur l'id)bé : l'exammi serait long, il se* rait chagrin. Les enfanl» s^ils se plaignent, ne savent pas leurs leçons. S41s ne lea savent pas et que vohs »e le montriez, je serai forcée de les gronder ou de les punir. £pargne2-les« épargnez^rnous, et remettons l'épreuve au jour où elle pourra être satisfaisante pour tous.

Monsieur l'abbé convint que madame la marquise avait raison. Il disparut comme le moine, qu'on voyait déjà s'effacer dans le fend brumeux des arcades verdoyantes,

— A vous, Bonbonne, dit la marquise, il reste vous. Aurai-je aussi bonne composition de votre air renfrogné, de vos soupirs (NTofcMids?

lE TEST4||f:NT DE ^, D]$ QHàUYflLiy, ^

— J'en doute.

— Ah! voyons 1

— Çest wsé, mes comptes soi^t eflrayans de v^ité.

— Effrayez-moi; vousn*avez jamais réussi à faire peur à ma cassette particulière.

*^ Ce moi9H)i, votre cassette aura peuTi madame, plus que la peur ; ^le y mourra*

— Allons donc; avez vous aussi compté avec pioi? reprit la marquise en essayant de plaisanter.

— Sij*ai compté ftV(^ yous? je le crois bien, la bpllQ difficulté l

•— Je n'en ai jamais parlé h personne, ponbqnne.

— Il vaudrait mieux I Mais je n'ai pas besoin d^ cela, moi, pour savoir.

— Savoir quoi t

, — Le chiffre de vos économies.

«^ Je vous en défie 1 s'é(^ia la nmrquise en irougissant.

— S'il en est ainsi, je vais tout 4ri>it ; vous avpz vingtcinq mille cinq cents écus à peu prôS|

— Ohl Bonbonne, interrompit la marquise fâchée, comme si l'intendant eût pénétré sans discrétion un secret douloureuit.

— Madame la maïquise pe me soupçonne pasi, j'espère, d'avoir fouillé dans sa caissa*

<— Alors... coBoone^t?...

— Combien avez-vous par an pour votre maison ? N'estce pas dix mille écust

— Oui.

— Combien dépensez-vous î n'est-ce pas huit milla écus?

go LE TESTitMENT DE H. DE GHAUVEUN.

— Ouû

-r Ne Yoilà-t-ii pas dix ans que vous thésaurisez, puisque voilà dix ans que monsieur de Ghauvelin vit en cour?

— Oui.

— Eh hien ! madame, avec les intérêts capitalisés, voiis avez vingt-cinq mille écus, vous devez les avoir.

— Bonbonne î

— J'ai deviné I.,. or, si vous les avez, vous les donnerez à monsieur de Ghauvelin lors de sa première demande. Et si vous les donnez, il ne restera rien à vos enfans, au cas où monsieur le marquis serait frappé subitement.

— Bonbonne I

— Parlons franc ! Votre bien est engagé ; celui de monsieur de Ghauvelin doit sept cent mille livres.

— Il en possède seize cent mi41e.

— Soit. Mais Texcédant des sept cent mille ne satisfera seulement pas les créanciers.

— Vous m'efRrayez l

— ry tâche.

— Que faire?

— Prier monsieur de Ghauvelin, qui dépense trop, d'aliéner sur le champ, au profit de vos enfans, les neuf cent mille livres qui restent ; le prier de vous les constituer comme douaire, ou vous faire restituer par un testament....

— Un testament? bon Dieu I

— Vous voilà bien avec vos scrupules ! est-ce qu'un homme meurt pour tester î

— Parler de testament à monsieur de Ghauvelin !

— C'est cela ! craiudre de troubler monsieur îe marquis dans sa joie, dans sa digestion, dans sa faveur, par oe vitoiu mot : l'avenir, mot, qui pour les jours heureux sonne toujours comme le mot : mort. Ah I si vous craignez cela, ah bien ! vous ruinerez vos enûins, et vous aurez ménagé les oreilles de monsieur le marquis.

— Bonbonne 1

— Je suis un chiffre qui parle, lisez mes comptM»

— C'est affreux.

— Ce serait plus affï-eux d'attendre ce que je vous annonce. Faites Toffice d'un sage conseiller; montez en carrosse, et courez chez monsieur le marquis.

— A Paris ?

— Non, à Versailles.

— - Moi I dans cette société que voit mon mari ? jamais 1...

— Ecrivez,, alors.

