‹ Le testament de M. de ChauvelinChapitre 2 sur 74 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

encore, à cette époque , « le duc d'Orlëang. »

C'était répoque heureuse de sa vie ; comme j'avais mon rêve, il avait le sien. Mon rêve à moi , c'était un succès; son rêve à lui, c'était le trône.

Mon Dieu , faites miséricorde au roi ! Mon Dieu , faites paix au vieillard ! Mon Dieu , donnez à répoux et au père tout ce qu'il peut rester pour lui de bonheur paternel et conjugal dans les trésors infinis de votre bonté !

Hélas! à Dreux, j'ai vu pleurer bien amèrement ce père couronné sur la tombe de ce fils qui devait porter une couronne.

N'es^ce pas, sire, que votre couronne perdue ne vous a pas coûté tant de larmes que votre enfant mort?

Revenons au duc d'Orléans et à son portefeuille.

Ce portefeuille, c'était le courrier de la journée et les journaux du soir qu'il fallait envoyer à Neuilly.

Puis , le portefeuille envoyé par un coureur à cheval , il fallait attendre la réponse.

C'était le dernier venu au bureau qui était toujours chargé de cette besogne, et, comme j'étais le dernier venu , elle m'était échue en partage.

Mon camarade Ernest Banet était chargé du portefeuille du matin •

Nous faisions tour à tour le portefeuille du dimanche.

Donc , un soir, qu'entre le portefeuille expédié et le portefeuille qui allait revenir, je griffonnais quelques vers de Christine, la porte de mon bureau s'ouvrit ; une tète fine , coiffée de cheveux blonds et bouclés, passa par l'entre-bâîllement , et une voix à l'accent légèrement railleur fit entendre, sur des notes un peu criardes, ees trois monosyllabes :

— Es-tu là ?

— Oui , répondis-je vivement ; entre !

J'avais reconnu Gordellier Delanoue, fils,

comme moi , d'un vieux général de la république, poëte comme moi. Pourquoi, dans la carrière que nous avons parcourue ensemble, a-MI moins bien réussi que moi? Je n'en sais rien ; il a certes autant d'esprit que moi, et il fait incontestablement mieux le vers que moi.

Caprice du hasard , tout est heur et malheur en ce monde ; au moment de notre mort seulement, nous saurons qui de nous deux, lui ou moi , a eu l'heur ou le malheur.

C'était une bonne fortune que la visite de Gordellier Delanoue* Comme tous les gens que

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