‹ Le testament de M. de ChauvelinChapitre 26 sur 74 · CHAPITRE y · texte numérisé non relu

CHAPITRE y

Pour reprendre la conversation rompue avec le duc d'Ayen , H lui dit assez brusquement :

— Comment va le chevalier deNoailles? Est il vrai qu'il soit malade?

— Sire, nous avons eu le malheur de le perdre hier.

— Ah ! je le lui avais bien annonce.

Puis envisageant le cercle des courtisans , augmenté des petites entrées , il aperçut Tabbé de firoglio, homme hargneux et brusque. Il Tapostropha çn ces termes :

— A votre tour, Fabbé. Vous aviez juste deux jours de moins que lui.

— Sire, répliqua M. de Broglio tout blanc de colère, Votre Majesté a été hier à la chasse. Il est venu un orage. Le roi a été mouillé comme les autres.

Et se faisant faire place, il sortit furieux. Le roi le regarda aller d'un œil assez triste, et ajouta :

— Voilà comme il est , cet abbé de Broglio , il se fâche toujours !

Puis , avisant h la porte son médecin Bonnard, et avec lui Bordeu, protégé de madame du Barry, et aspirant à le remplacer, il les appela tous les deux.

^- Venez , messieurs ; on ne parle que de

le chef-d'œuvre de Rotiers. Il faut voir cela.

— Sire, je préfère me rendre a Grosbois.

— Encore! Vous radotez, mon cher, allez chez la comtesse, elle vous désensorcellera. Messieurs, à la messe ! à la messe ! Voilà une journée qui commence bien mal. Ce que c'est que de vieillir !

MéM MIBOIA DB IIADAIIB DO BABBV.

Le marquis, pour obéir au roi , et malgré la répugnance qu'il éprouvait à obéir, se rendit chez la favorite.

La favorite était dans une joie extrême ; elle dansait comme un enfant , et dès qu'on lui annonça M. le marquis de Chauvelin , elle courut à lui, et sans lui donner le temps de dire un seul mot :

— Oh ! mon cher marquis, mon cher mar-

quis^ s'écrîa-t-elle , vous arrivez à merveille! Je suis aujourd'hui la plus heureuse personne du monde ! j'ai eu le plus charmant réveil que Ton puisse avoir ! D'abord Rotiers m'a envoyé mon miroir ; c'est lui que vous venez voir sans doute, mais il faut attendre le roi. Et puis, comme plusieurs bonheurs viennent toujours ensemble, le fameux carrosse est arrivé, vous savez, le carrosse que me donne M. d'Aiguillon*

— Ah ! oui , dit le marquis, le vis-à-vis dont on parle partout. Il vous devait bien cela, madame.

— Oh ! je sais bien qu'on en parle , mon Dieu ! je sais même ee que l'on en dit.

— Vraiment, vous savez tout !

— Oui, à peu près; mais, vous comprenez, je m'en moque ! Tenez , voici des vers que j'ai trouvés ce matin même dans les poches du visà-vis. Je pouvais faire arrêter le pauvre sellier, mais bah! ces ohoses-là, c'était bon pour madame de Pompadour ; je suis trop contente pour me venger, moi. D'ailleurs, les vers ne sont pas mauvais, ce me semble, et si Ton me traitait toujours ainsi , pai*ole d'honneur, je ne me plain* draispas!

Et elle présenta les vers à M. de Gliau* velin.

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