— Lira-t-il seulement ma lettre ? Hélas I quand j'écris pour le féliciter ou pour le souhaiter, il ne lit pas môme ce que j'écris; qu'en sera-t-il ^ je prends la plume de

l'h^Mume d'affuirest

— Qu'un ami fasse la démarche, alors; moi. par exemple.

— Vous?

— Oh 1 voulez-vous dire qu'il ne m*éooutera pas? que si fait, madame, il m'écoutera.

— Vous le rendrez malade. Bonbonne.

— Son médecin le guérira.

7^ Vous le xk)ettrez en col^, et )a colère le tuera«

Jourd'huî sur les mathématiques et la grammaire; sans quoi ces deux messieurs ne veiUeQt plus travailler.

Ces deux messieurs de Ghauvelin commençaient à s'insurger contre le latin et la science, sous prétexte que leur père se moquait qu'ils fusseat ou non 4es savais,

La marquise ccHnmença par pr^dre le bras du moine Ddar.

— «Mon père, dit*^lla, je vais oommeocer par vous ; ma Gonfession sera coiurte, Dieu merci! La vold : J'ai eu» hier, des distractions pendant l'office divîn»

-^ A quel propos? ma fille.

— A propos que j'attends une lettre de monsieur de Chauvelin, et qu'elle n'est p^ v^ue.

-<- Soyez absoute, si c'est là tout, ma fille.

-* C'est tout, répoDftit la maKiuise aveo un sourire de séraphin.

'— Le mwne se rdlîra*

«^ A vm^ nscmsieur l'abbé : l'examen serait long, il se* rait chagrin. Les enfanl» s^iis se plaignent, ne savent pas leurs leçons. S'ils ne \m savent pas et que vous me te montriez, je serai forcée de les gronder ou de les punir. £pargne2-les, épargnez^nous, et remettons l'épreuve au jour où elle pourra être satisfaisante pour tous.

Monsieur l'abbé convint que madame la marquise avait raison. Il disparut comme le moine, qu'on voyait déjà s'effacer dans le fend brumeux des arcades verdoyantes.

— A vous, Bonbonne, dit la marquise, il reste vous. Aurai-je aussi bonne composition de vobre air renfrogné, de vos soupirs (NPofcmds ?

— J'en doute.

— Ahl voyons?

— Cest aisé, mes comptes sont eilrayaus de v^ité,

— Effrayez-moi; vous n'avez jamais réussi à faire peuy à ma cassette particulière.

-^ Ce mois-ci, votre cassette aura peur, raad^ime^ plus que la peur ; elte y mourra,

— Allons donc ; avez vous aussi compté avec moi? reprit la marquiso en essayant de plais^ter.

— Si j'ai compté ^vep yousî je le prois bien, la \)çi\^ difficulté I

— Je n'en ai jamais parlé h persoqne, Bonbqnne.

— Il vaudrait mieux 1 Mais je n'ai pas besoin d^ cela, moi, pour savoir.

— Savoir quoi î

^— Le chiffre de vos économies*

— Je vous en défie! s'écria la inarquise en irougissant.

— S'il en est ainsi, je vais tout 4ywt ; vous av0z vingtcinq mille cinq cents écus à peu près,

— Ohl Bonbonne, interrompit la marquise fâchée, comme si l'intendant eût pénétré sans discrétion un secret douloureux.

— Madame la mioquise ne me sovpcoime pa4, j'espère, d'avoir fouillé dans sa. caisse.

-— Alors.** coBUH^i?...

— Combien avez-vous par an pour votre maison ? N'estce pas dix mille écus?

— Oui.

— Combien dépensez-vous î n'est-ce pas huit mill« écus?

— Oui-

-r Ne voilà-t-ii pas dix ans que vous thésaurisez, puisque voilà dix ans que monsieur de ChauveliH vit en cour?

— Oui.

— Eh hien ! madame, avec les intérêts capitalisés, votfs avez vingt-cinq mille écus, vous devez les avoir,

— Bonbonne !

— J*ai deviné 1.,. or, si vous les avez, vous les donnerez à monsieur deChauvelin lors de sa première demande. Et si vous les donnez, il ne restera rien à vos enfans, au cas où monsieur le marquis serait frappé subitement.

— Bonbonne I

— Parlons franc I Votre bien est engagé ; celui de monsieur de Ghauvelin doit sept cent mille livres.

— 11 en possède seize cent mille.

— Soit. Mais l'excédant des sept cent mille ne satisfera seulement pas les créanciers.

— Vous m'effrayez l

— J'y tâche.

— Que faire?

