CHAPITRE VI
M. de Châuvolin les prit et les lut ;
Pourquoi ce brillanl vis-à-vis?
Est-ce le char d'une déesse Ou de quelque jeune princesse ?
S*écriait un badaud surpris.
Non... de la fouie curieuse, Lui répond un caustique, non :
Cest le char de la blanchisseuse De cet infâme d'Aiguillon !
£t rinsoueiante courtisane se mit à rire aux éclats. Puis, elle reprit :
— De cet infâme d'Aiguillon, vous entendez, 9a blanehissetise. Ah ! ma foi, l'auteur a raison, et ce n'est pas trop dire; sans moi, en vérité, le pauvre duc, malgré la farine dont il s'est couvert k la bataille de... je ne sais jamais les noms de bataille , sans moi le pauvre duc restait d'un noir effroyable. Mais bah ! qu'importe, comme disait mon prédécesseur, M. de Mazarin, ils eantent, ikpagheront; et mon vis-à-vis vaut mieux dans un seul de ses panneaux que toutes les épigrammes qu'on a faites contre moi depuis qua^ tre ans. Je vais vous le montrer. Venez, marquis, suivez-moi.
Et la comtesse , oubliant qu'elle n'était plus Jeanne Vaubernier , et oubliant l'âge du marquis, descendit eu chantant les marches d'un
escalier dérobé conduisant à une petite cour où se trouvaient ses remises.
— Voyez, dit-elle au marquis tout essoufflé, est-ce assez présentable pour une voiture de blanchisseuse ?
Le marquis resta stupéfait. Rien de plus magnifique et de plus élégant tout & la fois n'avait frappé ses regards. Sur les quatre panneaux principaux on voyait les armes des du Barry avec le fameux cri de guerre : Bovte en avant! Sur chacun des panneaux de côté, on voyait répétée une corbeille garnie d'un lit de roses sur lequel deux colombes se becquetaient tendrement ; le tout en vernis Martin dont le secret est perdu maintenant.
Le carrosse coûtait einquante-six mille li^ vrcs.
— Le roi a*t-il vu ce superbe présent, madame la comtesse? demanda le marquis de Ghauvelin.
— Pas encore , mais je suis sûre d'une chose. . .
— De quelle chose êles-vous sûre? voyons.
— C'est qu'il en sera charmé.
— Euh! euh!...
— Gomment ! euh ! euh !
— Oui , j'en doute.