MOIS
LE TESTAMENT DE M« m CHAIiYEUN. 99
— Le roi me rappelle, 4it GtauveUa tc^ ému. Il ftut que je parte à Tinstant, il ne peut se passer de moi* Qu'jWI attelle I
^ Ohi répondit la i««cqui3e, «Uôi» après tant de douces promesses I
— Vous aurez bientôt de mes nouvelles, madame.
— Monsieur le marquis, ma copie est faite 1 s'écria Bonbonne qui accourait de loin.
~ Bien! bieni
— Et il n'y a plus qu'à relire et à signer.
— Je n'ai pas le temps. Plus tard.
— Plus tard! Mais rappelez-vous ce que vous disiez tout à l'heure.
— Je le sais, je le sais.
— Plus de délai.
— Le roi ne peut attendre.
— Mais vous oubliez vos enfans, vous oubliez le sort de votre famille.
— Je n'oublie rien. Bonbonne, mais je dois partir et je pars. Mes enfans, l'avenir de ma famille, ah! songez-y. Bonbonne, cela est tout assuré.
— Une signature, rien qu'une signature.
— Vois-tu, mon vieil ami, dit le marquis, radieux de joie, je suis si décidé à mettre en règle cette affaire, que si je mourais avant d'avoir signé, je te jure de revenir ici de l'autre monde, et c'est loin, tout exprès pour donner ma signature. Te voilà tranquille, à présent; adieu.
Et, embrassant à la hâte ses enfans et sa femme, oubliant tout ce qui n'était pas le roi et la cour, il s'élanra,
rejenni de vingt ans, dans son carrosse, qui l'entraîna vers Paris.
I^ marquise et tout ce monde de gens si heureux naguère restèrent sombres, abandonnés, muets de désespoir, près de la griilo.
fX
TÉNUS BT PSYCHÉ,
Le lendemain de son message à Grosbois, le premier mot de Louis XV fut pour demander le marquis de Gbauvelin, et son premier regard pour chercher s'il était là.
Le marquis était arrivé dans la nuit, et se trouvait au petit lever.
— À la ixmne heure, dit le roi, vous voilà, marquis ; mon Dieu! que votre absence a donc été kmguel
-* Sire, c'est la première, et ce s^ra la dernière ; si je vous quitte maintenant, ce sera pour toujours... Mais le roi est bien bon de trouver mon absence longue. Je ne suis resté que vingi<^uatre heures loin de lui.
— Tous croyez, cher ami; en ce cas, c'est cette diaUe de prédiction qui me corne aux oreilles; de sorte que, ne vous voyant pas à votre poste ordinaire, je me suis figuré que vous étiez mort, et, vous mort, vous comprenez?...
" — Parfaitement, sire.
— Mais ne parlons plus de cela. Vous voilà, c'est l'es* sentiel. Il est vrai que la comtesse nous garde un peu rancune; à vous, pour lui avoir dit ce que vous lui avez dit; à moi, pour vous avojr rappelé après un pareil ou-
102 LE TESTAMENT DE M. Xm GHAUVËLIN.
Irage; mais ne prenez nul souci de cette mauvaise humeur, le temps arrange tout, et le roi aidera le temps.
— Merci, sire.
— Voyons, qu'avez-vous f^ pendant votre exil?
— Imaginez-vous, sire, que j'ai failli me convertir.
— Je comprends, vous commencez à vous repentir d'avoir chanté les sept péchés mortels.
— Oh! si je n'avais fait que les chanter!
— Mon cousin de Conti m'en parlait encore hier, et il en était ravi.
— Sire, j'étais Jeune alofs, et les Impromptus me sembkient faciles. I^tafs là, à rile-Adam, seul avec sept femmes charmantes. Monweur le prince de Conti chassait; mei, je restais au diâteau, et je leur fis... des veys. Ah ! c'était un beau et bon temps, sire.
— Marquis, me prenee-vous pour votre confesseur, et est-ce là votre repentirt
^ Mon confesseur, ah! oui,.Totre Majesté a raison, j'avais justement donné rendez^ous pour ce matin à un camaldule de Grosbois.