— Prier monsieur de Ghauvelin, qui dépense trop, d'aliéner sur le champ, au profit ée vos eafans, les neuf cent mille livres qui restent ; le prier de vous les constituer comme douaire, ou vous faire restituer par un testament....

— Un testament! bon Dieu I

— Vous voilà bien avec vos scrupules I est-ce qu'un liomme meurt pour tester?

— Parler de testament à monsieur de Ghauvelin I

— C'est œlà I craindre de troubler monsieur le marquis dans sa joie, dans sa digestion, dans sa faveur, par oa vilaiu mot : l'avenir, mot, qui pour les jours heureux sonne toujours comme le mc^ : morU Ah 1 si vous craignez cela, ah bien ! vous ruinerez vos enfans, et vous aurez ménagé les oreilles de monsieur le marquis.

— Bonbonne I

— Je suis un chiflTrequi parle, lisez mes compt^

— C'est affreux.

— Ce serait plus affreux d'attendre ce que je vous annonce. Faites Toffice d*un sage conseiller; montez en carrosse, et courez chez monsieur le marquis.

— A Paris?

— Non, à Versailles.

— Moi ! dans cette société que voit mon mari ? jamais !•••

— Ecrivez, alors.

— Lira-t-il seulement ma lettre ? Hélas ! quand j'écris pour le féliciter ou pour le souhaiter, il ne lit pas môme ce que j'écris; qu'en sera-t-il ^ je prends la plume de

rh<Hamed'aflèirest

— Qu'un ami fasse la démarche , alors ; moi • par exemple.

r-Voust

— Oh ! voulez-vous dire qu'il ne m*éooutera pas Y que si fait, madame, il m'écoutera.

— Vous le rendrez malade. Bonbonne.

•— Son médecin le guérira.

?*- Vous le â^ettrez en colère^ et la colère le tuera*

fâ LE TESTAMENT DE M* DE €»AeVELIN.

— Non pas ^ je tiens tiq> à ce qtf il vive. Si je la tuais, ce serait après lui avoir fait éeiîfe un testameiii*

Et l'honnête homme se mit à éclater d'un gros rire qui ûi mal à la marquise.

— Bonbonne, en partant aima» c^mI moi que voue tuerez, murmura-i^-elte.

Bonbonne lui prit la main avec respect.

— PadKlon, dit-il, je me suis oublié, madame la marquise ; ordonnez qu'on niette les chevaux à la voiture, je pars pour Versailles.

— Ah 1 Dieu soit loué ? Vous emporterez mon registre, et.... tiens I

— Ou'ya-t-il?

— Est-ce que déjà mes désirs ont été compris t

— Comment?

— Vous avez parlé de mon carrosse?

— Oui.

— Le voici dans l'avenue du Mail.

— Ah!

— Livrée de la maison.

— Ce sont les chevaux gris fer de monsieur le marquis.

— Madame f madame f Cffïtk Tabbé V...

— Madame ! madame I cria le père Delar.

— Madame! madame, crièrent vingt voix, daas les p^terres, les communs et le paro.

— Maman I maman I crièrent les enfans.

— Monsieur le marquis! ohl mais, serait-il vrai? murmura la marquise, lui à Grosbois, en ce jour!

^ FonjouFi meikune, dit de loin le marquis dont le car- *

rosse venait de faire halle et qui descendait joyeusement avec des gestes empressés.

— Lui-même, sain de corps et allègre d'esprit ; merci, mon Dieu I

— Merci, mon Dieu 1 répétèrent les vingt voix qui avaient annoncé le maître et le père.

SEBMfiNT DE JOUEUR.

C'était bien le marquis lui-même ; il serra tendrement les deux enfans, qui avaient poussé un cri de joie en le voyant, et il appuya sur la main de la marquise stupéfaite uiî baiser qui venait du cœur.

— Vous, monsieur I vousl dit-elle, en s'emparant de son bras.

— Moi I... Mais ces enfans jouaient ou travaillaient ; je ne veux pas interrompre l'étude, encore moins le jeu.

— Ahl monsieur, pour le peu de temps qu'ils ont à vous voir, laissez-leur tout entière la joie de votre chère présence.

— Dieu merci I madame, il me verront longtemps.

— Longtemps, jusqu'à demain soir, est-il vrai? Vous ne repartirez que demain soir ?

— Encore mieux, madame.

— Vous coucherez deux nuits à Grosbois ?

— Deux nuits, quatre nuits, toujours.

