‹ Le testament de M. de ChauvelinChapitre 29 sur 74 · CHAPITRE YI · texte numérisé non relu

CHAPITRE YI

- — Gomment?

— Oui, la couronne fleurdelisée ne peut être portée que par celle qui a été , qui est , ou qui sera reine de France.

Les yeux de madame du Barry lancèrent des éclairs.

Le roi fit une moue terrible.

Puis il se leva en disant :

«— Vous avez raison , marquis de Chauvelin ; votre esprit est malade. AUez-vous-en vous reposer à Grosbois, puisque vous vous trouvez si mal parmi nous ; allez, marquis, allez.

M. de Chauvelin fit un profond salut pour toute réponse, sortit du cabinet à reculons, ainsi qu'il eût fait dans les grands appartements de Versailles , et, observant strictement l'étiquette qui défend de saluer personne devant le roi , il disparut sans même avoir regardé la comtesse.

La comtesse se mordait les ongles de fureur ; le roi voulut la calmer.

— Ce pauvre Chauvelin, dit-il, il aura eu un songe comme j'en ai eu un. En vérité, tous ces esprits forts succombent au premier coup quand l'ange noir les touche de son aile. Chauvelin a dix ans de moins que moi , et j'ai encore la prétention de valoir mieux que lui.

— Oh ! oui, sire, vous valez mieux que tout

le monde. Vous êtes plus spirituel que vos ministres et plus jeune que vos enfants.

Le roi s'épanouit à ce dernier compliment , qu'il s'efforça de mériter, malgré Tavls de Lamartinière.

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Le lendemain du jour où le roi avait permis à M. de Ghauvelin de se retirer dans ses terres, la marquise, femme de ce dernier, se promenait dans le parc de Grosbois avec ses enfants et leur gouverneur.

Sainte et noble femme , oubliée à Tombre de ces grands chênes par la corruption qui dévorait depuis cinquante ans la France, madame de Ghauvelin avait conservé pour elle Dieu qui la bénissait, ses enfants qui Taimnicnt, ses vassaux qui la vénéraient.

Elle ne rendait à Dieu que ses prières, à ses enfants que leur amour, à son prochain que la charité.

Toujours occupée de ce qui occupait san mari , elle le suivait de la pensée sur le théâtre orageux de la cour, comme la femme du marin suit avec le cœur le pauvre navigateur perdu dans les brumes et dans la tempête.

Le marquis avait aimé tendrement sa femme.

Devenu courtisan et préféré , jamais il n'avait engagé, dans cette partie que gagnent toujours les rois contre leurs favoris, son dernier enjeu : le bonheur de Ja vie domestique, pure et dernière flamme à laquelle il souriait de loin. Ce navigateur dont nous parlions tout à l'heure regardait cet amour de la famille comme le naufragé regarde le phare. II espérait se réchauffer après la bourrasque au foyer toujours ardent, toujours joyeux de sa maison.

C'était une vertu à M. de Chauvelinde n'avoir jamais forcé la marquise à venir habiter Versailles*

La pieuse femme eût obéi : elle se fût sacri* fiée.

Mais le marquis n'en avait jamais parlé qu'une fois.

Au premier regret qui se peignit dans les

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