— Oh I le pauvre homme, quelle occasion de s'instruire il a manqué là! Lui eussiez-vous tout .dit, Chauvelin?
»*- Tout absolument, sire.
— Alors ! la séance eût été longue
— Eh! mon Weu 1 sire, outre mes péchés à moi, j'ai tant de péchés aux autres sur ma conscience, j'en ai tant surtout à...
— A moi, n'est-ce pas? Ceux-là, Chauvelin, je vous dispense de les avouer; on ne confesse que soi.
•»- Cependant, sire, le péché est terriblement épidémi-
us, TESTAMENT DE M. D£ GHAUVELIN. M9
que à la cour. Je ne fais que il*amv«r, el é^k Uon m'a parlé d'une aventure étrange,
«^ Une av^ture, Chauvalin, el «ur te eomfrte de qui Ta-t-on mise, cette aventure?
— Et sur le compte de qui met-on les bonnes avtirtures, sire?
— Parbleu I ce doit être sur le mien.
•<* ùix hkm iiwr eelisi €>«.••
«r Ou him sur celui d» la oomiMsa Dtt Qarrj, n'esMsn pas?
p^ Vous aves d»viné, «iiiw
^ Gomment I la comtei^ Du Barry a péché? Peste! dites moi cela, Ghauvelin.
^ Je ae dis pas pfé^sém^t qae Havatture seit un péché par eUft^mâme, je di» qa^aHe m'esl ittreBue à l'esprit à propos de péchés.
^Voj^ms, marquifl, qmlle Ml «stte tfeiiliHie? eemtezmoi cela tout de suite.
^ Tant de «ûte, sii^
^ Oui. Vous savez, les rois n'aiment pas attendre.
— Peste! sire, c'est grave.
— Bah ! Aurait-elle eu encore ^elqw contestaticn avec ma petite hru9
^^ Sire, je ne dis pas aon.
^ Ah! la comtesse finira par se brouiller avec la dauphine, et alors, ma foi i...
— Sire, j« erois que madame la eomteaae esl à cette heure toute brouillée.
— Avec la dauphine?
— Non; mais avec une autre petite bru à toos.
i04 LE TESTAMENT DE M. DE CHAOVELIN,
-i- Avec la comtesse de Provence?
— Justement.
— Bon! me voilà dans de beaux draps? Voyons, Chauvelin...
— Sire?
— Et c'est la comtesse de Provence qui-se plaint?
— On dit que oui.
— Alors le comte de Provence va faire des vers abominables sur cçtte pauvre comtesse. Elle n*a qu'à se bien tenir, elle sera flagellée de la bonne façon.
— Sire, ce sera tout simpj^çnt un prêté pour un rendu.
— Plaîtril ?
— Figurez-vous que madame la marquise de Rosen
— Cette charmante petite brune,^ amie de la comtesse de Provence ?
— Oui, que Votre Majesté a beaucoup regardée depuis un mois.
— Oh I on m'en a grondé assez en certain lieu, marquis! eh bien?
— Qui vous a grondé, sire ?
— Pardieu I la comtesse.
-^ Eh bien ! sire, la comtesse vous a grondé, vous, c'est bien ; mais, de l'autie côté, elle a mieux fait que de gronder.
— Expliquez-vous, marquis ; vous m'effrayez.
— Dame I mra, effrayez-vous; je ne vous ra empôcho pas.
— Gomment, c'est donc grave?
— Très grav^f
— Parlez.
— Il paraît que,..
— Que?
— Voyez-vous, sire, c'est plus difficile à dire que cela n*a été difficile à faire.
— Vous m'effrayez réellement, marquis. Jusqu'ici j'ai cru que vous plaisantiez. Mais s'il j a une gravité réelle, voyons, parlons sérieusement.
En ce moment le duc de Richelieu entra. -
— Du nouveau I sire, dit-il avec un sourife à la fois gracieux et inquiet; gracieux parce qu'il s'agissait de plaire au monarque : inquiet, parce qu'il s'agissait de combattre la faveur de ce favcMri rappelé à Versailles après un jour d'exil.
^ Du nouveau! et d'où vient ce nouveau, mon cher duc ? demanda le roi.
