‹ Le testament de M. de ChauvelinChapitre 24 sur 74 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

permettait d*ailer à Grosbois passer quelques jours avec ma famille...

— Vous plaisantez, marquis : me quitter!

— Je reviendrai , sire ; mais je ne voudrais pas mourir sans avoir pris quelques dispositions testamentaires.

— Mourir! la peste de l'homme! Mourir!

comme il vous dit cela! Quel âge avez -vous donc, marquis?

— Sire, dix ans de moins que Votre Majesté, bien que je paraisse avoir dix ans de plus.

Le roi tourna le dos à cet humoriste ; et s'adressant au duc de Coigny, placé tout auprès de son estrade :

— Ah ! vous voilà , M. le duc, dit-il; vous arrivez k merveille; on parlait l'autre soir de vous à souper. Est-il vrai que vous ayez donné l'hospitalité, dans mon château de Choisy, à ce pauvre Gentil-Bernard? Ce serait une bonne action dont je vous louerais. Cependant, si tous les gouverneurs de mes châteaux faisaient de même et recueillaient les poètes devenus fous, il ne me resterait plus d'autre ressource, à moi, que d'aller habiler Bicétre. Comment va-t-il ce malheureux?

— Toujours assez mal , sire.

— Et comment donc cela lui est-il venu?

— Sire, pour s'être un peu trop amusé autrefois, et surtout pour avoir tout récemment voulu faire le jeune homme.

— Oui, oui, je comprends^ Dame! il est bien vieux.

— J'en demande pardon au roi, sire; mais il n'a qu'un an de plus que Sa Majesté.

— En vérité, cela est insoutenable, dit le roi en tournant le dos au duc de Goigny ; non-seulement ils sont tristes aujourd'hui comme des catafalques, mais encore ils sont bêles comme des oies.

Le duc d'Ayen , un des hommes les plus spirituels de cette époque si spirituelle , comprit la mauvaise humeur croissante du roi ; il en craignit les éclaboussuresi et, déterminé à la faire cesser le plus tôt possible, il fit deux pas en avant pour se mettre en évidence. Il portait sur sa veste, sur ses jarretières et autour de son habit, des broderies d'or, larges et brillantes, qui ne pouvaient manquer d'attirer les yeux. Le monarque le vit en effet.

— Par ma foi, duc d'Ayen , s'écria-t-il, vous voilà resplendissant comme un soleil. Avez-vous donc volé un coche? Je croyais tous les brodeurs de Paris ruinés depuis le mariage du comte de

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