CHAPITRE V
Provence, où aucun courtisan ne les a payes, et où MM. les princes n'ont pas jtigé à propos de venir, faute d'argent ou de crédit, sans doute.
— Aussi sont-ils bien ruinés, sire.
— Qui donc, les princes, les brodeurs ou les courtisans?
— Mais tous un peu, je crois; pourtant les brodeurs sont plus habiles, ils s'en tireront.
— Gomment?
— Par la nouvelle invention que voici.
Et il montrait ses broderies.
— Je ne comprends pas.
— Oui , sire , ces habits brodés ainsi se nomment d fa ehancelière,
— Je comprends encore moins.
— 11 y aurait bien un moyen de faire comprendre cette énigme à Sa Majesté ; ce serait de citer les vers que ces badauds de Parisiens ont faits , mais je n'ose pas.
— Vous n'osez pas, vous, duc! dit le roi en souriant.
— Ma foi, non, sire; j'attends l'ordre du roi.
— Je vous le donne.
— Le roi se rappellera au moins que je ne fais qu'obéir.
78 LE TESTAMENT DE H. DE CnAUVELIN.
« Voici donc les vers :
« On fait certains galons de nouvelle matière, Mais ils ne sont que pour jours de galas.
On les nomme à la chancelière.
Pourquoi? G*est qu*ils sont faux et nerougissent pas. »
Les courtisans se regardèrent , étonnes de tant d*audacc, et tous se retournèrent en même temps vers Louis XV afin dé modeler leurs physionomies sur la sienne. Le chancelier Maupeou, alors dans toute sa faveur, soutenu par la favorite , était un trop haut personnage pour qu'on osât se permettre d'écouter les épigrammes qui se succédaient sans cesse contre lui. Le monarque sourit ; dès lors toutes les lèvres sourirent. Il ne répondit rien ; personne ne dit mot.
Louis XV avait une singulière disposition. Il craignait horriblement la mort, il ne voulait pas qu'on lui parlât de la sienne. Mais, à tout propos, il se faisait une espèce de joie de se moquer du faible qu'ont presque tous les hommes de cacher leur âge, leur vieillesse, ou leurs infirmités. Il disait volontiers à un courtisan :
— Vous êtes vieux, vous avez mauvaise mine, vous mourrez bientôt.
Il y mettait de la philosophie, et, ce jour-là même, où deux fois il avait reçu des atteintes cruelles, il s'exposa à eu recevoir une troisième»