‹ Le testament de M. de ChauvelinChapitre 38 sur 74 · CHAPITRE Vlll. 1!M · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vlll. 1!M

— J*ai besoin de me recueillir. Je ne puis oublier aussi vite la vie que j*ai menée ; je la regrette peut-être. Merci de vos conseils , mon père, ils porteront leurs fruits.

— Dieu le veuille ! mais tous connaissez Taxiome du sage : u Ne remets jamais au lendemain ce que tu peux faire la veille, n

— le vous dois déjà de la reconnaissance ; j'étais abattu, vous m'avez relevé; on ne peut pas tout faire à la fois, mon père.

— Oh! M. le marquis 9 reprit le moine en s'indinant, il ne faut qu'une minute pour faire d'un coupable un pénitent, d'un damné un élu; si vous vouliez...

— C'est bien, c'est bien, mon père, demain.

Voici la cloche du diner.

11 le congédia d'un geste et s'enfonça dans une allée. Le précepteur s'approcha du père Delar.

— Qu'a donc M. le marquis? le ne le reconnais plus ; il est anxieux , sombre , hagard , lui d'ordinaire si gai.

— Il a le pressentiment de sa fin prochaine, et il songe à s'amender ; c'est une conversion magnifique et qui fera beaucoup d'honneur à mon couvent. Oh ! si le roi...

— Ah ! ah ! l'appétit vient en mangeant, mon

ifSt LE TESTAMENT SE M. DE CHAUVELIN.

père, à ce qu'il parait ! le crains toutefois que vos souhaits ne restent inutiles sous ce rapport. Sa Majesté est difficile à persuader, et d'ailleurs elle a ses convertisseurs; on parie de monseigneur révéque de Senez comme d'un rude champion.

— Oh ! le rot n'est pas si incrédule que vous le prétendez ; rappelez^vous donc la maladie de Metz et le renvoi de madame de Chéteauroux.

— Oui, mais alors Louis XV était jeune et il ne s'agissait pas d'expulser Jeanne Vaubernier, deux considérations qui changent terriblement la position. £nfin vous avez le temps d'y songer, mon cher M. Delar ; eo attendant , comme le dtner *est sonné , il s'agit de ne pas faire attendre M. le marquis. Dieu merci ! il ne dîne pas si souvent avec nous.

Le diner, auquel arrivèrent à temps le père Delar et l'abbé V***, avait reçu en effet le père , la mère et les enfants. Jamais la marquise n'avait paru si gaie ; jamais elle n'avait déployé tant de soins pour faire les honneurs de sa table.

Le cuisinier s'était surpassé. Les beaux poissons des viviers, les fines volailles des cages , les plus savoureux fruits de la serre et des treilles rappelèrent au marquis combien la maison était bonne lorsqu'il s'agissait d'y traiter un raattre chéri.

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