Le roi regarda autour de lui et vit le m«rquis de Ghauvelin riant sous cape. ^
— Tu ris, sans cœur, lui dit-il.
— Sire, l'orage va crever ; je vcms cela aux airs tristes de monsieur de Richelieu.
— Vous vous trompez, marquis ; j'ai annoncé du nour vëau, c'est vrai ; mais je ne me charge pas de le dire.
— Mais, enfin, comment le saurai-je ce nouveau ?
— Un page de madame de Provence est dans votre antichambre avec une lettre de sa mattresse ; que Votre Majesté donne ses ordres.
^ Oh I oh I dit le roiî, qui n'aurait pas été fftché de tout faire retomber sur monsieur ou madame de Provence qu'il n'aimait point, depuis quand l^s fils ou les femmes des
m LE TfSTAMENT DS M. î>i; GHAUVÇLIN.
fils de France écrivent-ils au roi au lieu de se présenter à
son lever?
— • Sire, probablement la lettre donne à Votre Majesté la rmson de oe msHiiqiie d'étiquette.
— Duc, prenez cette lettre, et donnez-la moi..
Le éùd»'ii^Um» sortit et rentra une seconde après, la LeMreà la main^ Puis la remettant au roi :
— Sire, dit-il, A'oiriïlifts pas que je suis l'ami de maëame Du iaity» «t que d'avapce je me constitue son avcieat.
Le roi r^garëa Rtehalieu, ouvrit la lettre, et fronça visiblement le sourt^l en parôôuyant l0s4étails qu'elle contenait.
^ Oh l mufmonht-il, pour eelte fois, c'est trop fort ; et vous vous êtes chargé d'une mauvaise cause, duc. Ça vérité, madame Bu Bunj eai folle.
jbis, se retournant vers les officiera;
— Qu'on se présente à rinMant-môme, de ma part, chez madame de Rosen; que l'on prenne de ses nouvelles, et qu'on lui dise que je la recevrai imm^édiatement après mon lever, avant d'aller à la messe. Pauvre miurquise I chère petite femme i
Chacun se regarda* Un nouvel «aire se levait-il è Tboriîon de la faveur ?
Rien de plus possible, ea aommo. La marquise était une jeune et jolie femme. Nommée depuis un an dame pour accompagner madame de Provence, elle s'était liée avce la favorite, se trouvait dans tous ses parliculiors, oà le roi t'avait vue souvent. Maia, aqr les observations ^ Ift
prince^ise, qui se trouvait blessée de cette intimité, elle cessa tout à coup ses relations, ce dont madame Du Barry s'était montrée fort contrariée.
Voilà ce que te ooinr ^i savait»
Cette lettre, dont tout le monde ignorait le contenu, amilt mk nm grft?e influeiiGe sur le roi ; il parut soi^ieux pendant Imiit te reile d«i lever, adressa à peiiae la parole à quelques familiers, pressa les étiquettes et congédia ses efi^é^ ftos tôt qu'à P^i^di&aire^ après avoir enjoint à monsteur d9 Ohaui^U» de ne pas fl^ék>ign^.
La eérémonte da tover terminée, tout le monde sertit^ et comme on prévint Sa Majesté q^e madame deRosenaft» tendait, il donna ordve de rintroduliw*
Madame de Rosen fit tine entrée des plus pathétiques | elle était tout en larmes et vint s'age&ouiller devaat to ïoî.
Le roi la releva.
— Pardonnez-moi, Sire, ditr-eîîe, d*avolr usé d'une auguste influence pour parvenir jusqu'à Votre Majesté ; mais en vérité, j'étais si désespérée...
— Oh ! je vous pardonne de grand cœur, madame, et je sais gré à mon petit-fils de Vous avoir fait ouvrir une porte qui, à partir de ce moment, vous reste tout ouverte. Mais venons au fait... à la chose principale.
La marquise baissa les yeux.
•— Je suis pressé, continHa le rm ; on m'attend pour la messe. Ce que vous m'écrivas ast^il bien vrai ? La com* tesso se serait-elle en ^iïéi permis de vous... ?
