‹ Le testament de M. de ChauvelinChapitre 3 sur 74 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

j'ai aimés , je Taîmais alors , je l'aime encore aujourd'hui ; seulement, je l'aime davantage, et je suis sûr qu'il en est de même de son côté.

Il venait me demander si je voulais aller à l'Athénée entendre je ne sais quelle dissertation sur je ne sais quoi.

Le dissertateur était M. de Villenave.

Je ne connaissais M. de Villenave que de nom; je savais qu'il avait fait une traduction d*Ovide estimée , qu'il avait autrefois été secrétaire de M. de Malesherbes , et professeur des enfants de M. le marquis de Chauvelin.

A cette époque , le spectacle et la distraction étaient choses rares pour moi. Toutes ces portes de théâtre ou de salon qui se sont ouvertes depuis devant l'auteur de Henri III et de Christine étaient fermées encore devant le commis à quinze cents livres , chargé du portefeuille du soir de M. le duc d'Orléans. J'acceptai, en priant toutefois Delanoue d'attendre avec moi le retour du courrier.

En attendant , il me lut une ode qu'il venait de faire. C'était une préparation à la séance de l'Athénée.

Le courrier revint, je fus libre, et nous nous acheminâmes vers la rue de Valois.

Vous dire à quel endroit de la rue de Valois

l'Athënëe tenait ses séances me serait chose impossible ; cette fois fut , je crois, la seule ou j'y allai. Je n'ai jamais beaucoup aime ces réunions^ où une seule personne parle, et où tout le monde écoute. Il faut que la chose dont on parle soit bien intéressante ou bien ignorée ; il faut que celui qui parle de cette chose soit bien éloquent ou bien pittoresque, pour que je trouve un attrait & ce discours sans controverse, ou la contradiction est une inconvenance, la critique une impolitesse.

Je n'ai jamais pu écouter jusqu'au bout un orateur qui parle ou un prédicateur qui prêche. Il y a toujours un angle de son discours auquel je m'accroche, et qui me fait faire une halte dans ma propre pensée, tandis que, lui, continue son chemin. Une fois arrêté, j'envisage la chose tout naturellement sous mon point de vue & moi ; de sorte que je fais mon discours ou mon sermon tout bas, tandis que, lui, le fait tout haut. Arrivés tous deux au but, nous sommes souvent à cent lieues d'écartement l'un de l'autre, quoique nous soyons partis du même point.

Il en est de même des pièces de théâtre : à moins que je n'assiste & une première représen< tatian d'une pièce faite pour Arnal, pour Grassot ou pour Ravel, c'est-à-dire d'un ouvrage qui

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