‹ Le testament de M. de ChauvelinChapitre 34 sur 74 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

— Lîra-t-il seulement ma lettre ? Hélas !

quand j'écris pour le fâiciter ou pour le souhaiter, il ne lit pas même ce que j'écris; qu'en sera-t-il si je prends la plume de l'homme d'affaires?

— Qu'un ami fasse la démarche, alors; moi, par exemple.

— Vous?

— Oh! voulez- vous dire qu'il ne m'écoutera pas? Que si fait, madame, il m'écoutera.

— Vous le rendrez malade, Bonbonne!

— Son médecin le guérira.

*— Vous le mettrez en colère, et la colère le tuera.

— Non pas ; je tiens trop & ce qu'il vive. Si je le tuais, ce serait après lui avoir fait écrire un testament.

Et rhonnéte homme se mit à éclater d'un gros rire qui fit mal à la marquise.

— Bonbonne, en parlant ainsi, c'est moi que vous tuerez, murmura-t-elle.

Bonbonne lui prit la main avec respect.

— Pardon , dît-il, je me suis oublié, madame la marquise ; ordonnez qu'on mette les chevaux ' à la voiture, je pars pour Versailles.

— Ah ! Dieu soit loué I Vous emporterez mon registre, et... Tiens!

— Qu'yat-il?

— Est-ce que déjà mes désirs OQt été compris ?

— Comment?

— Vous avez parlé de mon carrosse ?

— Oui.

— Le voici dans Tavenue du Mail.

— Ah!

— Livrée de la maison*

— Ce sont les chevaux grîs-fer de M. le marquis.

— Madame ! madame ! cria Tabbé V***.

— Madame! madame ! cria le père Delar.

— Madame! madame! crièrent vingt voix, dans les parterres, les communs et le parc.

— Maman ! maman ! crièrent les enfants.

— M. le marquis ! oh ! mais, serait-il vrai ? murmura la marquise. Lui , à Grosbrâ, en ce jour!

— Bonjour, madame, dit de loin le marquis dont le carrosse venait de faire halte et qui descendait joyeusement avec des gestes empressés.

— Lui-même , sain de corps et allègre d'es- 'prit. Merci, mon Dieu !

— Merci, mon Dieu ! répétèrent les vingt voix . qui avaient annoncé le mattre et le père.

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C'était bien le marquis lui-même; il serra tendrement les deux enfants qui avaient poussé un cri de joie en le voyant , et il appuya sur la main de la marquise stupéfaite un baiser qui venait du cœur.

— Vous, monsieur! vous! dit-elle en s*emparant de son bras.

— Moi!... Mais ces enfants jouaient ou travidliaient ; je ne veux pas interrompre l'étude , encore moins le jeu.

— Ah ! monsieur, pour le peu de temps qu'ils

ont à VOUS voir, ]aissez-lcur tout entière la joie de votre chère présence.

— Dieu merci, madame, ils me verront longtemps.

— Longtemps? jusqu'à demain soir, est-il vrai? Vous ne repartirez que demain soir?

— Encore mieux, madame.

— Vous coucherez deux nuits & Grosbois?

— Deux nuits, quatre nuits, toujours.

— Ah! monsieur, qu'est-il donc arrivé? s*ëcria vivement la marquise, sans s'apercevoir de ce qu'une pareille surprise pouvait renfermer pour M. de Chauvclin de reproches sur sa conduite passée.

Le marquis fronça un instant le sourcil ; puis tout à coup :

— Est-ce que vous n'avez pas un peu prié Dieu de me ramener dans ma famille? demanda-t-il en souriant.

— Oh ! monsieur, toujours !

— Eh bien , madame, vous avez été exaucée ; il m'a semblé qu'une voix m'appelait ; j'ai obéi h cette voix.

— Et vous quittez la cour ?

— Je viens m'établir à Grosbois, interrompît le marquis en étouffant un soupir.

— Ces chers enfants , moi, tous les vassaux,

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