‹ Le testament de M. de ChauvelinChapitre 43 sur 74 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

— Bon ! me voilà dans de beaux draps ( Voyons, Chauvelin...

— Sire...

— Et c'est la comtesse de Provence qui se plaint?

— On dit que oui«

— Alors le comte de Provence va faire des vers abominables sur cette pauvre comtesse. Elle n*a qu'à se bien tenir; elle sera flagellée de la bonne façon.

— Sire,ce sera tout simplement un prêté pour un rendu.

— Plait-il?

— Figurez-vous que madame la marquise de Rosen...

— Cette charmante petite brune, amie de la comtesse de Provence?

— Oui, queVotre Majesté a beaucoup regardée depuis un mois.

— Oh! on m'en a grondé assez en certain lieu, marquis! Eh bien?...

— Qui vous a grondé, sire?

— Pardieu ! la comtesse.

— Eh bien! sire , la comtesse vous a grondé , vous, c'est bien ; mais, de l'autre eàté, elle a mieux fait que de gronder.

— Expliquez-vous, marquis ; vous m'effrayez.

LE TESTiMBHT DE M. DE CHAUVELIIT. 45

ISê LE TESTAMENT OE H. DE CHAUTELIN.

— Dame ! sire, effrayez>?ous ; je ne vous en empèehe pas.

— Comment! c'est donc grave?

■— Très-grave,

— Parlez.

— Il parait que...

— Que?...

— Voyez-vous, sire, c'est plus diffieile à dire que cela n'a été difficile à faire.

— Vous m'effrayez réellement, marquis. Jusqu'ici j'ai cru que vous plaisantiez. Mais s'il y a une gravité réelle, voyons, parlons sérieusement.

En ce moment le duc de Riebelteu entra.

— Du nouveau, sire, dit-il avec un sourire à la fois gracieux et inquiet; gracieux, parce qu'il s'agissait de plaire au monarque; inquiet, parce qu'il s'agissait de combatti*e la faveur de ce favori rappelé à Versailles après ua jour d'exil.

— Du nouveau ! Et d'où vient ce nouveau, mon cher duc? demanda le roi.

Le roi regarda autour de lui, et vit le marquis de Chauveiin riant sous cape.

— Tu ris, sans cœur ! lui dit-il.

— Sire, l'orage va crever ; je vois cela aux airs tristes de M. de Richelieu*

CffAPITBB IX. tSO

— Vous VOUS trompez/ marquis ; j*ai annoncé du nouveau, c'est vrai ; mais je ne me charge pas de le dire.

— Mais , enfin , comment saurai -je oe nouveau?

— Un page de madame de Provence est dans votre antichambre avec une lettre de sa maltresse ; que Votre Majesté donne ses ordres.

— ^^Oh! oh! dit le roi, qui n'aurait pas été fâché de tout faire retomber sur M. ou madame de Provence qu'il n'aimait point, depuis quand les fils ou les femmes des fils de France écrivent-ils au roi au lieu de se présenter à son lever?

— Sire, probablement la lettre donne à Votre Majesté la raison de ce manque d'étiquette.

— Duc, prenez cette lettre, et donnez-la-moi. Le duc s'inclina, sortit, et rentra une seconde

après, la lettre à la main.

Puis la remettant au roi :

— Sire, dit-il, n'oublia pas que je suis l'ami de madame du Barry, et que 'd'avance je me constitue son avocat.

Le roi regarda Richelieu, ouvrit la lettre, et fronça visiblement le sourcil en parcourant les détails qu'elle contenait.

— Oh ! murmura-t-il , pour cette fois , c'est trop fort; et vous vous êtes chargé d'une mau-

vaise cause ^ duc. En vérité, madame du Barry est folle.

Puis, se retournant vers les officiers :

— Qu'on se présente à l'instant même de ma * part chez madame de Rosen ; que l'on prenne de ses nouvelles, et qu'on lui dise que je la recevrai immédiatement après mon lever, avant d'aller à la messe. Pauvre marquise, chère petite femme!

Chacun se regarda. Un nouvel astre se levait-il à rhorjzon de la faveur?

Rien de plus possible, en somme. La mar* quise était une jeune et jolie femme» Nommée depuis un an dame pour accompagner madame de Provence , elle s'était liée avec la favorite, se trouvait dans tous ses particuliers, où le roi l'avait vue souvent. Mais , sur les observations de la princesse, qui se trouvait blessée de cette intimité , elle cessa tout à coup ses relations , ce dont madame du Barry s'était montrée fort contrariée.

Voilà ce que la cour en savait.

Cette lettre, dont tout le monde ignorait le contenu , avait eu une grave influence sur le roi; il parut soucieux pendant tout le reste du lever, adressa à peine la parole à quelques familiers, pressa les étiquettes, et congédia ses entrées plus

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