— Ahl monsieur, qu*est-il donc arrivé? s*écria vivement la marquise, sans s'apercevoir de ce qu'une pareille sur? prise pouvait renfermer pour monsieur de Chauvelin de l*eproches sur sa conduite passée.

Le marquis fronça un instant le sourcil, puis, tout à coup:

— Est-ce que vous n'avez pas un peu prié Dieu de me ramener dans ma famille? demanda-t-il en souriant.

— Ohl monsieur, toujours!

— Eh bienl madame, vous avez été exaucée; il m*a semblé qu'une voix m'appelait ; j'ai obéi à cette voix.

— Et vous quittez la cour?

— Je viens m'établir à Grosbois, interrompit le marquis en étouffant un soupir.

— Chèrs enfans, moi, tous les vassaux, quel bonheur] Ah I monsieur, permettez-moi d'y croire, laissez-moi cette félicité.

— Madame, votre satisfaction est un baume qui guérit toutes mes blessures. Mais, dites-moi, vous plaît-il que nous causions un peu ménage?

— Faites, faites, dit la marquise en lui serrant les msâns.

— Il me semble avoir vu de bien mauvais chevaux làbas, au poteau de la demi-lune ; sont-ils à vous?

— Ce sont les miens, monsieur.

— Des chevaux hors d'âge 1

— Monsieur, ce sont les chevaux que vous m'avez donnés à la naissance de votre fils.

— Ils prenaient quatre ans et demi ; il y a neuf ans, ce sont des bêtes de quatorze ans; fi !... pour vous, marquise, de semblables attelages 1

— Ah ! monsieur, quand je vais à la messe, ils trouvent encore le moyen de s'emporter.

^ J'en ai yiî trois, ce me semble,

— J'ai donné le quatrième, qui est plus vif, à mon fils, pour ses leço:is.

— Du manège à mon ûls sur un cheval de carrosse! marquise, marquise, quel cavalier ferez-vous là I

La marquise baissa les yeux I

— Et, puis, vous n'allez plus à quatre chevauiç? vqus en avez huit, je crois, et deux de selle.

— Oui, monsieur; mais comme, depuis votre abseace, il n'y a plus cha^s^ iii promenades d'apparat^ j'ai pensé qu'une économie de quatre chevaux, de deux palefreniers et d'une sellerie, me donnerait six mille livres au moins par année.

— Marquise, six mille livres, murniura monsieur de Gliauvelin mécontent.

^ C'est la nourriture et l'entretien de dou^ famillç^i répliqua-t-elle.

il lui prit la fiiain.

— Toujours bonne, toujours parfaite I Ce que vous fai-r tes su; la terre. Dieu vous l'inspire toujours du haut du ciel. Mais la marquise de Chauvelin ne doit pas faire d'.^^ conomies.

Elle leva la tête.

— Vous voule;( dire que je dépense beaucoup, fit-il; oui, je dépense beaucoup d'argent, et vouSi vous en manquez,

— Je ne dis pas cela, monsieur,

-^ Marquise, ce doit être la vérité. Noble et généreuse comme vous l'êtes, vous n'eussiez pas congédié des gens à nsoi sans nécessité. Un palefrenier renvoyé est un pauvre de plus. Vous avez manqué d'argent ; j'en parlerai à Bonbonne ; mais, dès à présent, vous n'en manquerez plus ;

ce que je dépensais à la cour, j0 le dépens^ai à Grosbûwi au lieu de nourrir douze familles, vous en nourrirez deux cents.

-<- M(»isieur...

-* Et, Dieu merci I j'espère qu'il restera du grain pouor douze bons chevauiE que j'aJ» ^t qi^ii d^ demain, viendront habiter vos écuries. N*avez-vous point parlé die repayer 1^ château?

^ Les appartemeos de réception auraient besoin d'être meublés à neuf.

— Tout mon mobilier de Paris viendra cette semaine. Je donnerai deux fois à dîner par semaine... on chassera.

— Vous savez, monsieur, que je crains un peu le monde, dit la marquise eflfrayée de revoir tous ces bruyans amis de Versailles qu'elle regardait c^mme les péchés capitaux de son piari.

— Vous ferez vous-même les invitations, marquise. Maintenant Bonbonne vous donnera les livres ; vous aurez l'obligeance de fondre en une les dépenses de Paris et celles de Grosbois.

La marquise, folle de joie, essayait de répondre et ne le pouvait pas. Elle prenait les mains de monsieur de Chauvelin, les baisait, le sondait avec des yeux attendris jusqu'au fond de l'âme, et lui se laissait engourdir par cette chaude atmosphère de l'amour pur qui pénètre tout ce qu'il louche, et va porter la vie et le bien-être jusqu'aux plus froides extrémités.

