‹ Le testament de M. de ChauvelinChapitre 20 sur 74 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

£t le docteur commença de tirer ses bas et de passer ses culottes.

— Voyons , Lamartiniére , voyons , ne vous fâchez pas, mon ami. £h bien, j*ai rêvé... j'ai rêvé que Ton me portait à Saint-Denis.

— Et que la voiture était mauvaise... Bah!

quand vous ferez ce voyage-là, vous ne vous en apercevrez pas, sire.

— Comment peux-tu plaisanter sur de pareilles choses? dit le roi tout frissonnant. Non, j'ai rêvé que l'on me portait à Saint-Denis, et que j'étais tout vivant enseveli dans le velours de mon cercueil.

— Vous sentiez-vous gêné dans ce cercueil?

— Oui, un peu.

— Vapeurs, humeur noire, digestion lourde.

— Oh l je n'avais pas soupe, hier.

— Vide, alors.

— Tu crois?

— Ah! j'y songe, à quelle heure avez-vous quitté madame la comtesse, hier?

— Voilà deux jours que je ne l'ai vue.

— Vous la boudez? Humeur noire, vous voyez bien.

— Eh non ! c'est elle qui me boude. Je lui avais promis quelque chose que je ne lui ai pas donné.

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— Donnez-le >lui vite, ce quelque chose; et remettez-vous l'esprit en joie.

— Non , je suis noyé de tristesse.

— Ah ! une idée.

— Laquelle?

— Déjeunez avec M. de Chauvelin.

— Déjeuner ! s'écria le roi; c'était bon du temps où j'avais de l'appétit.

— Âh çà mais! s'écria le chirurgien en se croisant les bras , vous ne voulez plus de vos amis, vous ne voulez plus de votre maîtresse, vous ne voulez plus de votre déjeuner, et vous croyez que je souffrirai cela? £h bien! sire, je vous déclare une chose , moi , c'est que si vous changez vos habitudes, vous êtes perdu.

— Lamartinière ! Mon ami... méfait bâiller; ma maîtresse... m'endort; mon déjeuner... m'étouffe.

— Bon ! décidément vous êtes malade alors.

— Ah ! Lamartinière , s'écria le roi , j'ai été bien longtemps heureux.

— £t vous vous plaignez de cela ? Voilà les hommes !

— Non , je ne me plains pas du passé, certes, mais du présent; à force de rouler, le char s'use.

£t le roi poussa un soupir.

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