CHAPITRE Vif
yeux de sa femme, il y renonça. Ce n'était pas, comme les méchants rallaient disant, que M. de Ghauvelin eût peur des sermons de sa femme ; tout débaudié, tout courtisan rampant devant la concubine ou devant le monarque , trouve assez de bravoure pour dominer sa femme et iporigéner ses enfants.
Non , M. de Chauvelia avait abandonné la marquise à ses saintes spéculations.
— Je gagne assez d'arpents de terrain, disait-il, en enfer; laissons cette bonne marquise me gagner quelques pouces d*azur dans le ciel.
On ne le voyait plus à Grosbois ; sa femme lui faisait une fête chaque année lorsqu'il arrivait à la •Saint^André.
C'était uiie règle invariable: M. de Ghauvelin embrassait ses enfants à deux heures , dînait en compagnie , montait en carrosse à six heures et se trouvait au coucher du roi.
Depuis quatre ans, il n'avait pas fait autre chose. En quatre ans, il avait quatre fois appuyé ses lèvres sur la main de la marquise. Au premier de l'an 9 ses fils venaient le voira Versailles avec leur gouverneur.
M. de Ghauvelin se fiait à sa femme du soin d'élever ses enfants. L'abbé V***, homme jeune et savant, qui n'avait pas encore reçu les ordres,
mais que, par courtoisie cependant, on nommait Tabbé, secondait avec zèle les eficnrts de la mar* qufse , et donnait tout son temps eomme tout son cœur k ces jeunes enfants abandonnes par leur père.
La vie était douce à Grosbois* La marquise partageait son temps entre l'administration de sa fortune, confiée à un vieil intendant, nommé Bonbonne; entre les exercices d'une austère pieté, dont un directeur haUle, le père Delar, moine camaldule, dirigeait les élans , etl'é^cation des deux enfants , qui promettaient de porter dignement un nom illustré par de grands services rendus à i'État«
Quelquefois une lettre écbappée au* marquis à ses heures de dégoét venait consoler la famille, et raviver dans le cœur de la marquise une tendresse que souvent elle se reprochait de ne pas donner tout entière à Dieu.
Madame de Chauvelin aimait encore son mari, et quand elle avait prié tout le jour^ le père Delar, son directeur, lui faisait observer qu'elle n'avait parlé à Dieu que de son époux bien-aimé.
La marquise en était venue à ne plus attendre , à ne plus espérer son mari sur la terre. Elle se flattait, bonne et pieuse créature, de mériter assez bien de Dieu pour retrouver M. de