‹ Le testament de M. de ChauvelinChapitre 23 sur 74 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

ce matin-lh , n'avait pas la patience d'attendre : il commença donc à battre en brèche la tristesse de son favori.

— Mais que diable avez-vous donc , Chauve- ]in? demanda Louis XV ; est-ce que vous continuez mon rêve de cette nuit? Est-ce que vous voulez aussi vous faire enterrer, vous?

— Oh !... Votre Majesté aurait songé de ces vilaines choses? demanda Richelieu.

— Oui , un cauchemar, duc. Mais, en vérité, ce que je supporte en dormant, j'aimerais assez à ne pas le retrouver éveillé. Eh bien ! voyons, Chauvelin, qu'avez-vous?

Le marquis s'inclina sans répondre.

— Parlez , mais parlez donc, je le veux ! s'écria le roi.

— Sire, répondit le marquis, je réfléchis.

— A qi^oi? demanda Louis XV étonné.

— A Dieu ! sire.

— A Dieu?

— Oui , sire. Dieu... c'est le commencement de la sagesse.

Ce préambule si froid et si monacal fit tressaillir le roi qui , attachant sur le marquis un regard plus attentif, découvrit dans ses traits fatigués , vieillis , la cause probable de cette tristesse inaccoutumée.

— Le commencement de la sagesse, dit-il.

Ah ! vraiment , je ne m'étonne plus si ce commencement n*a jamais de suite ; il est trop ennuyeux. Mais vous ne réfléchissez pas à Dieu tout seul. A quoi réfléchissez-vous encore?

— A ma femme et à mes enfants que je n'ai pas vus depuis longtemps, sire.

— Tiens , c'est vrai , Chauvclin , vous êtes marié, vous avez des enfants, je l'avais oublié ; et vous aussi , ce me semble, car depuis quinze ans que nous nous voyons tous les jours , c'est la première fois que vous m'en parlez. Eh bien ! s'il vous prend une rage de pot-au-feu, faites-les venir, je ne m'y oppose pas ; votre logement au château est assez grand, ce me semble.

— Sire, répondit le marquis^ madame de Chauvelin vit fort retirée du monde, dans une haute dévotion, et...

— £t elle se scandaliserait, n'est-ce pas, du train de Versailles? Je comprends, c'est comme ma fille Louise, que je ne peux pas tirer de Saint Denis. Alors je n'y vois pas de remède, mon cher marquis.

— Je demande pardon au roi ; il y en a un.

— Lequel ?

— Mon quartier va finir ce soir; si le roi me

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