— Oh I vous m'en voyez rouge de honte, sire. Je viens
demander justice au roi. Jamais femme de qualité n'a été traitée de la sorte.
•— Quoi! vraiment, demanda le roi, saurjjint malgré lui, traitée comme une enfant désobéissante, sans en rien rabattre ?
— Oui^ sire, par quatre femmes de chambre^ en 3a présence, dans son boudoir, répondit la jeune femme en baissant les yeux.
— Peste I reprit le roi, auquel ce détail fit naître une foule d'idées, la comtesse ne s'est pas vantée de ce projetlà. Puis avec l'œil d'un satyre : Et comment cela s'est-il passé t dites-moi, marquise.
— Sire, reprit la pauvre femme, de plus en plus rougissante, elle m*a invitée à déjeuner. Je me suis excusée sur mon peu de liberté, sur mon service qui m'appelle dès huit heures du matin chez Son Altesse Royale ; elle m'a fait répondre de venir à sept, qu'elle ne me retiendrait pas longtemps ; et en effet, sire, j'en sors depuis une demi-heure.
— Vous pouvez être tranquille, madame, je m*expliquerai avec la comtesse, et justice vous sera rendue; mais, dans votre propre intérêt, je vous engage à ne pas trop ébruiter l'aventure; que votre mari surtout n'en sache rien. Les maris sont bégueules en diable sur ces choses-là.
— Oh I le roi doit bien penser que, pour mon compte, je saurai me taire ; mais mon ennemie, mais la comtesse, je suis bien sûre que déjà elle s'est vantée à ses plus intimes do ce qu'elle vient de faire, et demain toute la cour saura.... Oh I mon Dieu I mon Dieu I que je suis malheureuse!
Et la marquise cacha sa tôfe dans ses mains, au risque d'étendre son rouge avec ses larmes.
» Rassurez-vouSy marquise, dit le roi; la cour ne saurait avoir un plus joli jouet que vous. Et si Ton en parle, ce sera par envie, comme autrefois dans TOlympe on parla de la môme, aventure arrivée à Psyché. J'en sais parmi nos collets-montés qui ne s*en consoleraient pas si facilement que vous pouvez vous en consoler; vous, marquise, vous n'aviez rien à y perdre.
La marquise Ût une révérence et rougit plus encore, si la chose était possible.
Le roi regardait cette rougeur et dévorait ces larmes.
— Voyons, ditr-il, retournez chez vous, essuyez ces jolis yeux ; ce soir, au jeu, nous arrangerons tout cela, (^est moi qui vous le promets.
Et avec cette galanterie et cette bonne façon particulières à sa race, le roi reconduisit la jeune femme jusqu'à la porte, où il fallut traverser la foule des couilifl0ais, étonnés et intrigués au possible.
Le duc d'Àyen, capitaine des gardes du corps de service, s^approcha du roi et ^inclina devant lui en silence, pour attendre ses ordres.
— A la messe, duc d'Ayen, à la messe, maintenant que j'ai fini mon métier de confesseur, dit le roi.
— Une aussi jolie pénitente ne peut avoir commis que de jolis péchés, sire.
— Hélas ! la pauvre enfant I ce ne sont pas les siens qu'elle expie, poursuivit le roi, en marchant le long de la grande galerie pour se rendre à la chapelle.
Le duc d'Ayen le suivait à un pas en arrière, assez près
pour l'entendre et lui répondre, mais sans se trouver sur la même ligne, suivant Tétiquette.
— On serait heureux d*être son complice, même pour un crime, crime d'amour, bien entendu, sire*
— Son pëohé, ^est celui de la comtesse.
-* Oh 1 pour ceux-là, le roi les sait tous.
— Sans doute, cettp bonne comtesse, on là Calomnié. Elle est extravagante^ folle même, comme dans Toccasion dont il s'agit, et pour laquelle je la tancerai, mais elle a un emiT excellent^ on aura beau m'en dire du mai^ jé,ne le croirai pas. Parbleu l je sais bien que Je ne suis pas soU premier amant et que^ dans ses bonnes grâces, je succède à Hadix de 8ainte-Foy.