— Pensons à ces enflms, dit-il ; oomment les gouveraezvous?

— Très bien ; Tabbé est b<»ime d'esprit, il « de la pio»

fondeur dans les idées. Voulez-vous que je vous le présente?

— Présentez-moi toute la maison; oui, marquise.

La marquise fit un signe, et l'on vit venir, sous l'allée sombre sous laquelle il avait accompagné les enfans, le jeune précepteur dont chaque main reposait sur Tépaule de ses élèves.

Il y avait dans la démarche, dans le doux balancement de ce jeune chêne entre les deux roseaux, quelque chose de suavement paternel qui plut beaucoup au marquis.

— Monsieur Tabbé*, dit la marquise, apprenez une bonne nouvelle. Voici monsieur le marquis, notre seigneur, qui veut bien se fixer parmi nous.

— Loué soit Dieu ! répondit l'abbé. Mais, hélas I monsieur, le roi serait-il mort ?

— Non, grâce au ciell Mais j'ai dit adieu à la cour et au monde. Je reste ici avec mes enfans. Je m'ennuie de ne vivre que par l'esprit, par l'ambition; je veux essayer un peu du cœur ; me voilà près de vous ; pour commencer, monsieur l'abbé, ôtes-vous content de vos élèves ?

.— Aussi content qu'il est possible de Tôtre, monsieur le marquis.

— Tant mieux. Faites-en des chrétiens comme leur mère; d'honnêtes gens comme leur aïeul, et...

— Bes gens d'esprit, de mérite et de talent comme leur père, dit l'abbé; j'espère arriver à tout cela.

— Vous êtes un homme précieux alors, l'abbé. Et toi, mon vieux Bonbonne, es-tu toujours grognon? Quand j'avais leur âge, tu voulais déjà m'initler aux afi*aires. J'au-

raïs dû te croire, je n'aurais pas autant besoin do tes lumières aujourd'hui.

Les enfans s'étaient rerois à danser sur l'herbe, avec toute l'insouciante gaîté de leur âge; leur père les suivit d'un œil attendri, et murmu^cgi, après un instant de. silence :

— Chers enfans, je ne vous quitterai plus,

— Puissiez-vous dire vrai, monsieur le marquis! répliqua derrière lui une voix grave et sonore.

Monsieur de Ghauvelin se retourna et se trouva en face d'un moine en robe blanche, au visage sévère et calme, qui le salua à la manière des religieux.

— Quel est ce saint père? demanda-t-il à la marquise.

— Le père Delar» mon confesseur.

— Ah ! votre confesseur, repéta-t-il en pâlissant légèrement. Puis, plus bas : J'ai besoin d'un confesseur, en effet, et monsieur est le bien venu.

Le moine, adroit et usagé des manières des grands, n'eut garde de relever ce propos; mais il Tenregislra dans* sa mémoire. Prévenu par l'intendant depuis quelques jours, il résolut de se charger de la négociation, et de ne pas laisser échapper une occasion aussi propice de faire les affaires de Dieu, celles de la marquise et les siennes peutêtre.

— Oserais-je vous demander des nouvelles du roi, monsieur le marquis? demanda le moine.

— Pourquoi cela, mon père?

— Le bruit s'est répandu que Louis XV allait bientôt rendre compte à Dieu de son règne, Ces bruits ne sont

Oa LE TESTAMENT DE M. DE CHAUVELIN.

d*ordmaire que les précurseurs do la Providence. Sa Majesté ne vi^Ta pas longtemps, croyez-moi.

— C'est votre croyance, mon père? demanda monsieur de Chauvelin,' de plus en plus triste.

— Il serait donc à désirer qu*il réparât tous ses scandales, qu'il fît pénitence...

— Monsieur, reprit vivement monsieur de Chauvelin, les confesseurs doivent attendre en silence qu'on les fasse appeler.

— La mort n'attend pas, monsieur, et moi depuis longtemps j'attends un mot de vous, et il ne vient point.

— Moi! Ohl ma confession sera longue, mais elle n'est pas encore mûre.

— La confession fest tout entière dans le repentir, dans le regret d'avoir péché, et le plus grand de tous les péchés, ^e viens de vous le dire, c'est le scandale.

— Ohl le scandale, tout le monde y prête. Il n'en est pas un de nous qui ne fournisse matière à médisance. Le ciel ne pense pas nous punir de la méchanceté des autres.

