CHAPITRE Vill
*- Ah! si tu savais comme j'ai hâte! Tiens, dicte*moi, je vais tout écrire de ma main.
— Pas du tout , monsieur, pas du tout, vous avez déjà les yeux tout rouges ; pour peu que Yous continuiez un demi-quart d*heure , vous aurez la fièvre après la migraine qui va vous prendre.
— Que faire pendant cette heure qui te semble nécessaire?
— Vous promener, prendre le bon air de la pelouse avec madame la marquise , et puis je vais tailler mes plumes, et gare au papier! j'en abattrai plus à moi seul, je vous en réponds, que Ivols clercs de procureur.
Le marquis obéit avec une sorte de répugnance ; pourtant il se sentait lourd, agité.
— Soyez donc calme, lui dit Bonbonne; est-ce que vous avez peur de ne pas avoir le temps de signer? Une heure, vous dis-je;que diantre!
M. le marquis, vous vivrez bien encore soixante et une minutes.
— Tu as raison, reprit le marquis.
Et il descendit ; la marquise l'attendait.
Le voyant plus calme et d'une physionomie plus enjouée :
— Eh bien , dit-elle, avez-vous bien travaillé, monsieur ?
198 LE TESTAMENT DE M, M CHAUVELiN.
— Oh ! oui , marquise , oui , de boo travail , dont vous et vos fils serez contents, je Fespère.
— Tant mieux ! Votre bras ; promenons^nous; les serres sont ouvertes ; voulez*vous que nous les visitions?
— Tout ce qui vous plaira^ marquise, tout.
— Et vous dormirez bien après cette promenade* Si vous saviez la joie de vos valets de chambre depuis qu'ils ont mis des draps k votre grand lit !
— Marquise , je dormirai comme depuis dix ans cela ne m'était pas arrive : rien que d'y penser, j'en tressaille d'aise.
— Vous croyez , n'est-ce pas , que voua ne vous ennuiei^ pas trop avec nous?
— Non, marquise, non.
— Et que vous vous habituerez à nos cam* pagnards?
— Oui , sans peine. Et si le roi , que je me repens d'avoir un peu rudoyé peut-être , si le roi m'oublie, il fait bien..
— Le roi? Âh! monsieur, dit tendrement la marquise, vous venez de soufHrer en parlant de Sa Majesté.
— l'aime le roi, marquise, mais croyez bien... Il n'acheva pas. Un bruit de fouet et les grelots d'un cheval lui coupèrent la pande.