CHAPITRE IV
— Non 9 sire ; vous avez fait la guerre, vous avez vu des incendies, vous avez élë enveloppé vous-même dans la canonnade de Fontenoy. La flamme ne serait point par conséquent un divertissement nouveau pour vous. Voyons, récapitulons vos moyens de défense contre Tennui.
— Oh ! Lamartinière, je suis bien désarmé.
— Vous avez d*abord M. de Ghauvelin, votre ami , un homme d'esprit... un...
— Ghauvelin n*a plus d'esprit, mon cher.
— Depuis quand?
— Depuis que je m'ennuie, pardieu !
— Bah ! fit Lamartinière, c*cst comme si vous disiez que madame du Barry n*cst plus belle depuis...
— Depuis quoi ? fit le roi en rougissant un peu.
— Oh ! je m'entends, répliqua le chirurgien brusquement.
— Enfin , dit le roi en poussant un soupir, il est décidé que je vais être malade.
— J'en ai peur, sire.
— Un remède alors, Lamartinière, un remède; prévenons le mal.
— Le repos , sire , je n'en connais point d'autre.
— Bien !
— La diète.
— Bien !
— Les distractions.
— Je vous arrête là, Lamartlnlère.
— Comment eela?
— Oui , vous m'ordonnez les distractions, et vous ne me dites pas comment je dois me distraire. £h bien , je vous répute ignorant, igno* rantissime! entendez-vous, mou ami?
— Et vous avez tort, sire. C'est votre faute, et non la mienne.
— Comment cela?
— Oui , on ne distrait pas ceux qui s'cn> nuient, ayant M. de Chauvelin pour ami et madame du Barry pour maîtresse.
Il y eut un silence par lequel le roi semblait avouer que ce que venait de dire Lamartinière n'était pas dépourvu de raison.
Puis le roi reprit :
— Eh bien! Lamartinière, mon ami, puisque nous parlons maladie, raisonnons au moins:
vous dites que je me suis amusé de tout en ce monde, n'est-ce pas?
— Je le dis, et cela est.
— De la guerre?
— Pardieu ! quand on a gagné la bataille de Fontenoy.