— Le del punit la désobéissance à ses lois, le ciel punit l'impertinence; il nous envoie d6s avertissemens; si noua les négligeons, rien ne peut plus nous sauver.

Monsieur de Chauvelin ne répondit pas et se mit à réfléchir. La marquise, voyant la conversation engagée, se re* tira discrètement, priant Dieu de toute son âme qu'elle portât ses fruits. Âpres un long moment de silence pendant lequel le moine l'observait, monsieur de Chauvelin se retourna tout à coup vers lui.

— Tenez, mon père, dit-il, vous avez raison, je me repens d'avoir été trop longtemps jeune, et je veux me con-

LE TESTAMENT DE M. DE CHAUVEUN. Qi

fesser à vous, car^ je le sens, je le sens, la mort est proche. *— La mortl vous le croyez» et vou» ne prenez aucune disposition à l'égard de votre Amei de votre fortune. Vous craignez de mourir, et vous ne songez point au testament indispensable (}ans la position que vous avez faite à vos héritiers. Pardon, monsieur le marquis, mon zèle et moai dévouement à votre illustre maison m'entraînent trop loin peiit-étrç,

— Non, vous avez encore raison, mon père; pourtaal, rassurez-vous, oe testament est fait; je n'ai plus qu'à le signer,

•— Vous craignes de mourir» et vous n'êtes pas en étal de paraître devant Dieu.

— Puisse-t-il me fai^ miséricorde! Je suis né dans la religion chrétienne, et je veux- mourir en chrétien. Venez demain, je vous prie, nous continuerons cet entretien qui me rendra le repos de Tâme,

— Demain? pourquoi demain t la mort ne recule ni ne s'arrête.

— J'ai besoin de me recueillir. Je ne puis oublier aussi vile la vie que j'ai menée; je la regrette peut-être. Merci de vos conseils, mon père; ils porteront leurs fruits.

— Dieu le veuille! mais vous connaissez l'axiome du sage : ne remets jamais au lendemain ce que tu peux faire la veille.

•— Je vous dois déjà de ta reconnaissance ; j'étais abattu, vous m'avez relevé; on ne peut pas tout faire à la fois, mon père«

— Ohl monsieur le marquis, n^rit te moiac en s'incii-*

nant, il ne faut qu'une minute pour faire d'un coupable un pénitent; d'un damné un élu; si vous vouliez...

— C'est bien, c'est bien, mon père, demain. Voici la cloche du dtner.

Il le congédia d*un geste et s'enfonça dans une allée. Le précepteur s'approcha du père Delar.

— Qu'a donc monsieur le marquis? je ne le reconnais plus; il est anxieux, sombre, hagard, lui d'ordinaire si gai.

— Il a le pressentiment de sa fin prochaine, et il songe à s'amender; c'est une conversion magniûque et qui fera beaucoup d'honneur à mon couvent. Ohl si le roi...

— Ah! ah I l'appétit vient en mangeant, mon père, à ce qu'il paraît; je crains toutefois que vos souhaits ne restent inutiles sous ce rapport. Sa Majesté est difûcile à persuader, et d'ailleurs elle a ses convertisseurs; on parle de monseigneur l'évoque de Senez comme d'un rude champion.

— Oh! le roi n'est pas si incrédule que vous le prétendez; rappelez-vous donc la maladie de Metz et le renvoi de madame de Ghâteauroux.

— Oui, mais alors Louis XV était jeune, et il ne s'agissait pas d'expulser Jeanne Vaubernier, deux considérations qui changent terriblement la position. Enfin vous avez le temps d'y songer, mon cher monsieur Delar; en attendant, comme le dîner est sonné, il s'agit de ne pas faire attendre monsieur le marquis. Dieu merci! il ne dîne pas si souvent avec nous.

Le dîner, auquel arrivèrent à temps le père Delar et l'abbé V... avait reçu en effet le père, la mère et les en-

LE TESTAMENT DE M. DE CHAUVELW, fl8

fans. Jamais la marquise n'avait paru si gaie; jamais elle n'avait déployé tant de soins pour faire les honneurs de sa table.

Le cuisinier s'était surpassé. Les beaux poissons des vi* vîers, les fines volailles des cages, les plus savoureux fruits de la serre et des treilles rappelèrent au marquis combien la maison était bonne lorsqu'il s'agissait d'y trai* ter un maître chéri.

On voyait les valets, tout fiers du service illustre qu'ils allaient rej^rendre, se prélasser dans leurs livrées les plus neuves, et guetter dans les yeux du maître le moindre désir pour le satisfaire^ la plus petite ccoitrariété pour la prévenir.

