CHAPITRE VII
— Combien dëpensez-vous? N'est-ce pas huit mille écus?
— Oui.
— Ne voil«-i-il pas dix ans que vous thésaurisez, puisque voilà dix ans que M. de Chauvciin vit en cour ?
— Oui.
— Eh bien ^ madame, avec les intérêts capitalisés vous avez vingt-cinq mille écus , vous devez les avoir.
— Bonbonne !
— J'ai deviné !... Or, si vous les avez, vous les donnerez à M. de Chauvdin Jors de sa première demande. Et si vous les donnez, il ne restera rien à vos enfants, au cas où M. le marquis serait frappé subitement.
— Bonbonne!
— Parlons franc ! Votre bien est engagé ; celui de M. de Ghauvelin doit sept cent mille livres.
— Il en possède seize cent mille.
— Soit. Mais l'excédant des sept cent mille ne satisfera seulement pas les créanciers.
— Vous m'effrayez !
— J'y tâche.
— Que faire?
— Prier M. de Ghauvelin, qui dépense trop , d'aliéner sur-le-champ, au profit de vos enfants.
les neuf cent mille livres qui restent; le prier de vous les constituer comme douaire , ou vous faire restituer par un testament. ..
— Un testament ! bon Dieu ]
— Vous voilà bien avec vos scrupules l Est-ce qu'un homme meurt pour tester ?
— Parler de testament à M. de Chauvelin !
— C'est cela ! craindre de troubler M. le marquis dans sa joie^ dans sa digestion, dans sa faveur par ce vilain mot : l'avenir, mot qui pour les jours heureux sonne toujours comme le mot mort. Ah! si vous craignez cela, ah! bien, vous ruinerez vos enfants, et vous aurez ménagé les oreilles de M. le marquis.
— Bonbonne !
— Je suis un chiffre qui parle , lisez mes comptes.
— C'est affreux !
— Ce serait plus affreux d'attendre ce que je vous annonce. Faites l'office d'un sage conseiller^ montez en carrosse, et courez cfacz^ M. le marquis.
— A Paris?
— Non, à Versailles.
— Moi ! dans cette société que voit mon mari ? Jamais !
— Écrivez alors.