«^ Oul$ sire^ riposta le duc^ avec sa malice ôrdihatré, enveloppée sous les formes les pluâ exquises, comme Votre Majesté a succédé à Pharamond.
Le roi, malgré tout son esprit, n*était pas de fofce éontre ée Jrtide jouteur, à ntoins de se fâcher. Il ôïi sentît le ridicule, et fit semblant de lie pas comprendre. Il se hâta d'âdresseï* la parole à un chevalier de Saiht-Louîs qu'il trouva sur son passage. Louis XV était débonhaife et facile; il passait beaucoup de licences à ses familiers, et pourvu qu'on l*amusât, i! faisait boil marché du resté. Le duc d'Ayen, surtout, était en possession dé dire toiit ce qtt*il avait la fôntaisle de raconter. MadaiiieDu Barry, toute puissante, n'avait jamais songé à le combattre; son nom, sa position, son esprit, d'abord, lui semblaient inattaquables.
Pendant la messe, te rdi etik dés distractions : il songeait à là tempête qu*amènerait là iioùvelle frasque de madame
iJt TESTAMENT DE !*. DE CHAÙVEim; lU
Du fiârry, si elle aïtivait aux oreilles de monsieuf le dauphin. Ce prince avait justement, la vaille, tancé la comtesse, qui, njalgré lui, avait fait avoir au vicomte Du Ëarry, son neveu, une place d'écuyer dans sa itiaisdû.
— Qu'il ne s'approfche pas de nloi, avait dit le daU{)hih, ou je le fais chasser par mes gens.
Certes, ces dispositions îi'atlhônçàient pas d^indulgence pout la plaisanterie grossiôre que s'était permise la comtesse. Louis XV sortit donc de la chapelle asseî embarrassé. Avant de se tendi'e atl cotaseil, il passa chez ttiadaîne la dauphine; il la trouva merveilleusement ajustée, et coiffée d'uii bec de diamatiS adtnirablemeht niotité.
— Vous avez là, tnadame, ufl iîtagniflqUe bijoii, dit le roi.
— Vous trouvez, sirfe? Cbihmélit Votfe Majesté lié le connaît-elle pas?
— ttoiî
— Sans doute, puisque Votre Majesté a dontié Tordi^ô qu'on rapportât chez moi.
— Je ne sais ce que vous Voulez dite.
— Cependant, c'est un fait très facile à éclaircir. Hier, un bijoutier est venu au château de Versailles avec ce joyau fleurdelisé et orné de là Couronne de France, cohtmandé par Votre Majesté. Puisque Dieu nous A enlevé la reine, j'avais seule le droit, a-t-il cru, de porter cette parure. C'est donc à moi qu'il l'a offerte, d'après vos ordres et selon votre intention, sans doute.
Le roi rougit et ne répondit rien.
— Voilà encore qui est de mauvais augure, pensa-tr-ih La comtesse avait bien à faire de me donner un nouvel
embarras, avec sa sotte histoire de la marquise. Viendrez-vous ce soir au jeu, madame? poursuivit-il tout haut.
— Si Votre Majesté me l'ordonne.
— Ordonner à vous, ma fille I Je vous en prie, vous me ferez plaisir.
Madame la dauphine s'inclina froidement. Le roi vit qu'il ne parviendrait pas à la dérider; il prétexta un conseil et sortit,
— Mes cnfans ne m'aiment pas, dit-il au duc d'Ayen, qui ne l'ayait pas quitté.
— Le roi est dans Terreur. Je puis assurer à Votre Majesté qu'elle est au moins aussi chérie de ses augustes enfans qu'elle les aime elle-même.
Louis XV comprit répigramme et ne le montra point. C'était de sa part un parti pris. Il eût fallut exiler le duc d'Ayen dix fois par jour, et le roi, d'après l'ennui que lui avait causé l'absence de monsieur de Chauvelin, comprenait mieux que jamais combien la présence des courtisans préférés lui était indispensable.
— Bah ! disait-il, ils auront beau me chatouiller, ils ne m'écorcheront pas. Cela durera autant que moi, et mon successeur s'en tirera comme il pourra.
Étrange insouciance, dont le malheureux Louis XVI devait porter si fatalement la peine I