Mais le marquis perdit bien vite ce bel appétit dont il s'é« tait vanté après son arrivée : la table lui paraissait dé* série; le silence plein de respect et de joie lui paraissait un morne silence. Peu à peu la tristesse envahit son cœur et son yisage; il laissa tomber sa main inerte près de l'assiette encore pleine, et oublia le verre où brillaient en diamans le vin d'Aï et en rubis le vin de Bourgogne vieux de trente années.

De la tristesse, le marquis en vint à rabattement; cha^ cun suivait avec effiroi ces progressions douloureuses dosa pensée.

Une larme s'échappa soudain de ses yeux; elle arracha un soupir à la marquise. Il ne s'en aperçut pas.

— J'ai. réfléchi, dit>il tout à coup à sa femme; je veux être enterré, non â Boissy-Saint-Léger, comme mes p^e et mère, mais à Paris, dans l'église des Carmes de la place Haubert, avec mes ancêtres.

-*-» A pmpos de quoi cetAe réflexion, nionsieur? nous av(»i6 le tempe d'j penser, je suppose, dit la marcpiise suf* foquée de douleuiii^;.

^ Qui saiiî Qu'on appeHe tasbonney qu'en lui dise de m'attendre dans mon grand cabinet Je veux ^vaiUer avee lui une heure. Le përe Delar m'e^ a montré la néces^ site. Vous avee là un efeeUeniconfeâseur, madame.

— Je suis heureuse qu'il vous convienne, monsieur, jom pottfref voua adresser à lui en toute confiaaioe.

— » Aussi le ft&mi*je, et dès demim. Vous permettez, ma^ dame» je monte chez moi.

La marqiûse km les jœux «u eid, el ie rn^aà^cia dans une prière mentale ; elle suivit son mari du regard, lorsqu'il sortit avee BonbcHme» eti se toarnant vers ses fils, elle leur dit:

** Ce soir, mes enfans^ demandez h Dieu d'inspirer h voire père ie désir de se fixer tout è fait parmi nous ; qu*i! le maintienne dans les dispositions où 11 se trouve à pré« sent, et qu*il lui fasse la grâce de tes mettre en pratique.

Une fois dans son eabtnet :

— Allons, mon vieux Bonbonne, dit le marquis, tra-* vattkms, travaUlotis.

Et il seeouait avec une ardeur fébrile ious les papiera^ cherchant à les classer et à les reconnaître.

"— La, la! disait le vieillard; puisque nous sommes on si bon chemin, mon eher malire, ne oourons pas trop vitei vous savez qu'à trop couvsr on p«rd son temps.

-- Le temps presse» Bonbonne, le te dis que le temps

— Allons donci

— Je te dis que celui à qui Dieu envoie cette joie de se préparer pour le dernier voyage ne saurait jamais y travailler assez vile. Vite, Bonbonn \ travaillons.

— 4 ce métier-là, avec cette chaleur, monsieur, vous gagnerez une pleurésie, où une congestion, ou une bonne fièvre, et, de cette façon, vous aurez réussi à ce que votre testament se soit fait à propos.

— Plus de délai. Où sont les comptes de Tavoirt

— Voici.

— Et ceux de la dépense?

— Voici.

— Seize cents, mille livres de déficit? Diable I

— Deux ans d'économies combleront le fossé.

— Je n*ai pas deux ans d'économies à faire.

— Ohl vous, vous me rendriez fou! Quoi, une santé pareille?

— "Ne me disais-tu pas que le notaire avait rédigé un projet de testament fort habile, en ce qu'il assurait à mes fils la totalité des biens à leur majorité?

-^ Oui, monsieur, si vous abandonniez pendant six ans le quart du revenu des terres seules.

— Voyons ce projet

— Le voîct.

— J*ai les yeux un peu bas. Veux-tu lire toi-même? Bonbf»ine se mit à liîe chéicun des articles ; le marquis

témoignait de temps en temps une satisfàctton vive.

— Le projet est bon, dit-il enfin, d'autant plus q«*îl laisse à madame de CSiauvelin trois cent miHe livres oAt année, le dMble de ce qu'eito a niaintenant.

— Vous approuvez donc?

— De tout point.

— Je puis donc transcrire cet acte ?

— Transcris-le.

— Et puis, il faudra que vous lui donniez la validité par une reconnaissance de votre main et votre signature.

— Fais vite, Bonbonne, fais vite !

— Voilà que vous n'êtes plus môme raisonnable. J'ai passé une demi-heure à vous lire cet acte, il faut une heure au moins pour le recopier.

