‹ Le testament de M. de ChauvelinChapitre 19 sur 74 · CHAPITRE IV. 6S · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. 6S

— Eh bien! sire, vous souffrez? lui demanda-t-il.

— Je crois que oui , mon clicr Laïuartinière, répliqua Sa Majesté.

— Oh ! oh! vous êtes un peu ému.

— Très-ému, oui.

— De quoi?

— Je n'en sais rien.

— Je 1c sais moi , murmura le chirurgiefft , c'est de la peur.

— Tâtez mon pouls, Lamartinière.

— C'est ce que je fais.

— Eh bien ?

— Eh bien! sire, il marque quatre-vingt-huit pulsations à la minute, ce qui est beaucoup chez les vieillards.

— Chez les vieillards, Lamartinière !

— Sans doute.

— Je n'ai que soixante-quatre ans , et à soixante -quatre ans on n'est pas encore vieux.

— On n'est déjà plus jeune.

— Voyons, qu'ordonnez-vous ?

— D'abord, qu'éprouvez-vous?

— J'étouffe un peu , ce me semble.

— Non ; vous avez froid au contraire.

— Je dois être rouge?

64 LR TESTAMENT DE M. DE CHAUYELIN.

— Allons donc, vous êtes pâle... Un conseil , sire.

— Lequel?

— Tâchez de vous rendormir ; ce serait bien gentil.

— Je n'ai plus sommeil.

— Voyons, que signifie cette agitàtion-li?

— Dame ! il me semble que tu dois le savoir, Lamartinicre, ou ce ne serait pas la peine d'être médecin.

— Est-ce que vous auriez fait un mauvais rêve?

— Eh bien! oui.

— Un rêve! s'écria Lamartiniére en levant les mains au ciel ; un rêve !

— Dame! reprit le roi, il y a des rêves.

— Eh bien ! voyons, racontcz-le, votre rêve, sire.

— Gela ne se raconte pas, mon anu.

— Pourquoi donc? Tout se raconte.

— Au confesseur, oui.

— Alors, envoyez-moi chercher votre confesseur bien vite ; en attendant, je remporte ma lancette.

— Un rêve, c'est parfois un secret.

— • Oui , et même aussi , c'est parfois un remords. Vous avez raison, sire, adieu.

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