‹ Le testament de M. de ChauvelinChapitre 35 sur 74 · CHAPITRE Vin · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vin

quel bonheur ! Ah ! monsieur, permettez-moi d'y croire, laissez-moi celte félicité.

— Madame, votre satisfaction est un baume qui guérit toutes mes blessures... Mais, ditesmoi, vous plflit-il que nous causions un peu ménage?

— Faites, faites, dit la marquise en lui serrant les mains.

— Il me semble avoir vu de bien mauvais chevaux là-bas, au poteau de la demi lune:

sont-ils k vous?

— Ce sont les miens, monsieur.

— Des chevaux hors d'âge î

— Monsieur, ce sont les chevaux que vous m*avez donnés à la naissance de votre fils.

— Us prenaient quatre ans et demi, il y a neuf ans: ce sont des bêtes de quatorze ans; fi!... pour vous, marquise, de semblables attelages !

— Ah ! monsieur, quand je vais à la messe , ils trouvent encore le moyen de s'emporter.

— J'en ai vu trois, ce me semble ?

— J'ai donné le quatrième, qui est plus vif, à mon fils, pour ses leçons.

— Du manège, à mon fils , sur un cheval de carrosse! Marquise, marquise, quel cavalier ferez-vous là !

La marquise baissa les yeux.

— Et puis, VOUS n'allez plus à quatre chevaux; vous en avez huit, je crois, et deux de sdle?

— Oui. monsieur; mais comme, depuis votre absence, il n'y a plus chasses ni promenades d'apparat, j'ai pensé qu'une économie de quatre chevaux, de deux palefreniers et d'une sellerie, me donnerait six mille livres nu moins par année.

— Marquise, six mille livres ! murmura M. de Chauvelin mécontent.

— C'est la nourriture et l'cnlretien de douze familles, répliqua-t-elle.

Il lui prit la main.

— Toujours bonne , toujours parfaite ! Ce que vous faites sur la terre. Dieu vous l'inspire toujours du haut du ciel. Mais la marquise de Chauvelin ne doit pas faire d'économies.

Elle leva la tête.

— Vous voulez dire que je dépense l)eaucoup, fit-il; oui, je dépense beaucoup d'ai^ent , et vous, vous en manquez.

— Je ne dis pas cela, monsieur.

— Marquise, ce doit être la vérité. Noble et généreuse comme vous l'êtes, vous n'eussiez pas congédié des gens à moi sans nécessité. Un par lefrenicr renvoyé est un pauvre de plus. Vous

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