— Ah I si tu savais comme j'ai hâte ! Tiens, dicte-moi, je vais tout écrire de ma main.

— Pas du tout, monsieur, pas du tout, • vous avez déjà les yeux tout rouges ; pour peu que vous continuiez un demi quart d'heure, vous aurez la fièvre après la migraine qui va vous prendre.

— Que faire pendant cette heure qui te wmble nécessaire?

— Vous promener, prendre le bon air de la pelouse avec madame la marquise, et puis je vais tailler mes plumes, et gare au papier ! j'en abattrai plus à moi seul, je. vous en réponds, que trois clercs de procureur.

Le marquis obéit avec une sorte de répugnance ; pourtant il se sentait lourd, agité.

— Soyez donc calme, lui dit Bonhomie; e»\r<ie que vous avez peur de ne pas avoir le temps de signer? Une heure, vous dis^je ; que diantre I monsieur le marquis, vous vivrez bien encore soixante et une minutes.

— Tu as raison, reprit le oMirqais; et il descendit ; la marquise l'attendait.

LE TESTAMENT SE M^ DE CfiAUYELlN» 91

Le vayant plus calme et d'une physionomie plus en* jouée : .,

— Eh bieni dit-elle, avez-vous bien travaillé, monsieur?

— Oh ! oui, marquise, oui, de bon travail, dont vous et vos fils serez contons, je Tespère.

— Tant mieux! votre bras : promenons-nous ; les serres sont ouvertes ; voulez-vous que nous les visitions?

— Tout ce qui vous plaira, marquise, tout.

— Et vous dormirez bien après cette promenade. Si vous saviez la joie de vos valets de chambre depuis qu'ils cml mis des draps à votre grand lit.

— Marquise, je dormirai comme depuis dix ans cela ne m'était pas arrivé; rien que d'y penser, j'en tressaille d'aise.

— Vous croyez, n'est-ce pas, que vous ne vous ennuierez pas trop avec nous ?

— N<»i, marquise, non.

— Bt que vous vous habituerez à nos campagnards? ^ Oui, sons peine. Et si le roi, que je me repens d'a-

yeit un peu rudoyé peut«ôtre, si le roi m'oublie, il fail bien.

•^ Le loi ? ah I monsi^r, ûH tendrement la marquise; vous venez de soupirer en parlant de Sa Miye^.

«* J'aime le roi, marquise, mais croyez bien...

Il n'acheva pas. Un bnût de fouet et les grelots d'an cheval lui coupèrmit la parole.

—Qu'est cela? ditHl.

— Un courrier, k qui on ouvre les griUeSt répondit la marquise, est-ee qu'il est de vous?

99 Lfi TÊ^aMENT m m* DÊ Cfi AlIVEtlN*

^ Non ; cf est étimngfe. 0» courrier que tout le monde salue, qu'on laisse entrer dans le parterre, ne peut veaît qiiê de îa part...

— De la part du roil murmura la marquise en pâH»-

— De par le roi ! cria le courrier d'un© toiï baute» •^Leroi!

Et M. de Chauf^lin se préeipitia m derast d««d omtf^ rier, qui déjà avait remis sa lettre au maîtr&Ki'hôtei.

^ Une lettre dn^oi, hélas I fit la raarq<iii» »i fèfè 9e-* M, qm 1« bruit de cette missive avait -au^né comme I» autres.

Le marquis ofïWt au courrier du vin dam un gobelet tfargent, honneur que justifiaft le respect accordé par tout gentilhomme à la royauté, même représentée par un Valet. Il ouvrit cette lettre * elle «oûteiiait œ qui suit, de la propre main du monarque :

« Mon ami, depuis vingt-quaf!iB hectres à peifie vous » êtes p6!i% et il nfê semt^'fge je ne vo«ttai pas vu de- » pui»des mois. Les vieillies ^ens qui crament ne doivent É |)oi«t se séparer. Âuronl^ils le temps é» se r efoinéreî le » suis triste à la mort. J'ai besoin de vous; venez, ne wm » p¥fve£ pas d'tm ami, sous pr^tle de V(^lotr d^«»dre D ma couriMiiie. C'est la {dos sûee masiève de i'altaquBi^ » au contraire, et, tant que voi» la soutiendrez p9^ ve^ t présence, je ta senUrai plits solide que jamais. Que je » vous trouve demain à mon ki^et, ce s«ra le si^pMii d'un » heureux jour*

» Votw tiès aff eotioQné»

Page 1